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Le Brexit s’acheminant vers le no-deal, "il faut faire avec et au mieux"

Vendredi 24 juillet 2020 par Alexandre Abellan

« La filière n’a pas voulu ce Brexit, qui ne lui est pas favorable alors qu’elle est déjà déstabilisée » reconnaît Irène Tolleret.
« La filière n’a pas voulu ce Brexit, qui ne lui est pas favorable alors qu’elle est déjà déstabilisée » reconnaît Irène Tolleret. - crédit photo : Parlement Européen
La pandémie de coronavirus mobilisant toutes les attentions, la filière vin pourrait oublier qu’à partir du premier janvier 2021 le Royaume-Uni sera, normalement devenu un pays tiers. Le point sur les négociations et leurs incertitudes avec Irène Tolleret, députée européenne languedocienne et présidente de l’intergroupe vin.

Les négociations entre l’Union Européenne et le Royaume-Uni pour le Brexit sont-elles aujourd’hui au point mort ?

Irène Tolleret : Plus au point mort que ça, je ne vois pas… Ce qui est très compliqué, c’est que le gouvernement britannique a un rapport très compliqué avec la réalité. Il ne veut pas dire qu’il va vers un no-deal [NDLR : une sortie de l’union européenne sans accord négocié], alors que l’on y va. Le problème d’un no-deal, c’est de poser la question des barrières douanières. Aujourd’hui, le deal des relations d’exportation pour les français est le marché unique. Demain, en cas de no-deal, il faut remettre en place des barrières avant de pouvoir les lever avec des facilités de dédouanement.

 

La filière des vins et spiritueux peut-elle déjà se préparer à la perspective d’un Brexit sans accord négocié ?

L’Union Européenne a déjà des règles pour l’entrée [de produits] des pays tiers sur son espace commun. Mais nous n’avons pas les règles du Royaume-Uni pour rentrer sur son marché, c’est ce qui intéresse les vignerons et négociants. L’entité dont les formalités douanières n’existent pas, c’est le Royaume-Uni. Il faut faire avec, et au mieux.

Quand on regarde le retroplanning, le Royaume-Uni a explosé quasiment tous les délais pour avoir un accord. Je ne vois pas comment on peut arriver à autre chose qu’un no-deal… Que l’intergroupe vins ne souhaite pas. [Mais] nous n’avons pas le stylo, celui qui donne le tempo par son inaction, c’est le Royaume-Uni. Nous voudrions un accord, le Royaume-Uni est un très beau marché pour les vins français.

 

La Grande-Bretagne indiquait négocier des accords de libre-échange avec des pays du Commonwealth (Australie, Afrique du Sud…). Ces traités constituent-ils une menace compétitive pour les vins français sur un marché de proximité stratégique ?

Ça ne se passe pas comme prévu par le gouvernement anglais. Entre la taille du marché britannique et celui européen, le Canada a vite choisi : il n’y aura pas d’extension automatique de l’accord CETA, cela dépendra de l’issue de l’accord sur le maintien du Royaume-Uni dans le marché unique. L’Union Européenne négocie également des accords avec la Nouvelle-Zélande. Ça ne va pas se passer comme le Royaume-Uni le croyait. Et c’est encore heureux ! Sinon, cela voudrait dire que tout seul on est plus fort. Nous avons la démonstration que l’on est plus fort ensemble.

 

Votre approche du Brexit est donc de se préparer au pire en se gardant la possibilité d’une bonne surprise ?

C’est tout à fait l’état d’esprit. Si le Royaume-Uni nous fait la joie de nous préparer un accord d’ici la fin d’année, tant mieux. Mais il y a toujours du positif dans le négatif. Le Royaume Uni va devenir un pays tiers où il sera possible de financer des campagnes de promotion qui ne sont pas autorisées sur le marché intérieur. Ces dispositifs pourraient rentrer dans le plan de relance débloqué par l’Union Européenne. Ces fonds sont aujourd’hui liés à la prochaine Politique Agricole Commune (PAC), il serait bien qu’on ait les fonds en 2021 et pas en 2023.

Ce sera l’un des sujets de la rentrée. Avec le prolongement des mesures de soutien de la Commission Européenne sur l’an prochain. Le Brexit est un sujet important, mais moins urgent que la gestion de la crise viticole [liée au coronavirus].

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