LE FIL

6 hybrides bannis

Les cépages interdits seront-ils ré-autorisés ?

Mercredi 27 février 2019 par Marion Sepeau Ivaldi

Le cépage noah et cinq autres ont été interdits en 1934. Le cépage noah et cinq autres ont été interdits en 1934. - crédit photo : DR
Les cépages hybrides interdits préparent-ils leur grand retour ? La Commission européenne y est favorable. Du côté de la représentation syndicale, les avis sont partagés.

Clinton, Noah, Isabelle, Othello, Herbemont et Jacquez : ils sont six cépages à avoir été interdits en 1934 en France. On les croyait « presque » définitivement bannis. C’était sans compter la Commission Européenne, qui a proposé de les réintroduire dans le cadre de la réforme de la Politique Agricole Commune, proposition reprise par le député européen Éric Andrieu dans son rapport, paru à l’automne.

En France, cette proposition a reçu une certaine indifférence des responsables professionnels jusqu’à ce que le sujet apparaisse dans une lettre datée du 19 février envoyée au ministre de l’Agriculture par la Fédération des vins IGP du Gard. Cette dernière affiche clairement sa position favorable à leur réintroduction. « Les nouvelles générations de vignerons, ouvertes à la diversité des goûts, à l’écologie et à la demande sociétale, s’intéressent aussi de près à ces anciens cépages résistants » y expliquent les IGP du Gard. Et de préciser que ce courrier a pour but d’alerter les pouvoirs publics sur l’intérêt pour ré-autoriser ces cépages. « En absence de prise de position claire sur le sujet, nos représentants politiques ont l’impression qu’il n’y a pas de demandes » explicite Danny Peregrine, directeur de la Fédération des IGP du Gard.

"Patrimoine cévennol"

C’est notamment pour soutenir la viticulture cévenole que cette demande express est formulée. « Dans notre vignoble, il subsiste des hybrides interdits. Ils font partie du patrimoine culturel cévenol. Ces cépages résistants aux maladies donnent, grâce à l’œnologie moderne, des vins marqués, avec une typicité et une originalité. Ils sont aussi intéressants en assemblage » indique Christian Vigne, président du Syndicat des vins IGP Cévennes. Ce dernier voit dans leur ré-autorisation la possibilité de soutenir le storytelling de l’oenotourisme local avec des variétés qui ont « une valeur sentimentale, sociétale et patrimoniale ».

Mi-figue, mi-indifférent

Si le Gard est mobilisé, quand est-il des instances de représentations nationales et européennes ? Si l’AGPV n’en dit mot dans ses positions sur les propositions de réforme de la PAC de la Commission européenne, les Vignerons indépendants affichent une opposition franche. « Ceux sont des cépages qui ne sont pas très qualitatifs. On ne peut s’empêcher de faire le lien avec le développement d’une production volumique. Leur intérêt est génétique dans la perspective d'utiliser leurs gènes pour la création de variétés résistantes » réagit Thomas Montagne, président des Vignerons indépendants et de la CEVI. De son côté, Bernard Farges, président d’EFOW, indique qu’il n’y a pas de position de l’organisation européenne des producteurs de vins AOC. « Nous sommes surpris de les voir arriver mais il n’y a pas de position de blocage puisque chaque AOC déterminera si elles les incluent ou non dans son cahier des charges ». Pour sa part, Thierry Coste, président du comité vin du COPA/COGECA rapporte une position très partagée des pays, tout en mentionnant ne pas avoir « senti une grande hostilité ».

Alors, si l’indifférence professionnelle semble être la position dominante, où est le frein au retour des « six interdits » ? Elle pourrait bien être du côté des États Membres eux même. « 12 États Membres ont produit un document non officiel du Conseil appelant au maintien de l’interdiction pour les six variétés hybrides et des variétés de l'espèce Vitis Labrusca » confie-t-on à Vitisphere. Parmi ces douze Etats Membres figure… la France.

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VOS RÉACTIONS
La rédaction Le 27 février 2019 à 10:27:06
Bonjour Craoux, Merci pour votre question. C'est justement l'un des sujets du documentaire militant Vitis prohibita, qui fait état d'analyses normales de méthanol pour ces vins, et rapporte le développement de ces cépages hors de l'Union européenne : https://www.vitisphere.com/actualite-88913-Ce-documentaire-veut-rehabiliter-les-hybrides-interdits-dans-la-filiere-vin-et-sa-reglementation.htm
craoux Le 27 février 2019 à 10:04:22
Mais une des raisons de l'interdiction de ces cépages n'était-elle pas que leur fermentation produisait une forte proportion d'alcool méthylique ? ... aux effets dévastateurs sur le sytème nerveux ?
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