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Blaye

Les vins de Bordeaux mettent un vent au projet d’éoliennes

Jeudi 11 juillet 2019 par Alexandre Abellan

Le projet concernerait huiit communes en Gironde (Anglade, Braud-et-Saint-Louis, Saint-Ciers-sur-Gironde et Saint-Androny) et en Charente-Maritime (Saint-Bonnet-sur-Gironde, Saint-Dizant-du-Gua, Saint-Sorlin-de-Conac, Saint-Thomas-de-Conac). Le projet concernerait huiit communes en Gironde (Anglade, Braud-et-Saint-Louis, Saint-Ciers-sur-Gironde et Saint-Androny) et en Charente-Maritime (Saint-Bonnet-sur-Gironde, Saint-Dizant-du-Gua, Saint-Sorlin-de-Conac, Saint-Thomas-de-Conac). - crédit photo : EDF Renouvelable
Comme les élus locaux et associations de protection de l’environnement, le vignoble bordelais s’oppose au projet d’établissement d’un parc éolien sur l’estuaire de la Gironde.

Vents contraires pour l’idée d’un parc éolien situé sur le marais de Blaye et porté par EDF Renouvelables (filiale du groupe EDF). Alors que s’achève ce 12 juillet la période de consultation préalable au projet d’implantation de 30 à 40 éoliennes, la filière viticole vient d’exprimer sa « ferme opposition » à cette implantation dans l’estuaire girondin. Dans une lettre envoyée ce 24 juin à la préfecture de Gironde, Allan Sichel, le président du Conseil Interprofessionnel du Vin de Bordeaux (CIVB), affirme la volonté des « vignobles prestigieux du Médoc et du Blayais » de préserver « une renommée reposant notamment sur un patrimoine paysager viticole exceptionnel ».

Avec des éoliennes hautes de 180 mètres (au bout des pâles), l’effet d’un mur blanc d’hélices serait catastrophique sur les touristes estime la filière bordelaise, misant sur l’œnotourisme (y compris fluvial). En l’état, ce projet engendrerait « un changement radical de vision paysagère de l'estuaire de la Gironde qui serait ainsi proposé en vis-à-vis des AOC communales du Médoc et de ses Grands Crus Classés, mais également depuis les vignobles du Blayais et du site UNESCO de la citadelle de Blaye » pointe Allan Sichel. Qui souligne qu’avec « la centrale nucléaire du Blayais […] la filière estime déjà payer un lourd tribut en termes d’image et d’économie, pour ne pas devoir subir une nouvelle atteinte avec ce projet éolien. »

+10 % de production électrique

Pour EDF Renouvellement, reçu ce 10 juillet au CIVB, ces arguments ne tiennent pas la route face à la diversification attendue du mix énergétique. « La création du parc éolien du Blayais permettrait à elle seule d’accroître la puissance éolienne en région Nouvelle-Aquitaine de plus de 10 % par rapport à 2018 » estime le fournisseur d’énergie. Qui précise qu’« avec une capacité de 100 à 120 MW, le parc éolien du Blayais n’a bien évidemment pas vocation à remplacer la production de la centrale nucléaire de Braud-et-Saint-Louis (4 tranches nucléaires d’une puissance de 900 MW chacune. ». Et le promoteur du projet d’égrener les avantages d’une implantation dans le Blayais : « il y a du vent*, le réseau électrique est déjà adapté [NDLA : avec la proximité de la centrale nucléaire], de l’espace et de la disponibilité foncière ».

"Vierge et sauvage"

« Et pour cause si le terrain est vierge et sauvage, c’est parce qu’il a été soigneusement préservé » s’emporte Jean-Loup Reverier, animateur de l’Association pour la Défense Des Marais de l’Estuaire (revendiquant 500 membres). Le militant s’oppose à cette implantation le long de l’estuaire, dont il rappelle les classements en zone Natura 2000 et zone de protection spéciale en raison de ses zones humides et de son couloir d’oiseaux migrateurs. « C’est une chose incroyable, la Ligue de Protection des Oiseaux et les fédérations de chasse sont côte à côte » souligne Jean-Loup Reverier. Qui précisé que les élus de la zone sont mobilisés contre le projet, des huit communes concernées au conseil régional de Nouvelle-Aquitaine.

Pour défendre ses paysages viticoles, la filière des vins de Bordeaux se positionne durablement contre le projet de parc éolien. « Aujourd'hui, nous sommes dans la phase de concertation. Aucun dossier n'a été déposé en préfecture et il n'y a pas eu d'ouverture d'enquête publique » conclut, vigilant, Franck Jullion, le président du syndicat viticole de l'appellation Blaye Côtes de Bordeaux.

 

* : Du moins en hauteur, "la vitesse du vent est en moyenne de 22 km/h (6,14 mètres par seconde) à 100 mètres du sol et de 23 km/h (6,4 mètres par seconde) à 150 mètres" précisent les diagnostics réalisés par EDF en 2016-2017.

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