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2016 en vue
L'activiste Valérie Murat et l'exposition à l'arsénite de sodium

Assumant sa casquette de casse-pieds de service dès lors qu'il est question de produits phytosanitaires, Valérie Murat est une activiste qui croit en la nécessité d'informer le vignoble pour le protéger. À l'origine de la première enquête sur un homicide involontaire causé par une exposition viticole aux phytos, elle a marqué les esprits en 2015. Et compte en faire de même en 2016.
Par Alexandre Abellan Le 23 décembre 2015
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L'activiste Valérie Murat et l'exposition à l'arsénite de sodium
- crédit photo : Kami
V
igneron dans l’Entre-deux-Mers, James Murat a succombé fin 2012 à un cancer pulmonaire. Son origine a été diagnostiquée comme professionnelle et reliée à son exposition à l’arsénite de sodium durant 42 années d’activité. Sa fille, Valérie Murat, se bat depuis trois ans pour que les risques sanitaires de l’utilisation de produits phytopharmaceutiques soient connus des opérateurs du vignoble, et que les pratiques s’améliorent en conséquence. Pour ce faire, elle est aujourd’hui sur deux fronts judiciaires, l’un est civil, à Bordeaux, l’autre est pénal, à Paris.
 
« J’ai hâte d’être dans l’enceinte du tribunal »
 
En avril dernier, elle a déposé une plainte contre X au tribunal de grande instance de Paris. C’est la première en France pour un homicide involontaire causé par une exposition viticole aux produits phytos. Le pôle de santé du TGI a ouvert une procédure d’enquête préliminaire en juillet dernier. Confiante dans la poursuite de ce dossier, elle souligne que ce sera l’occasion pour « les responsables de pouvoir s’expliquer. J’ai hâte d’être dans l’enceinte du tribunal et de savoir pourquoi ils ont homologué et commercialisé l’arsénite de sodium dont ils connaissaient pertinemment la toxicité ». Si la plainte est contre X, elle vise d’abord les firmes phytosanitaires et ensuite les services de l’État, impliqués directement dans la mise sur le marché de l’arsénite de soude – autorisation retirée en novembre 2001 pour la France.
 
En parallèle, son action devant la chambre du tribunal de Bordeaux n’est pas moins importante. Elle l’oppose à la Commission d’indemnisation des victimes d’infractions qui doit se prononcer sur le statut de victime de James Murat. « Cette procédure va mettre un coup de pied dans la fourmilière des grands vins de Bordeaux », annonce Valérie Murat qui critique « une partie de la profession confite dans le déni, comme si le problème n’existait pas. Cela revient à se tirer une balle dans le pied. Le scandale sanitaire est en route ! »
 
« Plus personne ne peut dire qu’il n’était pas au courant »
 
Si elle reconnaît qu’elle exaspère les acteurs de la filière, elle revendique son statut de fille de vigneron pour déclarer sa flamme au vignoble : « Je tiens à ce que Bordeaux reste un vignoble en pleine activité. Mais il doit passer à la pointe des pratiques alternatives et respectueuses de l’environnement, avec des paysans en bonne santé et cohabitant en bonne intelligence avec leurs riverains. »
Depuis qu’elle est devenue un symbole de la lutte contre les dangers professionnels des phytos, elle reçoit de nombreuses demandes d’information pour entamer des procédures, aussi bien de vignerons que de leurs proches. Lanceuse d’alerte, elle tient à informer les applicateurs de produits phytosanitaires sur leurs droits : « Des paysans sont malades et sont en train de crever dans le silence. Depuis que j’ai déposé ma plainte au pénal, plus personne ne peut dire qu’il n’était pas au courant ».
 
Pour elle, tout l’enjeu d’avenir reste de faire évoluer les mentalités : « Il faut déconstruire les pratiques et se tourner vers d’autres, plus respectueuses de l’homme et de l’environnement ».

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Tous les commentaires (2)
rol Le 25 décembre 2015 à 10:18:19
Pillot a exprimé le fond et sur la forme, je rajouterais à' l'article; " L' activiste...."selon le Larousse; Attitude Politique qui préconise l'action directe...et donc une forme de terrorisme uniquement politique......au fond, le plus malheureux...c'est sans aucun doute son père qui peut se demander pourquoi ,lui qui a sans doute aimer un métier très concret comme la terre , a laissé une Jeanne d'Arc de la Révolution........sans aucun lien de raison avec son métier.....
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PILLOT Le 23 décembre 2015 à 19:55:49
Rien ne prouve que ce décès est lié à l'arsenic. On meurt toujours du cancer du poumon bien loin de l'exposition à l'arsenic.L'arsenic a été utilisé intensivement en agriculture avant 1940 pour éliminer le doryphore de la pomme de terre et aucun accident de chronicité n'a été mentionné à cette époque, Qui plus est l'arsenic n'a jamais été incriminé dans la génèse du cancer du poumon. Hormis sa toxicité aigüe, ce métal est connu comme occasionnant des cancers de la peau et sans que l'on en comprenne la raison, seulement chez les asiatiques. Je pense que l'application d'arsenic pour l'éradication des maladies du bois, faite par des Unités spécialisées pour ce rôle, serait bien bénéfique à la viticulture et sans danger pour les viticulteurs. JP, Ancien Prof Faculté de Médecine et à l'Institut Pasteur de Paris,Ancien Expert de l'Organisation Mondiale de la Santé.
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