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Développement durable
Les vins de Bordeaux misent sur le partage d'expériences

A l'heure de la COP21 et des débats sur les actions de chacun pour enrayer le changement climatique, le vignoble bordelais fait sereinement le point sur ses travaux de développement durable. Pour réaliser l'objectif ambitieux de voir évoluer l'ensemble de sa filière, l'interprofession girondine mise sur le simple partage des expériences.
Par Alexandre Abellan Le 23 novembre 2015
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Les vins de Bordeaux misent sur le partage d'expériences
Exemple de sécurisation du stockage des déchets dangereux - crédit photo : SME Bordeaux
«

 Rien ne vaut l’exemple pour démultiplier les réussites individuelles. Une bonne pratique quelque part peut être généralisée. Il suffit de donner l’astuce pour la mutualiser à l’échelle collective du territoire », tel est le credo de Muriel Barthe, la directrice technique du Conseil interprofessionnel des Vins de Bordeaux. Prônant un transfert ascendant, le CIVB a concrétisé cette approche avec la publication du premier rapport de développement durable des vins de Bordeaux en janvier dernier (au septième forum environnemental de la filière).

En attendant la deuxième édition de ce rapport (présentée le 20 janvier 2016 au huitième forum environnemental), l’interprofession finalise sa feuille de route pour bien atteindre les objectifs de son plan climat 2020. S’inspirant du paquet énergie-climat acté en 2009 par l’Union Européenne, ce plan prévoit les réductions de 20 % des émissions de gaz à effet de serre et des consommations en eau, ainsi que l’augmentation de 20 % des énergies renouvelables. Un objectif d’autant plus ambitieux qu’il concerne non seulement les viticulteurs et négociants, mais également les équipementiers, fournisseurs, transporteurs, institutionnels… Les résultats timides du bilan Carbone de la filière bordelaise en 2013 ont sonné l’alarme pour mobiliser d’avantage. Dévoilées en janvier 2014 (au sixième forum environnemental), les émissions en 2013 dues à la filière se sont élevées à 770 000 tonnes d'équivalent dioxyde de carbone en 2012*, soit une petite réduction de 5 % en cinq ans des émissions de gaz à effet de serre. Si l’utilité pratique de cet indicateur laisse sceptique les opérateurs, « il est important d’avoir une vision nette de la répartition des postes pour pouvoir agir là où c’est possible » explique Muriel Barthe, « on a beau se mobiliser, certaines consommations resteront incontournables. L’idée n’est pas de retourner à l’âge de pierre, mais de modifier les approvisionnements en énergie, que ce soit de sources renouvelables ou en auto-production. » En pratique, le CIVB conseille à ses opérateurs de privilégier les bouteilles en verre allégées, la mutualisation de la gestion des déchets, la réduction des intrants : avec des méthodes alternatives, des réductions des doses, ou le développement de nouveaux cépages (voir encadré).

« L’enjeu est de faire progresser l’ensemble de la filière par effet de levier » conclut Bernard Farges, le président du CIVB. C’est pour lui une petite contribution aux efforts collectifs de la filière : « Bordeaux est un colibri parmi d’autres » conclut-il, reprenant la fable popularisée par l’agronome Pierre Rabhi. Le paysan-philosophe de l’Ardèche raconte ainsi ce conte amazonien : « un jour il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés, atterrés, observaient impuissants le désastre. Seul le petit colibri s’activait, allant chercher quelques gouttes avec son bec pour les jeter sur le feu. Après un moment, le tatou, agacé par cette agitation dérisoire, lui dit : "Colibri ! Tu n’es pas fou ? Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu !" Et le colibri lui répondit : "Je le sais, mais je fais ma part". »

 

 

* : Avec une marge d'erreur de 30 %.

L’encépagement à la croisée des changements de climats et de pratiques culturales
« Au-delà des objectifs 2020, on a intégré depuis un an l’approche cépage » explique Bernard Farges. « D’une part avec le projet expérimentale avec les hybrides (pour réduire les intrants tout en étant adaptés au climat bordelais) et de l’autre la recherche de pratiques culturales adaptées ». Après avoir travaillé à faire mûrir plus tôt ses cépages, le vignoble bordelais travaille de nouveau à l’adaptation, et à l’optimisation, de ses modes de conduite avec son climat.
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