LE FIL

Pr. Alain Carbonneau

« Les cépages d’Alain Bouquet sont durablement résistants, ne les bloquons plus »

Lundi 22 février 2016 par Alexandre Abellan
Article mis à jour le 23/02/2016 12:38:45

Alain Carbonneau ne le cache pas, ce combat est aussi sentimental pour lui, le défunt Alain Bouquet ayant été son camarade de promotion, à l’école d’Agronomie de Montpellier (ici le professeur Alain Carbonneau lors d’une présentation dédiée à Alain Bouquet, à Montpellier SupAgro le 11 mai 2011).
Alain Carbonneau ne le cache pas, ce combat est aussi sentimental pour lui, le défunt Alain Bouquet ayant été son camarade de promotion, à l’école d’Agronomie de Montpellier (ici le professeur Alain Carbonneau lors d’une présentation dédiée à Alain Bouquet, à Montpellier SupAgro le 11 mai 2011). - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
Figure de l’enseignement et de la recherche viticole mondiale, le professeur retraité somme les autorités de ne plus bloquer le transfert au vignoble de cépages montrant leur résistance.

Figure de l’enseignement et de la recherche viticole, le professeur retraité Alain Carbonneau est devenu le héraut des variétés résistantes à l’oïdium et au mildiou obtenues par son camarade Alain Bouquet (défunt chercheur à l’Institut National de la Recherche Agronomique). Pour ne pas dire le porte-parole de ses collègues de l’INRA Pech Rouge. « Ils accumulent les observations et dégustations en faveur de ces génotypes (baptisés rV5 et rV6*) » confie-t-il. « Et ils aimeraient répondre à la demande pressante de la profession. Mais l’INRA les bloque, qualifiant leurs résistances de monogéniques ».

Monogéniques, théoriques ?

En biologie moléculaire, un caractère monogénique est porté par un seul gène. Dans le cas d’une résistance à un pathogène, cela la rend plus facilement contournable que s’il y avait l’expression conjointe de plusieurs gènes, ce qui est le cas d’une résistance polygénique. Sur les variétés d’Alain Bouquet, si la résistance au mildiou est bien assurée par deux gènes (Rpv1 et Rpv2), celle à l’oïdium est liée à un seul gène (Run1). L’INRA se montre donc inflexible, pour préserver ses gènes de résistance en ne les déployant pas au vignoble. L’objectif du programme Résistance Durable de l’INRA est ainsi d’obtenir des cépages à résistance monogénique pour le mildiou et l’oïdium (voir encadré).

Mais pour Alain Carbonneau, l’argument théorique de la résistance monogénique des rv5 et rV6 ne tient pas devant une décennie de pratique. Et « si le géniteur, Muscadinia rotundifolia, était monogénique, il y aurait de toute façon déjà eu contournement de sa résistance… » Un raisonnement qui n’a toujours pas convaincu les décideurs de l’INRA. Mais de nouvelles découvertes pourraient changer la donne, en attestant scientifiquement d’une résistance polygénique.


Le gène majeur Run1, complété par RGA4 et RGA8

Dans un article à paraître dans le numéro de février du Progrès Agricole et Viticole (dont il est le rédacteur en chef), Alain Carbonneau estime démontrer que la résistance des variétés d’Alain Bouquet est sans conteste polygénique. Il se base pour cela sur les dernières recherches d’Angela Feechan (cliquer ici pour accéder à l’étude), qui démontre que le gène Run1 « est épaulé par des gènes complémentaires, la combinaison de leurs effets dominant les capacités du parasite ».

Reposant sur des organismes génétiquement modifiés, ces expériences démontrent que pour être totale, la résistance à l’oïdium ne doit pas reposer sur le seul Run1. Expérimentalement, les individus, obtenus par transgénèse, avec le seul gène Run1 ne sont pas assurés d’être résistants à l’oïdium (mais ils sont tolérants). Identifiés, ces gènes complémentaires ont été baptisés RGA4 et RGA8. Les variétés d’Alain Bouquet ne sont donc pas monogéniques, conclut Alain Carbonneau.

Maintenant ou jamais ?

Ayant tout juste informé instances dirigeantes de l’INRA de ces nouveaux éléments, Alain Carbonneau espère un rapide changement de paradigme. Car le vignoble français s’impatiente, d’autant plus que l’usage des produits phytopharmaceutiques en viticulture fait débat dans la société française. Le dernier conseil spécialisé de FranceAgriMer a ainsi adopté le projet d’arrêté permettant le classement accéléré au catalogue français de 25 cépages résistants allemands, italiens et suisses (déjà classés dans leurs pays).

« Il ne faut plus retenir nos variétés. J’ai honte de voir que dans les nouvelles variétés que les professionnels veulent inscrire, il n’y en a pas une française alors que notre recherche viticole a des propositions sur le sujet » regrette Alain Carbonneau, prédisant que « le catalogue français va se remplir de cépages résistants étrangers que les pépiniéristes vont multiplier et distribuer. Quand l’INRA arrivera, on sera en dehors du coup… A moins d’une variété miracle ! »

 

* : En pratique, il s’agit des cinq et sixièmes générations de rétrocroisement de Vitis vinifera à partir d'hybride de la variété américaine Muscadinia rotundifolia (les individus rV5 affichent un peu plus de 1 % du génome non-vinifera, les rV6 moins de 1 %).

Pas de variétés Resdur disponibles en 2017 ?
Touchant juste, le dernier envoi d’Alain Carbonneau concerne les variétés Resdur : « il n’est pas sûr que le programme puisse répondre aux demandes en 2017. Les deuxièmes générations Resdur ont montré des signes rédhibitoires de phylloxéra gallicole et de black-rot en 2015… » Des difficultés techniques sur lesquelles il appuie d’autant plus que les variétés rV5 et rV6 présentent des qualités viticoles et œnologiques avérées. Un potentiel sensoriel dont le plus convaincu semble être Jacques Gravegeal, le président de l’Interprofession des vins IGP Pays d’Oc.

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rol Le 01 mars 2016 à 09:25:53
Je dis Bravo à Serge pour son commentaire...Bien entendu , je suis 100% d'accord sur son analyse et aussi sa conclusion qui est de tout employer pour continuer l'amélioration déjà en cours..... Par contre , devant la violence , l'agréssivité , les fausses rumeurs, les résultats d'expertises tronqués volontairement par l' ensemble des Médias et des activistes , Je ne suis pas persuadé qu'un TON aussi doux soit suffisant et qu'un ton plus "vulgaris " ne soit pas indispensable pour etre compris ....ou les deux sont complémentaires..??? Peut-être....
Serge REGLEY Le 28 février 2016 à 19:40:42
En préalable à ce problème il est intéressant d'analyser l'environnement psychologique voir psychiatrique de psychose qui pousse à adapter notre matériel végétal et nos comportements à la maladie socio-morbide qui se développe. D'un coté il y a les activistes phytosanophobes ou phytopharmophobes qui alimentent une psychose à partir du mythe de l'empoisonnement et d'un autre coté des professionnels qui ont intériorisé la psychose, et qui en alimentent son bien fondé. D'autres professionnels, essentiellement pour des raisons d'intérêts financiers, se sont lovés dans le costume "prêt à porté" de la psychose et alimentent à leur tour un courant philosophique dissident "bio". C'est cette problématique qui conditionne l'importance et l'urgence de mettre en place des parades pour désamorcer la toxicité du processus, dont la création de cépages résistants à des maladies principales de la vigne est un volet. Le courant de pensée phytosanophobe utilise des fondements humains vieux comme le monde: la peur de la maladie, la peur de la mort, l'affaiblissement du concept de résurrection après la mort, la mise en danger des enfants. Anachronique du comportement global de la viticulture ce courant a pour origine un comportement à connotation sectaire d'inspiration apocalyptique. Pour ce faire, les activistes utilisent des amalgames et des fantasmes qui paniquent les gens ordinaires et diabolisent les produits de consommation comme par exemple cette dénonciation satanique de la présence de trace de glyphosate dans le coton qui sert à fabriquer les tampons hygiéniques. (Sauf que le tampon est fait pour absorber des sécrétions, ce n'est pas un suppositoire pour diffuser une matière active...). Ou cette insinuation: " le Zika ne serait pas un virus mais un pesticide".etc.. ils rationalisent leurs allégations en transformant des émotions en affirmations scientiques, etc.. Bref, ils essaient d’instiller dans la société des peurs à partir de concepts transgressifs de ceux affirmés et démontrés par la Science, par la Recherche et par la Connaissance, ce qui bât en brèche les fondements des pratiques phytosanitaires du monde agricole, qui doit pourtant protéger ses récoltes, et souille l'image de nos produits alimentaires conventionnels devenus suspects car ils comporteraient des poisons ou des "perturbateurs endocriniens", etc.. conformement à un système de pensée apocalytique. Bref, ils utilisent des boucs émissaires pour asseoir leurs allégations, installer la suspicion et la peur dans la société pour installer leur doctrine élitiste. L'ethnopsychiatre DEVEREUX énonce ceci: "On ne peut guérir une maladie mentale, névrose ou psychose, tant que le médecin ( les soutiens politiques, techniques et scientifiques) souffre du même mal que le patient ( les psychotiques) et tant que le milieu socio-culturel (la société) où se déroule la cure favorise indirectement ( par peur de la maladie, de la mort: peurs irrationnelles) la formation et le développement des principaux symptômes" ( diabolisation des molécules par tous moyens, manifestations ou propos hystériques, idéologies sectaires,.. ) C'est à la lueur de cette lucidité qu'il faudrait pouvoir organiser à l'encontre de ce problème à connotation psychiatrique, une riposte professionnelle générale appropriée forte. Bien évidemment s'il est possible de supprimer pour quelques maladies de la vigne l'usage - ou sa forte diminution- de produits phytosanitaires par la culture raisonnée et par la production d'hybrides résistants et valables sur le plan œnologique, ce sont des bonnes perspectives susceptibles de d'atténuer pour partie en amont l'objet du litige invoqué. Sous réserve. C Ce chantier de la transgénèse en devenir semble pharaonique et va demander beaucoup d'années avant d'être opérationnel... Et la Pépinière Viticole française est impatiente de pouvoir répondre à la demande de la viticulture en butte à une crise d'accusation d'empoisonner le sol et ses produits... et les enfants!!(Bordeaux). Elle souhaite garder son leadership par la disposition de matériel végétal adapté à la demande du vignoble. C'est aussi sa survie économique par rapport à la concurrence étrangère dont il est question. Cependant pour le moment, Il importe de la combattre cette psychose pour ce qu'elle est, autant que faire se peut, pied à pied...( défendre le bien fondé de l'agro-viticulture, de la phyto-pharmacie, arguer du respect de la réglementation, statistiques médicales contradictoires favorables, apporter des démentis aux émissions scélérates et articles de presse orientés et mensongés, soutiens (nécessaires) des décideurs politiques...) et de dénoncer la psychose au plus haut niveau en attendant que les résultats de l'amélioration génétique porte ses fruits que de l'obtention de nouveaux clones trans génétiques nous apportent une réponse positive, certes partielle, au défit rencontré.
Denis Boireau Le 24 février 2016 à 15:03:26
Ca faisait longtemps que je soupconnais les hybrides Vinifera x labrusca et vinifera x Riparia d'etre multi-resistants, simplement en constatant qu'ils restent tres tolerants, pour ne pas dire resistants, après 100 ans d'utilisation. Ce n'est pas parceque l'INRA n'etait capable de trouver qu'il seul gene de resistance qu'il n'y en avait pas d'autres. je suis bien content que le professeur Carbonneau le demontre! En attendant je vais acheter des cepages resistants en Allemagne.
Carbonneau Alain Le 23 février 2016 à 16:43:25
Réponse au commentaire de CRAOUX: Tout à fait d'accord pour la libre concurrence entre les obtenteurs au moins européens! Mon intervention a en fait pour but d'essayer de vaincre une distorsion de concurrence, car le matériel que nous défendons (rV d'Alain Bouquet) est handicapé par un principe de précaution inadapté (ces génotypes ne sont pas 'monogéniques' contrairement aux allégations en cours) alors qu'ils sont vraiment polyrésistants et adaptés aux régions méditerranéennes.
craoux Le 22 février 2016 à 14:31:02
La prise de position d'Alain Carbonneau est un peu décevante car teintée d'une dimension autre que 100% et seulement scientifique. Notamment, il évoque clairement sa déception de constater qu'aucun cépage résistant (!) français (blocage ou prudence de l'INRA) ne serait rapidement inscrit ... ce qui laissera le champ libre aux cépages suisses, italiens et allemands. Son amitié pour Alain Bouquet, le souci de défendre le drapeau bleu-blanc-rouge dans un contexte concurrentiel seraient-ils les meilleurs conseilleurs ?
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