e jeudi 5 mars, le conseil d'administration de l’Établissement Public Foncier de Nouvelle-Aquitaine (EPF NA) vote à l’unanimité une délibération exécutoire "visant à amorcer la maîtrise foncière raisonnée d'espaces à dominante viticole en soutien à la filière en Gironde". Ce qui acte une convention cadre avec l'État et la Société d'Aménagement Foncier et d'Établissement Rural (SAFER) pour aboutir à la dotation prévisionnelle de 10 millions d’euros afin de lancer la possibilité de racheter des terres par la foncière destinée aux parcelles viticoles arrachées en Gironde afin de structurer leur reprise d’activité agricole avec une garantie de bonne fin par les banques. L'intervention de l'EPFNA étant plafonnée à 50 000 € par convention. La prochaine étape majeure étant désormais l’ouverture d’un Appel à Manifestation d’Intérêt (AMI) durant le premier semestre 2026 pour que les propriétaires intéressés puissent déposer une candidature afin de lancer la mise en œuvre de cette foncière inédite.
Assemblant actionnaires privés à 70 % et publics à 30 %, cet outil innovant a du pain sur la planche alors que « plus de 19 000 hectares de vignes ont déjà été arrachés » comme le souligne un courrier de soutien d’organisations viticoles et syndicats agricoles* diffusé ce mercredi 4 mars. Saluant « le consensus » des pouvoirs publics (6 millions € par la région Nouvelle-Aquitaine) et des banques (14 millions € par 4 établissements**) pour investir conjointement afin « de redonner du souffle à des exploitations viticoles qui pourraient vendre leurs terres et de favoriser une restructuration cohérente et durable du foncier agricole girondin et de ses paysages », la lettre collective annonce « des réunions d’information et d’échanges sur le terrain […] afin de préserver l’esprit collectif du projet et d’apporter des réponses aux professionnels qui pourraient être concernés ».
L’intérêt dans le vigoble s’annonçant important, à la hauteur du « mouvement tectonique qui a lieu » indique à Vitisphere Dominique Techer, le porte-parole de la Confédération Paysanne de Gironde, qui souligne le décalage grandissant « entre ce qu’a été la viticulture girondine et ce qu’elle va devenir. 19 000 ha de vignes déjà arrachées. C’est énorme et ce n’est pas fini. À mon avis il y aura autant » prévient le vigneron de l’Entre-deux-Mers. D’où l’intérêt d’accompagner la restructuration viticole : « sur les cartes par satellites, on voit les communes viticoles devenir des damiers de vignes arrachées, abandonnées, moins bien entretenues… Ce sont des milliers d’hectares inexploitables, tellement le foncier est morcelé. Soit on fait un remembrement est nécessaire, soit on fait du roncier à sanglier et à la prochaine canicule ce sera incendie comme dans l’Aude. »
* : Soit le Collectif Viti 33, la Confédération Paysanne de Gironde, le Conseil Interprofessionnel du Vin de Bordeaux (CIVB), la Coordination Rurale de Gironde (CR 33), la Fédération Départementale des Syndicats d’Exploitants Agricoles de Gironde (FNSEA 33), la Fédération des Grands Vins de Bordeaux (FGVB), la Fédération des Négociants de Bordeaux et Libourne et les Jeunes Agriculteurs de Gironde (JA33).
** : Soit « Crédit Agricole d’Aquitaine, Banque Populaire Aquitaine Centre Atlantique, Crédit Mutuel du Sud-Ouest et Caisse d’Épargne Aquitaine Poitou-Charentes (chacune à hauteur de sa part de marché dans la filière) ».




