LE FIL

Exaspération et colère

Les viticulteurs du Midi vident cinq camions espagnols

Lundi 04 avril 2016 par Michèle Trévoux
Article mis à jour le 05/04/2016 14:44:58

Les vignerons de l'Aude ont vidé cinq camions citerne espagnols en une matinée.
Les vignerons de l'Aude ont vidé cinq camions citerne espagnols en une matinée. - crédit photo : JP Pelras
Excédés contre l’arrivée massive de vins espagnols en France, 150 viticulteurs du Midi sont passés à l’action ce lundi 4 avril. Ils ont vidé le contenu de cinq camions de vins espagnols, au péage près de la frontière espagnole.

La colère des vignerons méridionaux, qu’on sentait monter ces dernières semaines, s’est exprimée sur le terrain ce 4 avril au matin. A partir de 8h30, à l’appel du syndicat des vignerons de l’Aude, 150 viticulteurs de l’Aude et des Pyrénées Orientales, se sont retrouvés au péage du Boulou, proche de la frontière espagnole, pour contrôler les camions de vins en provenance d’Espagne. « C’est encore pire que ce que l’on imaginait. En deux heures, nous avons arrêté 5 camions.  C’est un rythme infernal. C’est une véritable catastrophe », s’alarme Frédéric Rouanet, le président des vignerons de l’Aude.

"Nous voulons vérifier la traçabilité et la conformité de ces vins"

La forte progression des importations espagnoles en 2015 avait déjà suscité une forte inquiétude, l’affluence des camions en ce lundi matin a soulevé la colère de la base. « Nous avons pris des échantillons de chacun de ces chargements. Nous voulons vérifier la traçabilité et la conformité de ces vins. Nous avons des doutes sur leur origine. N’auraient-ils pas été « européanisés » en Espagne ? C’est ce que nous voulons vérifier », assure le président du syndicat. Les viticulteurs méridionaux contestent de toute façon la conformité de ces vins. « Les Espagnols peuvent utiliser des produits phyto qui sont interdits en France. Ces vins ne sont donc pas conformes. Et puis il y en a marre de cette Europe qui laisse faire en créant des distorsions de concurrence entre les pays membres. Si les Espagnols vendent leur vin à 32 €/hl, c’est que les règles ne sont pas les mêmes pour tout le monde. Nous en France, on ne peut pas vivre à ce prix-là », s’enflamme le syndicaliste.

L’exaspération des producteurs est telle que Frédéric Rouanet craint que cela ne dégénère. « Pour éviter les débordements, nous avons vidé le contenu des cinq camions », explique-t-il. 1250 hl partis au caniveau suffiront-ils à calmer les troupes ? Rien n’est moins sûr.

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craoux Le 10 avril 2016 à 21:52:07
Réponse à Grami : je fais le constat suivant à propos de la filière audoise - 1/le marché de l'AOP Corbière est à la ramasse (les cours vrac ne sont pas flatteurs)- 2/le marché du Minervois (pour partie audois) ne vaut guère mieux - 3/ le marché Oc (non cépage) plafonne à 85 € l'hl au mieux - les VSIG autochtones hors cépages sont cotés de 50 à 65 € l'hl ... Pourquoi le midi - audois en l'occurrence - ne se donne -t-il pas les moyens de tenter une production de VSIG irriguée là où agronomiquement c''est jouable ? Si c'est ça être simplet ... je veux bien ! Mais, que dire d'une filière qui n'aime pas bouger les lignes et n'accepte pas qu'on BOUDE son vin, le seul vin qu'elle sait produire ... quand il y a un désamour évident entre le produit et le consommateur, ne faut-il pas se poser des questions plutôt que de vider des citernes ?
Grami Le 09 avril 2016 à 13:24:33
Réponse à Craoux : Le midi a souvent écouté les sirènes qui lui suggeraient de produire des gros rendement,résultat : distillations puis encore distillations puis arrachages...Tu propose de produire des VSIG à 200hl/ha payés à quel prix ? On entend parler de 50 euros l'hl mais ce serait plutot 32 , vu qu'à 200hl/ha ils seraient moins qualitatifs que ceux qui arrivent d'Espagne ! Petit calcul de rentabilité : 32-23(moyenne des frais de vinif en languedoc) = 9x200=1800 euros /ha A nouveau la misère !!! Encore faut il etre capable de produire du 200 : cette année meme les vignes en goutte à goutte n'ont pas fait de rendements a cause de la trop forte chaleur de juillet. Vu la légèreté de ton raisonnement tu devrais éviter de traiter les Audois de mono-neuronaux sinon on finira par t'appeler simplet !!!
julian louis Le 06 avril 2016 à 22:51:22
ADIRIGNY, on les avait ces vignes pour faire des vins faciles à boire , les aramons et autres carignans , sans parler des 400000ha d'hybrides qui ne demandaient aucun, ou presque, traitements , qui repoussaient à fruits après un gel , hybrides que Gravegeal réclame à grands cris . Mais c'est qui qui pilote la politique viticole depuis les années 50? le tout puissant syndicat , qui a donné des ministres de l'agriculture , qui a vidé les campagnes de ses paysans , qui s'arroge le droit de définir qui est agriculteur ou pas (moins de 10vaches moins de 50 moutons tu n'est plus rien ! ) Qui a soufflé au grand Jacques l'idée des schémas directeurs ? avec prime de restructuration ruineuse pour le contribuable , 44 ans après certaines terres en sont à leur troisième plan (RQD maintenant ), pour quel résultat ? tout juste 40 ans après Montredon, avec des milliers d'ha et de vignerons en moins on est au bord de l'ultime crise ,qui va ramener le vignoble languedocien là où il en était avant la crise du phylloxéra , ce qu'avait prédit Jean Clavel il y a pas mal de temps . le pire c'est qu'au moment des élections Chambre une majorité va offrir le bâton à ceux qui vont les meurtrir .....
titi Le 06 avril 2016 à 17:37:46
prix du vin en Espagne 32 €/hl livré, en france 75 €/hl , produits phyto espagnol interdit en France, pas de traçabilité , smic espagnol 600 €/mois , irrigation systématique (cf les restrictions d'eau en Marcha ) les rendements sont faibles mais le revenu viticole des espagnols n'est pas leur revenu principal (il ne la jamais été )Donc nous avons deux modèles différents , les français ont changé leur cépages donc les rendements ne peuvent pas augmenter comme certains le prétendre qui plus est les subventions de l’Europe sont captées par les entreprises espagnoles sur les programmes d'aide à l'exportation et font baisser d'autant le prix de revient du produit .Seule la traçabilité du produit permettrait aux acheteurs et aux consommateurs de faire leur choix en connaissance de cause , car la il y a tromperie à la qualité.Il est quant même curieux que des entreprises françaises se prêtent à ce jeux , il est vrai que si le vin espagnol à remplacé le vin français dans les bags in box sur les linéaires français le prix à la consommation n'a pas baissé ; cherchez l'erreur.
dugrenil Le 06 avril 2016 à 17:25:05
Tous les produits phytos espagnols ne sont pas forcément interdits en France il y a beaucoup d'intox faite par les distributeurs chez nous. Mon distributeur español détient la liste, à jour, de ce qui est autorisé chez nous et de ce qui ne l'est plus. Mon prix de revient est nettement supérieur à celui de l’Espagne essentiellement à cause des charges et des contraintes administratives qui me font perdre beaucoup de temps et... d'argent. Les parasites (CIVL CIV...) nous font perdre de l'argent et du temps. L'inao n'a rien trouvé de mieux que de déléguer les contrôles qualité aux syndicat du cru qui s'en sont déchargé sur des ASSOCIATIONS LOI DE 1901!!!! En clair nos représentants syndicaux sont comme les politiques, ils ne servent à rien . Seules les action de terrain calmeront le négoce dans ces importations européennes et extra européennes .|
craoux Le 06 avril 2016 à 14:23:43
Bien sûr, TITIRAMBO, que je ne pense pas aux terroirs des Corbières .. mais par exemple au Narbonnais ou à l'est Carcassonnais (zone de l'étang de Montady) .. sans compter que d'autres secteurs du LR. Le problème que vous avez, chers viticulteurs du Midi, c'est que vous laissez ou déléguez totalement la réflexion à quelques leaders qui - de fait - vous confisquent la parole. Pourquoi vos chers leaders ont-ils décrété une fois pour toute que la production de VSIG n'était pas un axe économiquement viable dans le sud ? ... pourquoi la production n'a-t-elle jamais abordé cette question avec le négoce ? ... JE NE SUIS PAS SUR QUE LA "SEULE" SOLUTION SOIT DE CASSER OU DE VIDER LES CAMIONS ESPAGNOLS. Et il faut que vous ayez à l'esprit que les "fameux" technocrates bureaucratiques s'occupent plus en règle générale du "bon" habillage réglementaire des modalités d'un dispositif que du fond sur lequel vos chers leaders sont suffisamment voire trop vigilants, de sorte qu'il peut en résulter (petit jeu des concessions "politiques" sur certaines exigences) que des modalités d'application d'un dispositif deviennent bien shadocks. Chacun devrait faire son autocritique.
Jaxma Le 06 avril 2016 à 13:11:30
En parlant de mononeuronaux : Produire du 200hl/ha tout à fait dans l'aire du temps!!! Quel impact environnemental et quel impact économique ? Les espagnols se font assasiner mais c'est l'exemple qu'il faut suivre... C'est bien beau de se draper dans les grands principes de la liberté de circulation et d'entreprendre. Mais le discours manque de cohérence. Est ce finalement par manque de neurones ou plutôt de la mauvaise fois?
TITIRAMBO Le 06 avril 2016 à 07:40:01
BRAVO 1000 FOIS C EST LA SEULE FACON DE FAIRE COMPRENDRE A NOS TECHNOCRATES BUREAUCRATIQUES QU IL EST TEMPS DE SE BOUGER LE CUL!!!!!! quand a mr craoux je l invite a venir faire du 150 hls/ha au milieu des corbières sans une goutte d eau sur des terres battues par le cers. les prix de ces vins espagnols font degringoler toute l echelle de prix y compris celle des aoc . rien n est uniformise y a qu a voir les charges sociales !!!!!!!no comment STOP AUX REUNIONS ET AU BLABLA
Viticalou Le 06 avril 2016 à 07:32:08
Voilà ce à quoi mène la couardise et la démission des responsables politiques À faire battre entre eux les victimes de leur négligence
bernard Le 06 avril 2016 à 04:47:53
L"enthousiasme est bénéfique s"il est canalisé. Ce type d"exaspération est forcément condamnable, le problème est réellement plus complexe, d'autant plus que le vin déversé sur la chaussée était déjà certainement la propriété de l'acheteur. La vraie question a se poser serait de savoir pourquoi ce vin aurait été acheté à 32€/hl. Même pour le producteur "espagnol" ce n'est pas très viable, le niveau de vie n'est pas si différent de part et d"autre des Pyrennés
julian louis Le 05 avril 2016 à 22:24:46
un des plus gros importateur de ces vins est la multinationale Val d'orbieu , uccoar Vinadeis etc.. où la plupart de ceux qui ont vidé les camions sont actionnaires ....
ADIRIGNY Le 05 avril 2016 à 21:09:58
Pour avoir suivi de très près les discussions au sein du CS spécialisé vins de FranceAgriMer et sur les autorisations de plantations, le choix stratégique a été fait de ne pas développer en France une filière VSIG à haut rendement, sous la pression de la viticulture. Même si les charges sociales sont différentes entre ES et FR (on pourrait parler aussi de IT, et du Chili ou de l'Argentine, hors UE, si on veut extrapoler aux marchés mondiaux ), il faudrait d'abord explorer toutes les ressources agronomiques et techniques pour faire en France de bons VSIG pas chers ... que demande une certaine clientèle, ou (en blanc) pour faire des effervescents "Produit en France" . Sans angélisme : une partie de ces vins ES sont coupés en France et réexpédiés en vins UE avec l'indication valorisante embouteillé par un EMB en France, voire "Produit en France", à défaut de "Produit de France". Si cela peut permettre de conserverr un négoce fort en France, pourquoi pas .... mais quand ce négoce pourra t'il s'approvisionner en vrac en France à des coûts compétitifs? nous ne cessons de perdre des parts de marchés à l'export. La France n'est pas une bulle isolée du monde et est en concurrence avec tous les autres producteurs : il va falloir faire avec.
Oeno 34 Le 05 avril 2016 à 21:00:15
Et si ces vins étaient destinés à Vinadeis, ex uccoar-val d orbieu??? Le sommet de l aberration ...😜
Essa Patrick Le 05 avril 2016 à 20:14:50
Parmi les 150 vignerons, tous ne sont pas écervelés et comme dans l'agriculture, ses actes ne sont que les symptômes d'un mal profond. Un camion de 300 hl qui a un contenu de 9000 euros vaut le prix HT d'une pièce de Meursault premier cru de 228 litres. (ce qui est beaucoup trop nous sommes d'accord) Croyez moi ceux qui affrètent ces camions le savent! Et je suis très heureux que mes collègues du Sud fassent le ménage de temps à autre. Cela coupe les vivres à Bejot et à d'autres... Si d'aventure ils passent en Bourgogne, qu'ils viennent deguster!-)) Patrick Essa - Domaine Buisson-Charles
Francky Le 05 avril 2016 à 19:20:38
Ce qui est aberrant dans tous ça, c'est que ce sont les filiales commerciales de ces vignerons qui vendent pour 80% ces vins espagnols en France. Les Uccoar, Jeanjean, Chantovent, Castel.... Ces vignerons qui sont les patrons de ces filiales devraient tout simplement interdir de les vendre.
craoux Le 04 avril 2016 à 19:29:13
Voilà bien la plus bête des façons de s'exprimer ... les vignerons de l'Aude sont mal inspirés de réagir de la sorte. Ils devraient se souvenir que l'Europe "sociale" n'a pas été mise en œuvre à ce jour (ce qui est une connerie, je suis Ok) et que les coûts ne sont effectivement pas les mêmes - c'est aux politiques de s'approprier cette réflexion -, mais la liberté de circuler (biens et personnes) est bien inscrite dans les textes fondateurs de notre UE. Je suggère aux Audois de réfléchir à d'autres modalités d'action (et pourquoi ne pas tenter le 200 hl/ha avec irrigation pour produire des VSIG ? .. c'est réglementairement et aisément faisable désormais mais c'est pas dans les mœurs ? .. c'est çà ?). Quant à l'antienne sur l'européanisation des vins argentins ou chiliens ... j'invite les Audois à changer de disque ! Question "pratique" borderline, je les invite (bis) à se regarder en face > je me souviens très bien de l'affaire du cépage prétendument "pinot noir", qui n'en n'était pas, dans laquelle Sieur d'Arques a trempé il n'y a pas si longtemps encore quand le cours de ce cépage était arrivé à un niveau de folie de 140/150 €/hl ! ... et je me souviens de la claque prise sur leur marché US avec un tel manque de sincérité !) .. Font vraiment chier ces viticulteurs mono neuronaux qui ne réfléchissent plus ou ne veulent pas le faire.
Julien Le 04 avril 2016 à 17:14:41
C'est vraiment du n'importe quoi!!! Est-ce la faute des producteurs espagnols si ce sont des importateurs français leur achètent du vin? Est ce que un producteur français dit non quand un importateur espagnol veut lui acheter du vin ? Est-ce qu'il serait content si son vin était jeté à la frontière... Comme à chaque fois la filière du vin préfère croire que le problème vient des autres au lieu de se pencher sur ce qu'elle peut améliorer chez elle... Les syndicats sont de plus en plus pitoyables et nuisibles à la profession!!!!!!
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