LE FIL

Le Québec et l'Espagne donnent l'exemple

Mode d'emploi de la consommation responsable

Mercredi 11 juillet 2018 par Bertrand Collard

Pau Roca, secrétaire générale de la fédération espagnole du vin et Hubert Sacy (au micro) directeur général d'Educ'alcoolPau Roca, secrétaire générale de la fédération espagnole du vin et Hubert Sacy (au micro) directeur général d'Educ'alcool - crédit photo : B. Collard
Au Québec et en Espagne, les autorités de santé publique participent à la construction de messages sur la consommation responsable.

Peut-on faire de la prévention tout en valorisant la consommation responsable de vin ? Deux intervenants sont venus répondre à cette question, titre d'un colloque organisé par Vin et Société le 3 juillet à Paris : Hubert Sacy, directeur général d'Educ'alcool au Québec et Pau Roca, secrétaire général de la Fédération espagnole du vin.

"Mode d'emploi de l'alcool"

« Nous avons pour mission de donner le mode d'emploi de l'alcool. Nous sommes un organisme indépendant du gouvernement. Nous disons ce que nous voulons, quand nous voulons, pourvu que ce soit fondé sur des données scientifiques », a déclaré avec verve Hubert Sacy.

Pendant 20 minutes, l'orateur a tenu son auditoire en haleine. « La modération a bien meilleur goût ». C'est le slogan de l'organisme qu'il dirige. Il le répète à toute occasion depuis des années. 96% des Québecois le connaissent.

Pour Educ'alcool, la définition de la modération est claire : pas plus de deux verres par jour et pas plus de dix par semaine pour les femmes et pas plus de trois et quinze verres pour les hommes. « Ce n'est pas sexiste. C'est scientifique », souligne Hubert Sacy.

Dernière recommandation québécoise : un à deux jours par semaine sans consommer d'alcool.

"Jusque dans les toilettes"

Des seuils rappelés partout, jusque sur les portes des toilettes des lieux publics lors d'une campagne qui a consisté a coller deux femmes symbolisées sur les portes côté femme et trois hommes sur les portes côté homme.

Des seuils admis par tous car entérinés par tous. « Nous mettons autour de la table les producteurs d'alcool et les gens de la santé publique et tout le monde sort vivant de nos réunions car nous cherchons ce qui nous unit plutôt que ce qui nous divise », indique Hubert Sacy.

Après avoir expliqué en quoi consiste la modération, Educ'alcool insiste désormais sur le bénéfice qu'on en retire. Comme les fables, ses spots télé font intervenir des animaux expliquant que l'on dort mieux et que l'on est plus en forme lorsqu'on respecte les limites recommandées.

"Moins de dépendants à l'alcool "

Educ'alcool est financé par les cotisations de ses membres qui sont basées sur leurs ventes d'alcool. . Résultat de ses campagnes : « Educ'alcool est la référence en matière de consommation d'alcool au Québec, devant le ministère de la santé et devant n'importe qui d'autre », clame Hubert Sacy. Même s'il ne s'en attribue pas le mérite, il se plaît à souligner qu'entre 2002 et 2015, le taux d'alcoolodépendants a chuté de 4 et 2,7% de la population québécoise. « C'est le plus faible du Canada », savoure Hubert Sacy.

"Qui sait boire sait vivre"

En Espagne, la Fédération espagnole du vin a réussi à bâtir une campagne avec le ministère de la santé autour du slogan « Qui sait boire sait vivre ». Les visuels de cette campagne feraient certainement bondir notre ministère de la santé puisqu'on y voit un verre de vin à l'avant plan et derrière, en plus petit, le portrait d'une personnalité souriante, heureuse de vivre, qui explique une recette digne d'accompagner un vin. Plusieurs personnalités espagnoles se sont prêtées au jeu.

Avant de réaliser cette campagne, la viticulture espagnole avait obtenu l'adoption d'une loi prévoyant que l'Etat puisse financer des campagnes sur la consommation de vin et adopté un code d'autorégulation en matière de communication.

La campagne Qui sait boire sait vivre » a duré de 2012 à 2015. Pour Pau Roca, la filière y a surtout trouvé un bénéfice politique, prouvant sa capacité d'intervention auprès de pouvoirs publics.

"Les lourdeurs d'une cohabitation"

Mais à quel prix ? « Chaque message, chaque image a été visée par les autorités. C'était très lourd. Il faudrait continuer car c'est toujours bon d'associer les autorités publiques à une campagne. Cela nous aide à connaître leurs problèmes. Mais ce suivi par les autorités, ça été très difficile pour nous, comme pour les agences de communication qui n'ont pas du tout l'habitude de faire viser leurs messages. Ça augmenté les coûts, rallongé les délais », explique Pau Roca.

En raison de ces complications, la FEV n'a pas renouvelé cette opération. Pour l'instant, elle continue avec ses propres moyens à chercher la parade au principal problème qu'elle rencontre sur son marché domestique : la désaffection des jeunes pour le vin.

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