LE FIL

Cap Conduite

La première piste d’apprentissage à la conduite des tracteurs viticoles

Lundi 05 septembre 2016 par Alexandre Abellan

Sous un soleil cuisant, les participants de l’inauguration officielle ont pu se remémorer la canicule qui avait étouffé le dernier salon Tech’n Bio, accueillait au même endroit les démonstrations de matériels.
Sous un soleil cuisant, les participants de l’inauguration officielle ont pu se remémorer la canicule qui avait étouffé le dernier salon Tech’n Bio, accueillait au même endroit les démonstrations de matériels. - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
La plate-forme pose les jalons d’un enseignement pratique et complet, des tractoristes. Un savoir-faire dont le vignoble manque cruellement.

En léger contre-temps, le dispositif Agri Cap Conduite était inauguré ce jeudi premier septembre par le président de la région Nouvelle Aquitaine, Alain Rousset. Loin de connaître l’effervescence de la rentrée scolaire, qui anime le lycée viticole de Montagne où elle se trouve, la plate-forme était écrasée par un soleil vacancier : ses derniers élèves ayant achevé leur formation de six mois ce vendredi 26 août. Malgré ce petit décalage, cette cérémonie officielle témoignait d’un alignement quasi-parfait entre les besoins des vignerons, le financement des pouvoirs publics et la mobilisation de réseaux enseignants privés et publics*.

« On a ici une formation qui colle aux attentes du territoire. Nous, agriculteurs, avons de plus en plus besoin de personnes capables de conduire les engins » résume Bernard Artigue, le président de la Chambre d’Agriculture de Gironde, pas peu fier de « cette première piste de conduite en France ».

Un terrain d’exercice, qu’il pleuve ou qu’il vente

En place depuis le début d’année, la piste permet aux élèves de s’entraîner aux travaux viticoles sur 1,2 hectare de rangs de vignes artificialisées. Et ce à n’importe quel moment de l’année. « Dès qu’il y avait du mauvais temps, les conditions de travail devenaient compliquées dans les rangs. On était obligé de stopper la formation pendant deux à trois jours » se souvient Thierry Meyre, le responsable logistique d’Agri Cap Conduite. « La piste dispose d’une partie de calcaire peu impactée par l’eau. Et on a ramené une veine de graves pour drainer les zones utilisées pour le travail du sol. Avec une légère inclinaison et des fossés, on pallie au mauvais temps. »

La piste dispose également d’une aire pour les manœuvres, mais surtout d’une zone de dévers tenant du skate-park (voir photos ci-dessous). Avec des pentes de 10, 15 et 30 %, ce bloc de béton permet aux apprentis tractoristes de vaincre leur peur du vide et de mieux gérer les vérins de leurs machines. Simulant des rangs de vigne et obstacle avec des plots, ce dispositif complète la formation à plat, qui ne prépare pas au coup de stress face au premier fort dévers.

Formation diplômante et équipée

Débouchant sur l’obtention d’un Brevet de Professionnel Agricole (diplôme de niveau 5), la formation repose sur un contenu pédagogique des plus complets. « L’initiation à la sécurité est le fil rouge de la formation » souligne Cathy Macor, la coordinatrice pédagogique de Cap Conduite. « Nous avons ensuite trois modules de conduite : le tracteur enjambeur, le tracteur porteur et la machine à vendanger. On y rajoute des bases agronomiques, le réglage des pulvés, une formation initiale à la soudure, une sensibilisation à l’informatique embarquée, le passage du Certyphyto opérateur, la formation de Secouriste Sauveteur au Travail… Et une initiation à la vinification pour les ouvriers polyvalents » énumère l’enseignante.

En divisant chaque promotions en groupes, la petite équipe pédagogique arrive à répartir trois étudiants par tracteur disponible. Alors que « les formations d’initiation tournent plutôt à six, voire dix, élèves pour une machine » rapporte Thierry Meyre. Ce ratio est obtenu grâce au recours à six tracteurs tout au long des six mois de formation. Il s’agit de matériel prêté par des constructeurs (Grégoire, Pellenc et New Holland) et loué à des prestataires de service (pour des sommes modiques précise l’encadrement).

"La moitié des stages débouche sur une embauche"

Avec ce fonctionnement, Cap Conduite forme une soixantaine d’élèves par an. Pour une trentaine de stagiaires suivant la formation de six mois, et autant de professionnels cherchant à se perfectionner sur des formations courtes de deux mois.

La formation permet de répondre aux besoins pressants du vignoble en tractoristes qualifiés, en s’adressant principalement aux chômeurs en voie de réinsertion professionnelle. Parmi la dernière promotion, on trouve aussi bien un ancien militaire qu’un maître de chais, ainsi que des titulaires de BTS et Bac Pro cherchant une formation supplémentaire. La spécificité de Cap Conduite étant une mise en pratique importante, avec 90 heures de conduite effective sur 800 heures de cours auxquelles s’ajoutent trois stages de deux semaines en entreprises durant la  formation. Ces stages tiennent du recrutement professionnel. « La moitié débouche sur une embauche » rapporte Cathy Macor.

La formation revendique également un taux moyen d’emploi de 81 % sur ses trois premières promotions. « Des entreprises viennent maintenant vers nous avec des demandes de personnel »
se félicite Thierry Meyre, qui est cependant déjà à court de stagiaires à placer et doit déjà faire patienter des domaines jusqu’à la rentrée prochaine (fixée au 24 janvier 2017). Malgré ses derniers développements, l’outil reste encore sous-dimensionné par rapport à la demande du vignoble (mais également des candidats à la formation).

 

* : Démarrée en 2012 à l’initiative de la région, la réflexion sur le manque de tractoristes qualifié a débouché sur un partenariat entre l’enseignement public (l’EPLEFPA de Bordeaux-Gironde) et un réseau privé (les Maisons Familiales et Rurales). En 2013 a été lancé un premier essai de formation courte. La première promotion officielle de Cap Conduite était accueillie l’année suivante.

 

Visible depuis la départementale, la plate-forme n’impressionne pas dans l’absolu, mais se veut un concentré de technologies adaptés aux exercices d’apprentissage de la conduite agricole (d’abord pour vigne, mais aussi pour l’arboriculture, le maraîchage…).

500 000 euros d’investissement

En tout, le dispositif de formation aura coûté 500 000 euros. Les travaux ne sont cependant pas finis. Pour 20 000 €, il reste en effet des tonnelles en bois à construire par dessus la piste afin de l’affranchir de la pluie (ou de la chaleur torride d’un après-midi d’été). Cap Conduite a également le projet de réhabiliter un bâtiment à proximité afin d’accueillir les cours théoriques et de passer au stade supérieur en créant un simulateur de conduite de tracteur. « Vous aurez votre salle de simulation. Si on veut aller vite dans la formation, on ne peut pas mettre tout de suite quelqu’un dans une cabine de tracteur » promet Alain Rousset. L’élu esquisse d’ailleurs l’idée d’un dispositif similaire en Charente.

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