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Deux mois après le gel : où en est-on ?
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Enquête dans trois vignobles
Deux mois après le gel : où en est-on ?

Plusieurs semaines, chaudes et ensoleillées, se sont écoulées depuis le terrible épisode de gel qui a sévi dans de nombreux vignobles. Point sur la situation concernant l'état actuel des vignes en Languedoc, en Bourgogne et à Bordeaux.
Par Juliette Cassagnes Le 22 juin 2017
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Deux mois après le gel : où en est-on ?
La plupart des vignobles en sont actuellement au stade capital de la floraison, qui se déroule dans de bonnes conditions météo - crédit photo : J.Cassagnes
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n Languedoc : des situations très disparates

En Languedoc, les techniciens et conseillers font actuellement le tour des vignobles pour connaître l'évolution de l'impact du gel depuis le mois d'avril. « Alors que les estimations premières de début mai étaient de 36 100 ha touchés, elles tournent désormais autour de 16 825 ha en Languedoc-Roussillon, avec des situations très disparates », précise Christel Chevrier, de la Chambre régionale Occitanie. Le différentiel entre les deux estimations provenant des surfaces dont les bourgeons ont finalement pu repartir. Pour rappel, les deux principaux départements touchés étaient l'Hérault et l'Aude. 

Il a par ailleurs été constaté une différence de reprise des vignes très marquée selon les parcelles, en fonction de l'intensité de gel, avec donc une hétérogénéité très importante dans celles-ci. Il existe quelques situations où les contre-bourgeons ont pu repartir et former quelques grappes, mais ces cas sont assez rares. Les cas les plus fréquents montrent des repousses d'entrecoeurs non fructifères. « Sur les parcelles où quelques grappes ont pu repousser, l'hétérogénéité des stades phénologiques est telle qu'il sera sans doute compliqué de mener ces parcelles à pleine maturité et d'en obtenir une qualité optimale », indique Guillaume Desperrières, ingénieur agronomie au SRDV. Ces vignes très fortement touchées ne donneront pas de récolte ou seront donc trop en décalage.

Les stades phénologiques, très étalés, vont actuellement de « fermeture de grappes » pour les plus avancées et non gelées, à « 11-12 feuilles », voire « chute des premiers capuchons floraux », dans les plus tardives qui ont gelé. Concernant le risque de sécherresse enfin, il est encore trop tôt pour le savoir, d'autant plus que pas mal de précipitations ont eu lieu dans le vignoble cet hiver et au printemps.

Rédémarrage des vignes en Bourgogne

En Bourgogne, c'est essentiellement dans le Châtillonnais (Côte d'Or, 80% des parcelles touchées), le Clunysois (Saône-et-Loire) et surtout l'Yonne, que le gel avait occasionné le plus de dégâts. Dans ce dernier, le précédent recensement faisait état d'impacts importants à Chablis (20% des surfaces impactées) et dans les appellations régionales Bourgogne Vézelay (65% des parcelles), Côtes d'Auxerre (50%), Epineuil et dans le Tonnerrois.

Les semaines qui ont passé, marquées par des conditions chaudes et ensoleillées, ont permis à une partie des vignes qui avait gelé de « redémarrer ». « Elles sont très belles mais la récolte y sera plus faible », indique Guillaume Morvan, de la Chambre d'agriculture de l'Yonne. A l'inverse, d'autres parcelles, les plus touchées, ont des pieds qui ne sont pas reparti du tout. « La situation est un peu plus hétérogène. Si l’ensemble est prometteur, il y aura néanmoins quelques manques, principalement en Petit Chablis et sur certaines parcelles de Chablis », précise de son côté le BIVB. 

Les situations sont donc, comme dans les autres vignobles gelés, très variables, avec des décalages de maturité importants entre les parcelles gélives qui ont redémarré, actuellement au stade « début floraison », et les non gélives, qui en sont au stade « grain de plomb ». Ces dernières sont en « avance » de trois semaines par rapport à l'an dernier, et d'une semaine par comparaison à la moyenne des 20 dernières années.

« Ce décalage important, estimé à l'heure actuelle à 15 jours, risque de ne pas se résorber d'ici les vendanges », commente le conseiller. Les viticulteurs se posent déjà des questions au sujet de la récolte, à savoir s'il faut récolter en plusieurs temps. L'été étant annoncé chaud par les prévisionnistes de la météo, on se dirige pour le moment vers une cueillette des premiers raisins destinés au crémant vers fin août. Un doute subsiste néanmoins, lié aux éventuelles contraintes hydriques qui pourraient apparaître pendant l'été. Les quelques orages enregistrés depuis mai permettent pour le moment d'y échapper. Mais le niveau des nappes n'étant pas très élevé et si le temps sec et chaud se poursuit, les vignes pourraient commencer à souffrir du manque d'eau et connaître des blocages de maturité, avec donc pour effet de décaler les dates de vendanges.

Le décalage de maturité préoccupe à Bordeaux

A Bordeaux, un bilan provisoire des pertes est actuellement en cours, à l'heure où la floraison se déroule. Dans l'attente d'une nouvelle cartographie des pertes, Pierre Abadie, directeur du service entreprises à la Chambre d'agriculture de Gironde, fait part d'une repousse « très tardive et généralement très peu fructifère ». « On craint qu'il n'y ait pas trop de modifications concernant l'ampleur des dégâts, par rapport aux premières estimations », indique celui-ci. Le facteur qui pourrait changer la donne, mais pas dans le bon sens, serait un phénomène de coulure dans les semaines à venir. « D'ici la fin juin, on aura une idée plus précise, mais d'après ce que l'on voit, on devrait se situer aux alentours d'une moitié de récolte ».

Comme en Bourgogne, la crainte porte sinon sur le décalage de maturité constaté entre les parcelles gelées et les autres, pouvant aller jusqu'à environ un mois au sein d'une même parcelle. Mais avec les températures du moment, très chaudes, la pousse s'accélère : « le décalage sera peut être moins important que ce que les viticulteurs craignent ».

La sortie est sinon "très jolie et très importante" sur les vignes peu ou pas touchées par le gel. Les Merlot en sont au stade "pleine floraison" et les Cabernet devraient suivre. L'état hydrique ne cause pour le moment pas de souffrance particulière pour les vignes, la région ayant enregistré quelques pluies au printemps, mais les réserves hydriques sont « faibles »...

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Tous les commentaires (1)
L?o Le 27 juin 2017 à 20:27:59
Zéro pesticide : raccourci abusif et trompeur. Avec cette assertion, le consommateur peut s'attendre à ce que le vigneron n'utilise pas de pulvérisateur. Une formulation plus juste serait : "les analyses effectuées sur ce vin ne montrent pas de résidu mesurable des pesticides les plus couramment utilisés en viticulture (voir liste ci-après)". Évidemment, c'est moins glamour. Et puis, plus on monte le seuil de détection de l'analyse, moins on trouve de traces... En fait, gros risque de se prendre un retour de bâton violent en communiquant de la sorte. Pas la bonne approche à mon humble avis pour valoriser les efforts faits au vignoble, même s'ils sont réels.
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