LE FIL

L’encadrement des essais sur les cépages résistants mobilise la filière

Mardi 15 décembre 2015 par Michèle Trévoux

La France envisage d'interdire aux variétés résistantes de porter des noms trop proches des variétés existantes, ce qui n'est pas pour plaire à l'ensemble des viticulteurs.La France envisage d'interdire aux variétés résistantes de porter des noms trop proches des variétés existantes, ce qui n'est pas pour plaire à l'ensemble des viticulteurs. - crédit photo : DR
L’arrêté visant à réglementer l’expérimentation des cépages résistants doit être débattu ce mercredi 16 décembre au conseil spécialisé de FranceAgriMer. Il est loin de faire l’unanimité. L’Anivin, la Confédération française des IGP et le syndicat des Pays d’Oc ont écrit au ministre de l’Agriculture pour s’opposer à ce projet, jugé trop contraignant.

Le débat sur l’expérimentation des cépages résistants, prévu ce mercredi 16 décembre au conseil spécialisé de FranceAgriMer, s’annonce houleux. Les professionnels doivent se prononcer sur un projet d’arrêté réglementant cette expérimentation. Ce texte détaille les modalités, les critères requis pour le classement des variétés et les formalités à remplir préalablement à toute expérimentation.

Sur un hectare et pour quinze ans maximum

Il indique notamment que « pour une même variété, les évaluations doivent être conduites sur des sites de 2 ha maximum, pour une superficie totale de 20 ha lorsqu’elles sont réalisées sur plusieurs sites. En l’absence de reconnaissance DHS (distincte, homogène, stable) de la variété, la surface de l’expérimentation ne doit pas dépasser 1 ha. La durée d’expérimentation ne peut excéder quinze ans. Toute expérimentation doit être suivie par un organisme qualifié en matière d’expérimentation ».

L’arrêté précise également que, pour toute expérimentation, « la dénomination de la variété de vigne ne doit pas pouvoir induire le consommateur en erreur », ce qui semble donc exclure la plupart des variétés italiennes (cabernet eidos, cabernet volos, merlot kanthus, merlot khorus, sauvignon kretos et sauvignon rytos), ainsi que le cabernet cortis (allemand) et les variétés suisses de Valentin Blattner : cabernet blanc et cabernet jura.

Une disposition que dénonce Loïc Breton de VCR France. « Si cette proposition de texte est adoptée, elle privera les viticulteurs français de variétés résistantes qui vont être diffusées partout ailleurs en Europe et dans le monde. Cela va réjouir tous les autres producteurs européens qui vont pouvoir produire ces vins sans traitement et ensuite inonder le marché français sur lequel ils seront sans concurrence. Une fois de plus, la France se tire une balle dans le pied. »

"Ces réglementations contraignantes provoquent de nouvelles distorsions de concurrence pour la viticulture française"


Du côté des professionnels, les réactions sont également très vives. Dans une lettre adressée au ministre de l’Agriculture et au président du Conseil spécialisé vin de FranceAgriMer, Jacques Gravegeal, président du syndicat des vins du Pays d’Oc, condamne ces mesures et souligne le paradoxe entre la volonté affichée du gouvernement de réduire l’utilisation des pesticides et ce texte qui entrave le développement des variétés résistantes. « Ces réglementations contraignantes provoquent de nouvelles distorsions de concurrence pour la viticulture française vis-à-vis de ses concurrents européens. Ceux-ci produiront des vins issus de cépages résistants qu’ils commercialiseront librement sur le territoire français alors qu’ils seront interdits de culture ou produits de façon extrêmement marginale et donc insignifiante », écrit-il.

"Dans quelle autre filière a-t-on vu imposer aux entreprises privées de communiquer leurs résultats de recherche ?"


La Confédération des vins IGP de France et la Cnaoc ont également cosigné une lettre à l’attention du ministre pour demander de « différer la signature de cet arrêté de quelques semaines, afin de faire des propositions plus conformes à ce qui leur semble être l’intérêt de la filière ». L’Anivin a aussi réagi en demandant au ministère de revoir le cadre trop restrictif fixé par cet arrêté. Vincent Pugibet du domaine de La Colombette, qui fut le premier à expérimenter les cépages résistants en France, dénonce, lui, la mise sous tutelle de la recherche. « Dans quelle autre filière a-t-on vu imposer aux entreprises privées de communiquer leurs résultats de recherche ? C’est grave. La recherche fait partie de la liberté d’entreprendre. Pour quelle raison devrait-on en priver la viticulture ? », s’insurge-t-il. Vaste débat en perspective.

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