LE FIL

Dr Alain Raynaud

« Avec Robert Parker, les primeurs étaient plus lisibles et faciles »

Jeudi 07 avril 2016 par Alexandre Abellan
Article mis à jour le 08/04/2016 11:52:52

Pendant cette semaine des primeurs, les 187 membres du Grand Cercle ont reçu 800 visiteurs professionnels. « C’est 200 de plus que l’an dernier, mais c’est toujours en deçà des espérances. Il faut dire que les évènements se sont dilués, avec des dégustations chez les négociants, les consultants, les associations, les syndicats, les châteaux » souligne Alain Raynaud.
Pendant cette semaine des primeurs, les 187 membres du Grand Cercle ont reçu 800 visiteurs professionnels. « C’est 200 de plus que l’an dernier, mais c’est toujours en deçà des espérances. Il faut dire que les évènements se sont dilués, avec des dégustations chez les négociants, les consultants, les associations, les syndicats, les châteaux » souligne Alain Raynaud. - crédit photo : Stéphanie Delécrin (Grand Cercle)
Bilan à chaud des primeurs 2015 avec le président du Grand Cercle des Vins de Bordeaux, propriétaire du Château du Parc et grand ami du critique Robert Parker Jr.

« Un seul être nous manque, et tout se trouve dispersé », s’amuse le docteur Alain Raynaud, actualisant le vers de Lamartine à cette semaine de primeurs à Bordeaux, à nouveau en l’absence de sa figure tutélaire. Fondateur du Wine Advocate, l’avocat américain Robert Parker ne déguste plus les vins de Bordeaux qu’en livrables. Désormais, l’exercice de présentation du millésime en cours d’élevage a indéniablement perdu en clarté : sans avis phare, plus de ligne directrice claire, ou du moins tranchée.

Ce changement de paradigme a débouché sur une phase de transition, qui ne se fait pas sans tensions. En témoigne la virulente sortie de Michel Rolland sur les journalistes dans la revue Terre de Vins*. Ami d’enfance du célèbre œnologue-conseil, Alain Raynaud temporise : « Michel Rolland s’est laissé emporté par son enthousiasme sur le millésime… » Mais en reconnaissant qu’« avec Robert Parker les primeurs étaient plus lisibles et faciles », le médecin pointe du doigt l’enjeu d’avenir des primeurs : se réinventer, notamment dans les rapports (de force) entre ses acteurs.

" Les primeurs sont plus difficiles à appréhender"


« Maintenant, il naît des primeurs une forme d’avis collégial. Il est tout aussi important de connaître les notes de Jancis Robinson que de Bernard Burtschy ou d’Antonio Galloni », répertorie Alain Raynaud. « Ce n’est peut-être pas plus mal qu’il n’y ait plus une seule personne pour faire la pluie et le beau temps. Même si l’on peut regretter l’irremplaçable mémoire olfactive de Robert Parker, qui convoquait le passé pour analyser le présent. »

Campagne à venir, campagne d’avenir

Rejetant toute nostalgie, Alain Raynaud se projette désormais sur les opportunités servies par le millésime 2015 : l’occasion de mettre un terme au dénigrement des vins de Bordeaux, ou Bordeaux bashing. « Ce n’est pas la qualité de nos vins qui pose problème, mais notre positionnement au niveau du prix qui a beaucoup dérangé. Cette campagne peut nous permettre de redonner envie de racheter du bordeaux », estime-t-il, appelant logiquement à une hausse raisonnable des cours selon les marchés de chacun.

« La Semaine des primeurs est le premier étage de la campagne, il a bien fonctionné. Maintenant, il faut mettre le feu au deuxième étage en lançant la campagne commerciale. Et alors seulement on mettra sur orbite le millésime 2015 », conclut-il, malicieusement.


* : Animant les discussions de ces primeurs – au détriment des vins, déplorent certains –, ces déclarations acerbes de Michel Rolland répondraient aux critiques sur l’hétérogénéité du millésime. Notamment, celles exprimées par le journaliste Bernard Burtschy dans le Figaro.

Tags : Primeur Bordeaux

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