LE FIL

Maxime Toubart

« Nous sommes déterminés à défendre le partage de la valeur ajoutée »

Lundi 09 avril 2018 par Marion Sepeau Ivaldi

Maxime Toubart, président du Syndicat général des vignerons de la Champagne : ' Le prix, cette valorisation remarquable de la bouteille de Champagne, est intimement lié à la qualité des raisins produits par les viticulteurs'.Maxime Toubart, président du Syndicat général des vignerons de la Champagne : ' Le prix, cette valorisation remarquable de la bouteille de Champagne, est intimement lié à la qualité des raisins produits par les viticulteurs'. - crédit photo : SGV
Le Syndicat général des vignerons a décidé de prendre son avenir à bras le corps. Entre pilotage de la qualité, mesures agri-environnementales et communication : l'appellation montre un dynamisme certain. Rencontre avec le président du Syndicat général des vignerons de la Champagne qui tient son assemblée générale le 12 avril.

Comment appréhendez-vous les prochaines négociations interprofessionnelles qui se tiendront cette année ?

La négociation des accords interprofessionnels est toujours un moment particulier de la vie champenoise. Je suis serein quant à ce rendez-vous. Je ne pense pas qu’il y aura de grands bouleversements par rapport à ce que nous connaissons. Nous sommes déterminés à protéger le partage de la valeur ajoutée entre la production et le négoce. Il faut que les vignerons soient rémunérés pour la qualité de leurs raisins : c’est une ligne rouge sur laquelle nous ne transigerons pas. Par ailleurs, je tiens à réaffirmer que notre indicateur économique est le prix de la bouteille. Nous y sommes particulièrement attachés. Ce prix, cette valorisation remarquable de la bouteille de Champagne, est intimement lié à la qualité des raisins produits par les viticulteurs. Le prix des raisins doit donc être justement rémunéré en fonction du prix de la bouteille. En Champagne, notre histoire est celle-là contrairement à la logique développée par les Etats généraux de l’alimentation qui intègrent la notion de coûts de production dans les négociations entre producteurs, metteurs en marché et distributeurs.

Justement, la qualité a parfois été sous le feu des critiques, notamment après une campagne 2017 particulièrement technique aux vues des conditions climatiques. Comment les vignerons comptent-ils répondre à ses remarques ?

La qualité est le souci permanent de tous les producteurs de Champagne. Nous ne souhaitons pas que la qualité entre dans la négociation des accords interprofessionnels car sa définition dépend du point de vue de chacun. Chaque professionnel a ses critères. En revanche, nous souhaitons insuffler un mouvement collectif pour intégrer la qualité dans le processus de production des raisins en champagne. Nous avons pris la décision d’en parler à travers une évolution du cahier des charges. Pour donner un exemple, nous travaillons sur le contrôle des maturités et nous nous interrogeons pour savoir comment le rendre optimal. Faut-il renforcer le réseau de contrôle de la maturité ? Faut-il imposer à tous les viticulteurs un prélèvement obligatoire des raisins de manière à ce qu’il prenne ses décisions de pilotage de la vendange sur une base technique solide ?

A propos de l’évolution du cahier des charges, certaines appellations françaises travaillent à l’intégration des mesures agri-environnementales dans les cahiers des charges. Qu’en est-il de l’appellation champagne ?

En Champagne, nous avons engagé une démarche environnementale depuis plusieurs année à travers le référentiel de viticulture durable dédié à notre vignoble. Il est en train d’être déployé dans les exploitations champenoises. Notre volonté est d’aller le plus vite possible. Ce référentiel permet de répondre aux attentes de communication des consommateurs qui souhaitent des explications sur les process de production. Le référentiel est une démarche personnelle de l'exploitant. La Champagne veut aussi avancer collectivement sur ce sujet. C'est pourquoi nous comptons saisir l'opportunité d'intégrer des mesures agro-environnementales dans les cahiers des charges des l'appellations. Nous réfléchissons à deux mesures l'une portant sur le matériel de pulvérisation, l'autre sur les techniques de désherbage.

Le négoce achète de plus en plus de raisins aux producteurs, ce qui mécaniquement fait diminuer le nombre de récoltants manipulants. Comment protéger cette culture vigneronne champenoise ?

Je ne vais pas m’en cacher : nous sommes inquiets de cette évolution. En 10 ans, nous avons perdu 20 millions de cols produits par les vignerons ! Le risque de dépendance de la production est fort. Si cette mécanique se poursuit, il ne pourrait plus qu’exister une famille de producteurs de raisins et une famille de commerçants. Dans un contexte de replis du marché français pour les Champagnes de vigneron, nous restons néanmoins optimistes car il y a une sensibilité très forte des consommateurs en faveur des produits authentiques, qui racontent une histoire. Or, c’est bien le propre des vins produits par des vignerons. C’est pourquoi, le syndicat travaille à renforcer la bannière des Champagnes de vignerons en développant notamment sa présence sur les salons B to B, à l’instar de Vinexpo. Le second axe est celui du développement de l’export qui est porteur. Mais, cela demande une adaptation des entreprises et notamment une acquisition de compétences qui prennent du temps. Malheureusement, cela ne va pas aussi vite que le commerce ! Enfin, les producteurs ont décidé de financer la communication collective autour de la marque Champagne. Cela fait plus de 20 ans que cela n’a pas été fait. C’est ce que nous allons lancer lors de notre prochaine assemblée générale !

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