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A Bordeaux, le millésime 2016 a tout d'un grand

Lundi 03 octobre 2016 par Alexandre Abellan

« Il est indéniable que les vins de 2010 sont supérieurs à ceux de 2009. Comme je suis persuadé qu’à l’échelle de Bordeaux, les 2016 seront meilleurs que les hétérogènes 2015 » prédit avec enthousiasme David Pernet.  « Il est indéniable que les vins de 2010 sont supérieurs à ceux de 2009. Comme je suis persuadé qu’à l’échelle de Bordeaux, les 2016 seront meilleurs que les hétérogènes 2015 » prédit avec enthousiasme David Pernet. - crédit photo : Sovivins
Aussi déconcertant qu’éprouvant, le millésime girondin s’avère inattendu jusque dans son dénouement, globalement réussi. A l’occasion de la publication de la synthèse Sovivins, premiers retours sur les vendanges en cours..

À Bordeaux, 2016 sera-t-il à 2015 ce que 2010 était à 2009 : un millésime qualitatif restant injustement dans l’ombre d’un prédécesseur exagérément plébiscité ? Après l’intérêt précoce qu’avait suscité 2015 (règle des millésimes en cinq oblige), les commentaires restent en effet tout en retenue à l’heure de la récolte 2016. Un manque d'engouement incompréhensible pour le consultant David Pernet (cabinet Sovivins). « Le risque, c’est de vendanger trop tôt et avoir une trame tannique trop austère. Alors que ce n’est pas imposé par la climatologie, mais par la psychologie. Malgré le coup de chaud d’août, c’est un millésime tardif » estime-t-il.

Il faut dire que le vignoble girondin reste pour le moins incrédule, pour ne pas dire KO, après un millésime éprouvant. Aux six mois de pluie du début d’année a succédé un été qui n’en finit toujours pas. Tant et si bien que la pression mildiou du printemps et les cas de stress hydrique de l’été ont occulté la floraison généreuse et les bons équilibres des raisins.

Millésime homogène

Opportunément intitulée « Bordeaux, jamais à l’abri d’un grand millésime ! », la synthèse du millésime de Sovivins, souligne que « les surfaces concernées par ces problèmes de blocage sont très minoritaires et ne sauraient occulter le parcours hydrique très qualitatif suivi par la majorité des parcelles ». Contrairement à un millésime 2015 hétérogène, David Pernet souligne en effet que le parcours climatique ayant été uniforme, le potentiel qualitatif est généralisé (à l’exception des jeunes vignes et terroirs séchants). « Comme dans les bons millésimes à Bordeaux, les terroirs intermédiaires s’approchent des très grands » résume-t-il.

« Trois mois d’été sans eau. De mémoire de vigneron, on n’avait jamais vu ça ! » renchérit le consultant Hubert de Boüard dans un communiqué extatique sur « un grand millésime naissant ». Une impression de jamais-vu qui est cependant tempérée par le bilan de Sovivins (cliquer ici pour y accéder). Le parcours hydrique et thermique de 2016 étant assez proche de 2012. « Pour les dates de vendanges, il faut se caler sur les maturités du millésime 2012 » conseille d’ailleurs David Pernet.

Au-delà des ressemblances, il souligne cependant des nuances : « le potentiel tannique de 2016 est supérieur à 2012 (il y a plus de pépins, suite à la bonne floraison) ». Et à l’entendre, il n’y a qu’une seule anicroche notable, les nuits chaudes de la dernière quinzaine d’août. « Les vignes n’ont pas pu récupérer, comme c’était le cas en 2010. Les profils seront moins exubérants, notamment en blanc » (voir encadré).

"Le millésime du siècle"

S’il ne connaît pas encore d’enthousiasme public, ce millésime possède déjà de fervents défenseurs dans le vignoble. 2016 serait ainsi de l’acabit de 1982, prédit avec confiance le propriétaire d’un grand cru classé en 1855. L'optimiste rappelle qu’à l’époque, le critique Robert Parker avait qualifié 1982 de millésime du siècle. « On s’est tous trompés » reconnaît, le sourire aux lèvres, le viticulteur Bernard Farges. Le président du syndicat viticole de l’AOC Bordeaux rapporte que « les rendements vont être irréguliers, mais dès qu’il y avait un peu d’argile, ça a bien tenu. C’est une année abondante et de qualité… Il y en a quelques-unes comme ça, de temps en temps ! »

Après quelques épisodes, ponctuels, de pluie, les conditions de maturation s’annoncent optimales pour la prochaine quinzaine de jours. Seule ombre au tableau, la pression de Botrytis, accentuée sur certaines zones par les attaques de tordeuses : « dans la plupart des cas, la troisième génération a été bien anticipée et de ce que l’on voit, il n’y a pas de vendanges à anticiper. Ou alors elles l’ont déjà été » conclut David Pernet.

2016 pour les blancs

Moins enthousiaste pour les blancs, David Pernet trouve les tendances plus contrastées : « sur les terroirs frais, les conditions ont été favorables, les vendanges sont aromatiques et généreuses, avec de bons équilibres de degrés et d’acidité. Sur les terroirs plus secs, les expressions sont moindres et plus neutres. »

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