LE FIL

Désastre annoncé

À 4 kg/ha annuel de cuivre, 50 % des vignerons devraient renoncer à la bio

Mercredi 05 septembre 2018 par Marion Sepeau Ivaldi/Alexandre Abellan
Article mis à jour le 11/09/2018 09:28:55

Le cuivre est utilisée en viticulture biologique pour lutter contre le mildiou. En Hollande, la molécule a été interdite. Résultat : la culture de pomme de terre bio a complètement disparu.Le cuivre est utilisée en viticulture biologique pour lutter contre le mildiou. En Hollande, la molécule a été interdite. Résultat : la culture de pomme de terre bio a complètement disparu. - crédit photo : DR
La Cevi et les Vignerons indépendants ont réalisé une enquête sur l’usage du cuivre dans les exploitations viticoles bios. A 4 kg/ha/an, les conséquences seraient désastreuses.

En matière d’homologation du cuivre, la proposition européenne sur la table est de limiter sa dose à 4 kg/ha chaque année. Ce serait un choix à rebours de toutes les grandes déclarations en faveur du développement de la viticulture bio. C’est ce que démontre l’enquête réalisée par la Confédération européenne des vignerons de France et les Vignerons indépendants pour mesurer les conséquences qu’aurait la proposition européenne.

A LIRE AUSSI

Opération pédagogie parlementaire
Il faut toujours sauver le cuivre à Bruxelles
Traitements phytos
La France prend la défense du cuivre… à 4 kg/ha

Recul de la viticulture bio

En France, la conclusion de cette étude est cinglante : la proposition actuelle ferait perdre plus de la moitié des surfaces bios à la France en 2018, année de forte pression mildiou. En effet, 57.8 % des vignerons interrogés ont utilisé plus de 4 kg/ha de cuivre cette année, rapporte l’enquête réalisée par l’Observatoire national des vignerons indépendants en août 2018 (1). Une année de faible pression comme 2017, 10,3 % des vignerons avaient un dosage supérieur à 4 kg/ha.

Par ailleurs, l’étude conclut également que 20 % des vignerons français enquêtés ont une moyenne lissée supérieure à 4 kg/ha/an. De quoi donner une idée sur l’importance des dé-conversions qui se produiraient si la réglementation européenne passait à 4kg/ha/an. Par ailleurs, note l’étude, « cela impactera les exploitations dont la surface moyenne est de 37 ha ».

L'intérêt du lissage

L’étude fait également ressortir l’intérêt du lissage et valide l’auto-régulation qu’elle induit. La moyenne lissée sur toute la France est de 2.98 kg/ha/an en 2018. Clairement, les viticulteurs bios adaptent leur dose en fonction de la pression et préfèrent la parcimonie pour pouvoir réagir en cas d’année de fortes pressions, manière de se constituer un crédit pour les années de crise. De quoi conduire l’enquête à conclure que « le passage de 6 kg/ha/an à 4 kg/ha/an n’impliquera pas une baisse des quantités moyennes utilisées par à l’hectare, car cette moyenne est déjà bien en-dessous de la limite réglementaire. La seule conséquence de cette baisse serait la reconversion de plus de 20 % du vignoble en bio ».

Fort de cette étude, les Vignerons Indépendants (qui défendent le statu quo à 6 kg/ha avec lissage sur cinq ans) lancent un appel au gouvernement français pour qu’il défende le principe du lissage au niveau européen. « Lors de notre rencontre avec le Commissaire à la Santé le 3 septembre dans l’Aude, nous lui avons fait par des résultats de notre enquête. » expose Thomas Montagne, président de la Cevi et des Vignerons indépendants. La France a jusqu’à fin octobre pour intervenir, date à laquelle une réunion sur la ré-homologation du cuivre est prévue. 

"Pas satisfaisante"

Secrétaire nationale pour la viticulture de la Fédération Nationale de l’Agriculture Biologique (FNAB), la vigneronne bordelaise Sylvie Dulong a pour sa part eu écho d'une volonté du ministère de l'Agriculture de défendre le lissage des doses sur cinq ans. Mais elle en attend la confirmation : « la réhomologation du cuivre à 4 kg/ha.an n'est pas satisfaisante. Le maintien du lissage est réclamé par toute la filière française et d'autres pays, dont l'Allemagne. Cet outil permet de réduire les doses de cuivre et de passer une année difficile comme 2018. »

Si la filière bio veut encore croire au sauvetage du lissage quinquennal, elle prend acte de la proposition de la Commission Européenne de ne réautoriser que pour cinq ans le cuivre (au lieu des sept ans des substances candidates à la substitution). Point positif dans le brouillon de la Commission Européenne, « un changement du modèle d'évaluation est prévu sur la base d'un modèle utilisé pour les produits métalliques biocides hors usage agricole » souligne Sylvie Dulong. Cette évolution répondant aux critiques sur la méthodologie d'évaluation de l’Autorité Européenne de Sécurité des Aliments (EFSA), et permettant d'envisager un débat plus serein pour la prochaine réhomologation, prévue en 2024.

 

L’enquête a porté sur des exploitations certifiées bios réparties de façon homogène sur le territoire français (7% de l’échantillon est en conversion, 57 % est certifié depuis plus de 10 ans). L’ensemble des adhérents bios des Vignerons indépendants de France a été interrogée, soit environ 2100 producteurs.

Fort recours au cuivre en Europe cette année

Selon la Confédération européenne des vignerons indépendants, 2018 a été marquée par une hétérogénéité des utilisations de cuivre. Si la Hongrie, la Bulgarie et la Belgique ont été épargnées par les aléas climatiques et donc ont utilisé peu de cuivre, d’autres pays européens sont dans une situation inverse. Dans le Penédes (Espagne), la quantité de cuivre utilisée au 10 juillet était de 5 kg/ha/an avec une prévision à 6.5 kg/ha (NDLR : en Espagne, la dose réglementaire est de 5 kg/ha/an). Au Portugal, l’utilisation moyenne était prévue à 7 kg. Dans le Trintino italien, une demande de dérogation à 9 kg/ha/an a été formulée.

RÉAGISSEZ A L'ARTICLE

Recopier le code :
Processing
Voir toutes les réactions
© Vitisphere 2018 - Tout droit réservé