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Procès Vino Business

Hubert de Boüard demande 60 000 euros à Isabelle Saporta

Vendredi 10 juin 2016 par AFP

Pour la réalisation de son documentaire et de son essai, Isabelle Saporta a suivi pendant le millésime 2013 Hubert de Boüard. Ils se sont retrouvés ce 9 juin au tribunal correctionnel de Paris.
Pour la réalisation de son documentaire et de son essai, Isabelle Saporta a suivi pendant le millésime 2013 Hubert de Boüard. Ils se sont retrouvés ce 9 juin au tribunal correctionnel de Paris. - crédit photo : Château Angélus/Patrice Normand
Ouvert ce 9 juin, le procès pour diffamation du copropriétaire d'Angélus à l'encontre de la journaliste s'est concentré sur le classement des vins de Saint-Emilion en 2012.

A la dix-septième chambre du tribunal correctionnel de Paris, la greffière demande grâce : trop de châteaux, trop de viticulteurs à particule, trop de termes techniques, trop d'organismes en tous genres... « Parlez moins vite », demande sans cesse la présidente à Isabelle Saporta, journaliste, et Hubert de Boüard de Laforest, copropriétaire du château Angélus, lancés dans des explications passionnées sur le classement des « grands crus » et « premiers grands crus » de Saint-Emilion, ces prestigieux vins de Bordeaux. Le second attaque la première en diffamation pour un livre paru en 2014, Vino Business, pour lequel elle l'avait suivi pendant plusieurs mois, et dans lequel elle le décrit comme un « petit Machiavel du vin ».

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Dans la dernière édition en 2012 du fameux classement, révisé tous les dix ans, le château Angélus, exploitation familiale dont M. de Boüard est copropriétaire, entre dans la catégorie des premiers grands crus classés A, la plus prestigieuse. Des vignerons qu'il conseille sont promus. Ce classement, que certains vignerons recalés contestent devant la justice administrative et pénale, « c'est de l'argent », rappelle Isabelle Saporta. « Quand vous êtes grand cru votre hectare de vignes vaut 1,5 million, quand vous êtes premier grand cru c'est 4 ou 5 millions, quand vous n'êtes plus classé c'est 600 000 euros. » Sans compter le prix du vin, qui grimpe encore, pour des crus déjà onéreux: une bouteille de château Angélus 2012 coûte par exemple plus de 400 euros.

"Conflit d'intérêt évident"

Pour Isabelle Saporta, château Angélus est sans conteste un « grand vin », mais elle ne s'interroge pas moins sur son classement. La journaliste décrit M. de Boüard comme un « sacré cumulard » au coeur d'un « conflit d'intérêt assez évident », puisqu'il est vigneron mais aussi membre de toutes les institutions qui comptent, y compris d'un comité dépendant du ministère de l'Agriculture, qui valide ce classement.

"On me crève mes pneux à Saint-Emilion"

« Je revendique le fait d'être actif et d'être un entrepreneur mais je revendique aussi mon honnêteté », répond Hubert de Boüard, qui défend la révision régulière du classement, selon lui un « formidable ascenseur ». Il raconte que depuis la parution du livre « on (lui) crève (ses) pneus à Saint-Emilion ». La journaliste s'interroge ainsi sur certains critères du fameux classement, qui semblent selon elle taillés sur mesure pour Hubert de Boüard. Par exemple, un vin sera d'autant mieux classé qu'il est déjà célèbre, or le vigneron a déjà placé son château Angélus au cinéma, en particulier dans le verre de James Bond.

Métaphore filée sur le bac

Isabelle Saporta souligne aussi que les critères détaillés ont été communiqués après le dépôt des candidatures. « C'est comme de passer le bac en sachant que les maths ont un coefficient de 30%, mais sans savoir si ce seront des épreuves de géométrie ou de probabilités. » Hubert de Boüard rétorque qu'il travaille depuis toujours sur le marketing de son vignoble, et file la métaphore bachelière, de saison il est vrai: « Notre travail dans le vin, c'est sur dix ou quinze ans, pas deux ans à l'avance (pour préparer le classement). Les gens qui bachotent la veille, c'est généralement pas ceux qui réussissent ».

Au bout de sept heures d'audience, Me Jean-Yves Dupeux a demandé en son nom 50 000 euros, plus 10 000 euros au titre des frais de justice. « On n'est pas dans le cadre de l'enquête loyale, sérieuse, de bonne foi », a estimé l'avocat, moquant deux témoins cités par la défense, des vignerons écartés du prestigieux classement. « Certes on a deux vignerons qui ratent le bac. Mais on en a un qui participe à la rédaction des programmes, qui sélectionne les examinateurs et qui décide des coefficients. Et il a mention Très bien, dites donc !», a répliqué en défense Me Christophe Bigot. « Vous avez à juger d'un travail extrêmement sérieux et d'intérêt général », avec « des enjeux de consommation et des enjeux financiers colossaux », a-t-il résumé. Le tribunal doit rendre sa décision le 22 septembre.

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