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Le marché mondial continue de s'emballer

Au moment où la filière s'apprête à prendre le pouls du marché mondial à ProWein, la récolte dans l'Hémisphère sud se précise sur le plan volumique, les très faibles disponibilités en Europe aussi.
Par Sharon Nagel Le 16 mars 2018
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Le marché mondial continue de s'emballer
L’Afrique du Sud, qui était devenue une source de vins en vrac à des prix compétitifs pour les acheteurs européens, aura du mal à rester dans la course cette année - crédit photo : Bosman Family Vineyards
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« Globalement, ce qui se passe sur les marchés est devenu de plus en plus imprévisible », observe Florian Ceschi, directeur de Ciatti Europe. De retour d’Afrique du Sud, il a pu constater que parmi les pays producteurs de l’Hémisphère sud auquel les acheteurs européens ont souvent recours en cas de faibles volumes et/ou de prix élevés en Europe, l’Afrique du Sud aura du mal à se maintenir dans la course cette année. « Ce qui s’y passe est catastrophique. Les caves de l’Olifants River accusent plus de 50% de baisse en volume. La vallée de la Breede River affiche entre -30 et -40%. Le manque de vins crée aussi une tension et une panique sur le marché, alimenté par ailleurs par les opérateurs nationaux qui ont besoin de volumes pour approvisionner leurs propres marques. Certains d’entre eux sont capables de payer plus cher pour se couvrir donc les prix sont en train d’augmenter. Les opérateurs avec lesquels j’ai fait le déplacement ont eu très peu de volumes offerts et très peu de prix ont été confirmés. On en est encore en mode point d’interrogation, c’est-à-dire qu’on ne sait pas ce qu’on va avoir ni à quel prix. Je pense qu’il y a encore des opérateurs qui attendaient de l’Hémisphère sud une lueur d’espoir pour se couvrir davantage en volume ou trouver des solutions peut-être moins chères. Avec cette petite récolte sud-africaine, s’ils ne les trouvent pas, je ne sais pas ce qui va se passer ».

 

Activité intense au Chili

Ailleurs dans l’Hémisphère sud, les prévisions de récolte sont plus réjouissantes pour les producteurs. Depuis le début de l’année, les Chiliens ont considérablement révisé à la hausse les estimations pour la récolte 2018, passant d’une augmentation de 15% à 30% par rapport à l’an dernier. La filière estime que, si cette progression se confirme, elle pourra se remettre de deux années consécutives de pertes causées par des aléas climatiques tels que le gel et les incendies de forêt. Rappelons qu’en 2017, le secteur avait déclaré une production de 945 millions de litres, loin des 1,28 milliard de litres atteints en 2015. Cette promesse de disponibilités sur un marché mondial en manque de vins a suscité une forte activité commerciale. Ciatti Chile affirme n’avoir jamais vu autant de contrats passés avec des acheteurs européens avant la récolte que cette année, une demande forte émanant du Royaume-Uni mais aussi de la Chine et du marché domestique chilien. « Les disponibilités sur des vins de 2017 sont faibles, les fournisseurs n’étant souvent pas en mesure de faire face, ne serait-ce qu’à de très petites demandes en volume ». Et de noter que les prix élevés des raisins issus de la récolte 2018 devraient se traduire par le maintien de prix élevés sur les vins.

 

Baisse des prix en Argentine

L’Argentine, en revanche, pourrait assister à une diminution des prix, sous l’effet conjugué de la dévaluation du peso et d’une augmentation de la production prévue pour cette année. A la mi-février, l’Institut national de la vitiviniculture (INV) estimait la récolte 2018 entre 22 et 23,1 millions de quintaux, soit une hausse de 15-20% par rapport à 2017 (19,6 M). Si ces estimations s’avèrent et que le peso poursuit la même tendance, le malbec standard 2018 pourrait se commercialiser autour de 1,3 USD/litre contre 1,4-1,5 USD à l’heure actuelle et 1,5-1,6 USD en février, d’après Ciatti. Pour l’heure, l’activité nationale et internationale sur le marché des vins reste calme, note le courtier international, les acheteurs attendant de voir comment se présente la récolte.

 

Une récolte australienne potentiellement en baisse de 5-10%

En Australie, aussi, la récolte en cours suscite des interrogations. « Des conditions météorologiques très chaudes en janvier et février dans toute l’Australie méridionale ont fait baisser les rendements et entravé l’accumulation des sucres de manière significative depuis deux ou trois semaines », affirme Jim Moularadellis, directeur de la société de courtage Austwine, qui gère 500 000 hectolitres de transactions de vins en vrac chaque année. « Les vendanges avancent désormais à la vitesse d’un escargot, les producteurs attendant patiemment que les raisins rouges mûrissent ». Il est encore trop tôt pour donner des estimations très précises mais d’ores et déjà, Austwine évoque une baisse de 5 à 10% par rapport à la récolte record de 2017 (1,980 millions de tonnes), pour une fourchette allant de 1,8 à 1,9 MT. « On n’observe aucun événement majeur qui laisserait penser que la production pourrait dépasser celle de l’an dernier », ajoute Jim Moularadellis. Outre des épisodes de gel en novembre dans des zones comme Coonawarra, Limestone Coast et Great Western, c’est surtout le pic de températures en début d’année qui affecte les rendements. Les producteurs sont « très enthousiastes » quant à la qualité des vins cette année, le temps sec ayant en grande partie écarté la survenue de maladies.

 

La Chine achète de gros volumes de rouges australiens d’entrée de gamme

Pour ce qui est des disponibilités, le courtier australien note une pénurie criante de shiraz, cabernet-sauvignon, merlot et pinot gris d’entrée de gamme, de même que de très faibles disponibilités de sauvignon blanc et de chardonnay dans la même catégorie. En revanche, les volumes de rouges premium dans les zones non irriguées ainsi que ceux de chardonnay et de sauvignon blanc dans la même catégorie sont importants. Pour ce qui est des rouges en entrée de gamme, cette situation est à imputer essentiellement à la demande chinoise : les exportations australiennes vers la Chine – dominées par le vin rouge - ont fait un bond de 63% en un an, sur des volumes déjà importants. « Depuis deux ans, les producteurs de vins rouges d’entrée de gamme ont sans doute reçu des demandes supérieures à leurs disponibilités. La quasi-totalité des stocks de vins rouges d’entrée de gamme dans des volumes significatives ont déjà été alloués et certaines caves affirment être confrontés à de multiples acheteurs pour un même vin », s’étonne le directeur d’Austwine, qui note que « cette situation au niveau de l’offre contraste fortement avec celle d’il y a trois ans par exemple ».

 

Stabilisation du potentiel de production australien

Il faut dire que le secteur australien a fait des efforts pour réduire la superficie de son vignoble dont les résultats commencent peut-être à se faire sentir. D’après les chiffres de l’OIV, le vignoble australien est passé de 162 000 à 148 000 ha entre 2012 et 2016 (-15%). Paradoxalement, la production australienne tend à augmenter depuis 2014 mais selon Austwine, le potentiel de production risque de se stabiliser. « Même si les quelques pépiniéristes qui perdurent affichent une activité commerciale plutôt intense, la multiplication des plants reste assez modeste globalement. Il semblerait qu’il y ait peu, voire pas, de plantations importantes de vignoble en cours ». Ainsi, le courtier australien prévoit la stabilisation de l’offre au cours des trois à cinq ans à venir, résultat de la faible envergure des plantations et d’une demande chinoise soutenue. « Si la Chine continue d’acheter des vins australiens au même rythme, les prix des vins en vrac vont augmenter en l’absence d’une hausse significative de l’offre, qu’elle soit australienne ou celle provenant d’autres pays producteurs du monde ». Et de conclure : « Il faudra une récolte de raisins de cuve importante en Europe en 2018, et la perspective d’une deuxième récolte européenne importante, en 2019, pour ralentir la progression prévue à l’heure actuelle des prix des vins en vrac au niveau mondial ».

 

Modification du comportement des acheteurs

Dans ce contexte, le comportement des acheteurs s’est profondément modifié. « La faible récolte mondiale a rendu les principaux acheteurs de supermarchés, notamment ceux du Royaume-Uni, plus conservateurs dans la manière dont ils abordent leurs achats de vins et les pays fournisseurs », a noté Paul Attwood-Philippe, responsable du développement au Royaume-Uni et en Europe de la plateforme de commercialisation des vins en vrac, Vinex. « Ils cherchent à acheter en avance et à ficeler leur sourcing pour la récolte à venir, bon nombre d’entre eux ayant déjà satisfait leurs besoins pour une grande partie de 2019 dans le Nouveau Monde… Alors que par le passé, les grandes enseignes réservaient environ 30% de leurs achats pour s’en servir de manière tactique tout au long de l’année, désormais ils investissent à l’avance et s’engagent à 100%... De plus en plus d’acheteurs de la distribution en Europe du Nord qui, de manière traditionnelle sélectionnaient d’abord les vins par pays d’origine, se voient contraints de suivre l’exemple du Royaume-Uni et tenter d’assurer leurs approvisionnements par cépage d’abord et ensuite par pays d’origine car il n’y a tout simplement pas assez de disponibilités. Cette tendance ne pourra que s’accentuer, puisque de plus en plus de pays consommateurs adoptent une approche par cépage ». A suivre donc…

 

« Les opérateurs espagnols sont moins franco-dépendants »

Quant à l’impact de la faible récolte espagnole sur le marché français, Florian Ceschi note une modification, là aussi, des habitudes. « Du côté espagnol, il y a eu davantage de choix de commercialisation possibles. Je pense que les opérateurs espagnols sont moins franco-dépendants pour leurs ventes de vrac. Les statistiques douanières sur les cinq dernières années montrent clairement que les deux principaux pays acheteurs – qui prenaient quasiment 50% de leurs volumes en vrac  et qui sont la France et l’Allemagne – perdent de l’importance. Pour notre part, nous vendons beaucoup de vins espagnols en Amérique du Nord et en Asie par exemple. Ils intéressent potentiellement de nouveaux clients ou des clients différents de ceux qui s’y intéressaient par le passé. Même si l’Espagne a eu une plus petite récolte avec des prix qui ont augmenté, elle s’inscrivait dans un contexte où tout le monde avait de petites récoltes avec des prix qui augmentaient. Les Chiliens vendaient leurs vins de cépage à plus de 1,10$ et des génériques entre 70 et 80 cts. Ainsi, les vins espagnols, même en passant de 30 à 60 euros, avec des génériques qui ont doublé leurs prix, restaient compétitifs sur certains marchés ».

 

Tags : Vin en vrac
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