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Marche blanche
1 500 manifestants interpellent le vignoble bordelais sur l’exposition aux phytos

Pour exprimer leurs craintes sanitaires concernant l’exposition des enfants aux pesticides, 1 500 manifestants auraient bravé la pluie bordelaise ce dimanche, selon les organisateurs.
Par Alexandre Abellan Le 15 février 2016
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1 500 manifestants interpellent le vignoble bordelais sur l’exposition aux phytos
Pancartes et parapluies se sont contoyés lors de cette première manifestation de réaction à l'émission Cash Investigation (diffusée douze jours auparavant). - crédit photo : Kamigraphie/De la lumière et des hommes
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 Plus de paysans, moins de pesticides », « Halte à l’omerta », « Protégeons nos enfants »… Tels étaient les slogans qui résonnaient lors de la marche blanche du 14 février, reliant la place Pey-Berland à la préfecture de Gironde. Organisée par l’ONG Générations futures et le syndicat Confédération paysanne, cette manifestation réagit directement à l’émission Cash Investigation « Produits chimiques, nos enfants en danger », demandant une prise de conscience des dangers liés à l’utilisation des produits phytopharmaceutiques. Lancé cinq jours auparavant, l’appel à manifester aurait été entendu par 1 500 personnes, selon le décompte des organisateurs.
 
Se disant encore étonnée par l’ampleur de cette mobilisation, l’activiste Valérie Murat y voit les prémices d’une mobilisation collective dans ses combats personnels*. Soulignant la présence de vignerons aux côtés de parents d’élèves, elle souligne que la mobilisation ne se fait « pas contre la viticulture. Au contraire : que fera-t-on une fois que l’on aura tué les sols et les paysans ? On veut que la Gironde reste une terre viticole, mais dans le respect de l’environnement, des professionnels, des riverains et de leurs enfants », résume-t-elle. Autre figure des militants antiphytos en Gironde, l’ouvrière viticole Marie-Lys Bibeyran** ajoute que cette marche blanche « est de bon augure, cela veut dire que les professionnels ne peuvent plus se cacher derrière leurs arguments sur l’homologation, les précautions d’usage ou les haies protégeant les écoles. La société civile demande autre chose. »
 
Une manifestation, et après ?
 
Après cette marche blanche, Valérie Murat espère désormais être reçue par la préfecture afin de porter ses propositions. Elle préconise notamment la création d’un comité de vigilance sur les pesticides, réunissant riverains, toxicologues, pouvoirs publics… In fine, son objectif est le financement par le département d’études toxicologiques afin de caractériser l’exposition des enfants aux pesticides (par des analyses de cheveux). Avant le lancement d’une telle plate-forme, des initiatives essaiment, comme celle de Marie-Lys Bibeyran, qui vient de créer un collectif « Information Médoc Pesticides ». Elle explique qu’il s’agit d’« un comité d’information, de dénonciation et d’interpellation des instances professionnelles ».
 
Des positions qui, vues du vignoble, tiennent cependant plus de l’offensive accusatrice que de l’initiative (ré) conciliatrice. Et qui risquent bien de figer les deux parties dans la posture de chiens de faïence : se livrant à distance un duel de regards sans merci. Pourtant, le vignoble et ces militants semblent aspirer à la même révolution viticole : la réduction drastique des intrants. Si l’aspiration concorde, les partitions actuellement jouées restent dissonantes. Les efforts du vignoble ne sont pas réellement perçus (et encore moins appréciés), tandis que les lanceurs d’alerte inquiètent (et crispent plus qu’autre chose). Dommage que les cépages résistants aux maladies cryptogamiques ne puissent faire office de deus ex machina.
 
*Depuis l’an dernier, elle porte la première plainte au pénal pour l’exposition à l’arsénite de sodium de son père, James Murat, vigneron décédé d’un cancer.
 
**S’opposant à la MSA, elle attend pour mars prochain le rendu d’expertise sur le lien entre le cancer mortel de son frère, Denis Bibeyran, à son activité d’ouvrier viticole.
 
 
[Photos gracieusement mises à disposition par l’artiste Kamigraphie, tous droits réservés]

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Tous les commentaires (2)
THY Le 17 février 2016 à 18:35:49
Bonsoir, 600 participants lundi dans Sud Ouest, 1500 aujourd'hui. Combien dans qq jours? Mme Murat demande une étude toxicologique, mais l'INCA " Institut National du Cancer" explique que selon ses données il n'y a pas plus de cancer en Gironde que dans les autres départements français. Qui a raison? une journaliste qui ne donne pas cette information ou un Institut indépendant qui n'a aucun intérêt à aller ni dans un sens ni dans l'autre. AGRICAN (AGRIculture et CANcer) a réalisé depuis qq années des études d'impact sur les pesticides et la santé : cette étude porte sur 180 000 personnes. Ces études confirment que les agriculteurs vivent plus longtemps que la population générale. + 2 à 3 ans de plus. Tiens, donc ? et ils auraient plus de maladies que les autres: ah bon! Comment expliquer l’existence d’un danger pour chacun de nous, alors que les citoyens sont jusqu’à 10 000 fois moins exposés que les agriculteurs, et que ces derniers sont globalement en meilleure santé que la moyenne de la population ? Qui raconte des histoires? Cash Investigation ou AGRICAN qui ne cherche pas le sensationnel mais la vérité des chiffres. Pourquoi des journalistes ne le disent pas? Serait-ce pour faire du sensationnel? C'est sur que les trains qui arrivent en retard sont plus "vendeur"que ceux qui arrivent à l'heure. J'avoue ne plus savoir qui croire. Cdt THY
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Rachel Le 16 février 2016 à 22:18:21
La naissance d'une psychose.. Nous avons affaire à la naissance d'une ethno psychose, maladie socio-culturelle potentiellement destructrice, dont il importe de chercher les vraies causes pour la désactiver. Il y a à l'évidence à la base des peurs suscitees chez les manifestants, une entreprise de diabolisation de la phytopharmacie qui est bien évidemment contre productive et criminogène. Un des symptômes est deja ce report sur la santé des enfants soit disant menacée qui fait partie du packaging affabulatoire. Deja il faut veiller à ce que des professionnels n'interiorisent pas la maladie en se lançant, par exemple, à corps perdu, dans l'abandon des traitements, et qui les rendrait " pathologicises", ce qui est un des effets pervers de la psychose...
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