LE FIL

Déploiement des cépages résistants

L’Inra clarifie sa politique

Mardi 17 janvier 2017 par Christelle Stef

de gauche à droite : Jean-Pierre Van Ruyskensvelde, le directeur général de l'IFV ; Philippe Mauguin, le PDG de l'Inra ; Christian Huygues, le directeur scientifique Agriculture de l'Inrade gauche à droite : Jean-Pierre Van Ruyskensvelde, le directeur général de l'IFV ; Philippe Mauguin, le PDG de l'Inra ; Christian Huygues, le directeur scientifique Agriculture de l'Inra - crédit photo : Christelle Stef
Le déploiement des variétés monogéniques d’Alain Bouquet va se faire mais sous étroite surveillance via l’observatoire des cépages résistants (Oscar). Celui des variétés polygéniques va être accéléré. C’est ce qu’ont expliqué, l’Inra et l’IFV ce 16 janvier, lors d’une conférence de presse.

« Il faut prendre les gènes de résistance comme un bien commun, a insisté Christian Huyghe, le directeur scientifique agriculture de l’Inra. Notre objectif vise à protéger ces gènes pour qu’ils puissent être utilisés le plus longtemps possible ». Effectivement les gènes de résistance de la vigne au mildiou et à l’oïdium sont peu nombreux. Et ils sont fragiles. En cas de contournement par un pathogène, ils seront irrémédiablement perdus. Les variétés monogéniques (basées sur un seul gène de résistance) sont donc plus sujettes à un risque de contournement de la résistance. C’est le cas des variétés « Bouquet ». À l’inverse les variétés polygéniques sont plus difficiles à contourner. C’est la raison pour laquelle l’Inra a axé sa stratégie sur ces dernières via les programmes Resdur.

Un compromis

Mais face à la pression des professionnels et des élus, l’Inra a trouvé un compromis : les variétés Bouquet pourront quand même être déployées mais sous étroite surveillance. Cela se fera grâce à la mise en place de l’observatoire national du déploiement des cépages résistants : Oscar. L’objectif : installer les variétés résistantes sur une surface significative (au moins 0,5 ha) dans différents contextes pédoclimatiques et selon différents modes de conduite. Les scientifiques suivront non seulement les paramètres agronomiques et œnologiques de ces parcelles, mais réaliseront aussi un suivi moléculaire des populations de mildiou et d’oïdium. L’idée : vérifier qu’il n’y a pas de dérive de sensibilité. Dans le cas contraire, les experts tireront la sonnette d’alarme. « Si l'on voit un début de contournement, il faudra réagir très vite, soit en repassant à une couverture phytosanitaire totale, soit en surgreffant la parcelle avec un cépage sensible. Cela nécessite un engagement des professionnels », a expliqué Christian Huyghe. Cela implique donc un engagement des interprofessions plus à même de gérer les surfaces, leur localisation… et donc la signature d’accords de diffusion avec l’Inra. Les Pays d’Oc, le Languedoc et Cognac se sont d’ores et déjà engagés. Des discussions sont en cours à Bordeaux, en Alsace, Champagne, Provence, Vallée du Rhône.

Test de différents scénarii

L’observatoire aura un autre avantage : il permettra de modéliser l’évolution des populations de pathogènes, ce qui permettra à l’Inra de tester différents scénarii pour le déploiement des variétés monogéniques. La mise en place de cet observatoire se fait dans le strict respect de la réglementation. Il concerne toutes les variétés résistantes : les variétés Bouquet mais aussi celles issues du programme Resdur et les variétés étrangères. Pour pouvoir être expérimentées, les variétés devront faire l’objet d’un classement temporaire. Pour les hybrides qui n’ont pas encore de DHS (reconnue distincte, homogène et stable), c’est-à-dire de « carte d’identité », les surfaces seront limitées à 3 ha maximum par variétés sur l’ensemble du territoire.

Pour les variétés déjà inscrites dans un autre État membre de l’UE et qui disposent d’une DHS, les essais pourront être mis en place sur plusieurs sites d’un 1 ha maximum chacun dans la limite de 20 ha maximum par bassin viticole et de 20 ha maximum hors bassin viticole.

Pour pouvoir être classée définitivement, une variété devra être DHS et présenter un intérêt agronomique, technologique ou environnemental.

L'IFV prêt à démarrer la multiplication du matériel végétal

À ce jour, une demande d’inscription pour sept variétés monogéniques a été déposée pour les raisins de cuve. Les premières variétés polygéniques issues du programme Resdur 1 : deux en blanc et deux en rouge seraient inscrites en décembre 2017. L’IFV a d’ores et déjà annoncé qu’il allait engager la phase de prémultiplication de ces quatre variétés polygéniques dans les semaines à venir. « Notre objectif est de proposer à la viticulture l’équivalent de 100 ha de plants à l’horizon 2021 » a déclaré Jean-Pierre Van Ruyskensvelde, le directeur général de l’IFS . L’Institut va également lancer la multiplication des variétés Bouquet.

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