LE FIL

Réduction phyto

Un tunnel protégeant les vignes des pluies, et des maladies, à l'essai en 2018

Lundi 04 décembre 2017 par Alexandre Abellan

Le concept de Viti-Tunnel est aussi inspiré des cultures maraîchères : « je connais un exploitant qui a d’une part des tomates de plein champ, qu’il traite toute la saison contre le mildiou, et de l’autre des tomates sous serre, qui n’ont jamais besoin d’être traitées » commente Patrick Delmarre.Le concept de Viti-Tunnel est aussi inspiré des cultures maraîchères : « je connais un exploitant qui a d’une part des tomates de plein champ, qu’il traite toute la saison contre le mildiou, et de l’autre des tomates sous serre, qui n’ont jamais besoin d’être traitées » commente Patrick Delmarre. - crédit photo : Mo.Del
Dix propriétés bordelaises vont tester sur les campagnes 2018 et 2019 une barrière physique pour prévenir le développement du mildiou, de l’oïdium, du black-rot et de l’excoriose.

« Tout le monde le constate dans le vignoble : un millésime où il n’y a pas de pluie, il n’y a pas de mildiou ! Il faut changer de paradigme en empêchant les maladies d’apparaître en amont » lance Patrick Delmarre, avec l’expertise du conseiller phyto pour un distributeur bordelais et la foi du créateur de la start-up Mo.Del, portant le projet Viti-Tunnel. Le concept de cette innovation brevetée est de créer une barrière physique amovible, empêchant l’eau de pluie de rentrer en contact avec la vigne, et donc le développement des principales maladies du vignoble (mildiou, oïdium, black-rot et excoriose). Sur le papier, ce tunnel de cinquante à cent mètres de long peut automatiquement couvrir et découvrir les vignes d’une bâche transparente et imperméable. Fonctionnant à l’énergie solaire, le moteur du tunnel doit tirer les bâches selon un radar ou capteur d’humectation*.

Si le prototype est encore en cours de réalisation par un cabinet d’étude, dix propriétés bordelaises ont déjà déboursé 10 000 euros chacune pour pouvoir le tester dans leurs vignobles. En 2018 et 2019, on pourra voir trente tunnels répartis dans le Médoc, à Pessac-Léognan et à Saint-Émilion. Devant faire la preuve du concept Viti-Tunnel durant la période de végétation, ces essais seront suivis scientifiquement et hebdomadairement par les équipes de l’Institut Français de la Vigne et du Vin (IFV).

Efficacité et interférences

Au-delà de l’efficacité sanitaire de cette protection physique (avec le suivi en parallèle de rangs témoins non traités et traités en conventionnel), les techniciens doivent également s’assurer de l’absence d’interférences avec l’alimentation hydrique de la vigne et la maturité des raisins (avec un suivi physiologique et la réalisation de microvinifications). Convaincu du potentiel technique de son système, Patrick Delmarre précise que son dispositif est « mono-rang, pour ne pas perturber l’apport en eau des racines, et amovible, pour ne pas perturber le microclimat des grappes. »

"Bonbonnes de soufre contre l’oïdium"

Dans le meilleur des cas, Viti-tunnel devait permettre de réduire de 80 % les traitements phytos estime le technicien. Ce recouvrement ne permettra toutefois pas d’empêcher le développement d’oïdium, seule la première germination nécessitant de l’eau, les suivantes pouvant avoir lieu sans pluie. Pour éviter des traitements classiques, Patrick Delmarre développe des bonbonnes de soufre fleur sous pression, qui seraient insérées dans les piquets et pulvériseraient automatiquement l’antifongique toutes les semaines sous les bâches. « C’est un produit préventif bio très lessivable, il sera facile à vaporiser » précise l’expert.

Gel et grêle

Et au-delà de la réduction des traitements, Viti-tunnel intéresse particulièrement le vignoble pour sa possible protection contre les aléas climatiques. « Les bâches retiendraient la chaleur de la terre. Il faudra mesurer les différentiels de température pour voir si cela peut protéger du gel. Une protection contre la grêle est aussi envisageable » évoque Patrick Delmarre.

Lancé en juin dernier avec un budget de 600 000 euros, son projet est financé par FranceAgriMer et la région Nouvelle Aquitaine, avec le suivi du cluster InnoVin.

 

* : Des mouvements d’ouverture/fermeture du système pourraient également avoir lieu ponctuellement pour briser les vrilles qui ne manqueraient pas de se développer sur les supports (un tunnel de 50 mètres étant en fait composé de dix unités de cinq mètres chacune).
 

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CognacXO Le 10 décembre 2017 à 06:43:54
Pas mal comme idée...mais peut -être mal perçu par le grand public... Comme pour les éoliennes, les gens auront du mal à accepter que l'on produise des AOC "sous serre". De plus, quid de la durée de vie du système? Cout/Ha? Mise en place? Recyclage en fin de vie?...et passage de la MAV, de l'écimeuse, de la prétailleuse,etc?... et n'oublions pas qu'effectivement, c'est comme si on mettait les vignes sous serre, avec tout ce que cela implique....
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