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Professionnel et dynamique

Vinexpo Hong Kong confirme son rang de premier salon asiatique

Jeudi 31 mai 2018 par Alexandre Abellan
Article mis à jour le 06/06/2018 11:44:27

« Le plus difficile face à des acheteurs chinois dont on n’a jamais entendu parler, c’est de savoir s’il s’agit de gros poissons ou de petits touristes » glisse un opérateur français.« Le plus difficile face à des acheteurs chinois dont on n’a jamais entendu parler, c’est de savoir s’il s’agit de gros poissons ou de petits touristes » glisse un opérateur français. - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
Fêtant ses vingt ans d’implantation chinoise, l’organisateur bordelais célèbre également les records de son événement. Au succès quasi unanime, étant porté par le dynamisme des marchés asiatiques en général, et chinois en particulierè

S’il est un signe pour juger de la vitalité d’un salon, c’est bien la largeur de ses allées, autant que l’affluence qui s’y presse. Durant trois jours de salon (29-31 mai), Vinexpo Hong Kong aura aligné des allées serrées et souvent denses, témoignant d’une attractivité aussi forte pour les exposants (avec un record de 1 465 stands) que pour les visiteurs (avec une première estimation de 17 500 entrées, soit +2 % par rapport au record de la précédente édition, en 2016).

À l’heure du bilan, les retours d'exposants sont majoritairement positifs. Pour ne pas dire élogieux. « Je suis un grand fan de ce salon. C’est le seul évènement professionnel de la sphère chinoise qui soit vraiment au niveau qualitatif en termes de structure et d’offre » s’enthousiasme Christophe Juarez, le directeur général du Centre Vinicole Champagne Nicolas Feuillatte. Filtrant ses visiteurs à l’inscription pour ne conserver que des professionnels, et éviter les touristes, Vinexpo Hong Kong est également l’un des rares salons de la région à être payant (l’entrée est vendue 400 dollars hongkongais en pré-inscription et 600 $HK sur place, soit 44 et 66 euros).

Tour d’Asie

« La qualité d’un salon, c’est de pouvoir faire en trois jours les rendez-vous que l’on mettrait trois mois à réaliser sur les marchés » ajoute Christophe Juarez, décidément fan de Vinexpo. Tenant du carrefour régional (grâce à l’absence de visa pour un court séjour), Hong Kong réussit à attirer des opérateurs de toute l’Asie. Qu’il s’agisse d’opérateurs chinois, portés par une croissance plus solide que par le passé (voir encadré), ou de professionnels de tous les pays avoisinants, aiguillonnés par l’émergence d’une classe moyenne en Asie.

« Nous recevons majoritairement des visiteurs de Chine, mais aussi de Taïwan, du Japon… On sent une ouverture, et nous devons être présents pour montrer qu’il n’y a pas dans le monde que des vins rouges ou de Bordeaux » pointe Anne-Laure Rayne-Helfrich, l’adjointe à la direction du marketing des Grands Chais de France. « Avec Vinexpo, on voit quels sont les marchés dynamiques pour nos produits. La Corée du Sud se confirme et je suis étonné de voir de l’intérêt en Thaïlande. Il est plus compliqué de vendre du bio en Chine » renchérit Alexandre Brault, du domaine bourguignon Alex Ambal, qui se dit convaincu par son premier salon Vinexpo, le niveau de ses prestations et son prix attractif sur le pavillon bio (World of Organic Wine).

"Pourquoi est-ce que l'on nous file cet étage ?"

Pour autant, tout est-il pour le mieux dans le meilleur des salons asiatiques ? En tendant l’oreille, on entend certains exposants français se plaindre des faibles flux qu’ils ont accueillis, notamment le matin, les visiteurs mettant du temps à monter à eux. Situés au troisième étage du centre des expositions de Hong Kong, ces stands estiment être trop éloignés des escalators les reliant à l’entrée, et au premier étage où sont notamment réunis les vins du nouveau monde.

« Je ne suis pas satisfait de mon emplacement ! Les organisateurs m’ont fait rater Vinexpo » s’emporte ainsi Bernard Magrez, le propriétaire bordelais des domaines éponymes. Même s’il attire nombre de perches à selfie, la figure bordelaise estime avoir reçu moitié moins de monde cette année. « Pourquoi est-ce que l’on nous file cet étage, au lieu d’être en bas, à l’entrée ? » tempête Bernard Magrez, qui souligne que l’ancrage bordelais de Vinexpo devrait pousser les organisateurs à favoriser les opérateurs français.

Down under

Certains auront eu beau loucher sur l’arrivée principale du centre des expositions, elle était préemptée cette année par l’imposant pavillon des vins australiens. Avec 151 stands, Wine Australia réalise sa plus forte participation à un salon professionnel. « Nous faisons une déclaration ici : la Chine est notre arrière-cour » explique sans ambages Stuart Barclay, le directeur général du marketing de Wine Australia. En position de force sur le marché chinois grâce aux accords de libre-échange (plus de droit de douane dès 2019), la proximité géographique (aidée par la multiplication des vols) et les liens culturels croissants (qu’il s’agisse de tourisme ou d’éducation), les vins australiens bénéficient aussi d’une subvention gouvernementale de 50 millions de dollars australiens (soit 32 millions d’euros), une aide à l’export lancée en 2017.

Pour continuer à se développer en Asie, et séduire dans des marchés disputés, les vins français vont devoir plus que jouer des coudes pour se positionner.
 

 

Prochains rendez-vous pour Vinexpo : à New York (4-5 mars 2019), à Bordeaux (13-16 mai 2019) et à Paris (13-15 janvier 2020).

Perspectives positives

« C’est reparti ! Le marché chinois casse chaque année des records. En 2016 et 2017, les exportations de vins bordelais ont atteint des niveaux historiques » souligne Thomas Julllien, le directeur de l’agence de conseil Pilot Fish. Basé à Hong Kong, l’expert représente en Asie les intérêts du Conseil Interprofessionnel du Vin de Bordeaux (CIVB) et peut témoigner à ce titre du dynamisme actuel.

Due aux politiques anticorruption du nouveau gouvernement chinois (visant les cadeaux et consommations ostentatoires), la phase de repli des expéditions de 2013 et 2014 est désormais révolue. Globalement, les bases sont plus saines et solides estime Thomas Jullien, qui souligne le recul de la consommation tenant de la frime sociale, au profit d’un gain en connaissance plus personnel. « Il faut cependant relativiser en fonction des zones. Sur un pays aussi vaste, il y a plusieurs marchés, avec des niveaux de maturité correspondant au développement économique » précise l’expert.

Sachant que les enjeux d’expédition restent également un frein à l’expansion de la consommation dans la Chine intérieure. « Il est difficile d’assurer un même niveau de logistique sur l’ensemble du territoire. Mais les acteurs du e-commerce sont dans une phase de partenariat et d’implantation dans de nombreuses villes pour assurer des relais physiques à leurs engagements de livraison rapide » souligne Thomas Jullien. Qui conclut avoir « toutes les bonnes raisons de penser que le marché chinois va continuer de se développer. Jusqu’à devenir le premier marché de consommation de vin dans le monde dans un horizon proche. »
 

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