Depuis son installation en 2022 à Cavanac dans l'Aude, Adeline Gouzy a vu ses coûts de production grimper de 4 500 €/ha à plus de 6 000 €/ha. « On perd quasiment 100 €/ha, et cela va aller crescendo. On doit se serrer la ceinture », constate-t-elle.
Alors qu’elle vise 90 hl/ha, cette coopératrice récolte entre 70 et 80 hl/ha dans les parcelles irriguées et entre 45 et 70 hl/ha dans celles qui ne le sont pas. « Pour compenser les charges, il faudrait augmenter le rendement de 50 %, souligne-t-elle. C’est irréaliste. »
L’an dernier après les vendanges, elle a apporté 500 kg/ha d’engrais organique sous forme de granulés dans toutes les vignes, soit la moitié d’une année normale. À l’automne prochain, elle envisage de passer à de la matière organique en vrac, moins chère, mais dont l’épandage prendra plus de temps et de carburant. En plus de l’apport automnal, son programme de fertilisation comporte une pulvérisation d’engrais foliaires en cours de saison. Là aussi, elle a réduit les apports. En tout, ses vignes reçoivent 40 % d’engrais de moins qu’il y a deux ans.
Pour protéger ses vignes, elle prévoit d’utiliser des produits de contact plutôt que des systémiques, car moins coûteux, mais sous réserve d’une météo favorable.
Pour l’épamprage, elle est passée du manuel au chimique. En revanche, elle reste à la taille guyot manuelle, car « dans notre région, c’est la meilleure option pour le rendement et la qualité». Pas question non plus pour le moment d’arracher des vignes. « On peut réduire les charges de 10 à 15 %, mais pour être à l’équilibre, le seul levier décisif reste le prix du vin », assène Adeline Gouzy.
Installé en 2017 au sein du domaine familial à Nîmes (Gard) avec son frère, Romain disposait alors d’une exploitation économiquement équilibrée. À partir de 2019, la situation se dégrade sous l’effet cumulé des aléas climatiques, de la crise économique et de la hausse des intrants.
« À mon arrivée, avec un chiffre d’affaires de 6 500 €/ha, l’exploitation couvrait ses charges, relate-t-il. Aujourd’hui, il nous faudrait atteindre 8 000 €/ha pour pouvoir tous se payer correctement alors que nous plafonnons autour de 4 500 €/ha. On a donc dû resserrer tous les postes. »
Depuis sept ans, le domaine n’a plus renouvelé son matériel. Les traitements phytosanitaires ont été réduits au strict nécessaire, hors forte pression mildiou, avec un recours accru au cuivre et au soufre. La fertilisation aussi. Romain Angelras n’apporte plus à ses vignes que 200 kg/ha d’engrais minérauxune année sur deux, soit 30 unités d’azote, 10 de phosphore et 60 de potasse.

Pour réduire les frais de main-d’œuvre, Romain Angelras a passé toutes ses vignes en taille rase et supprimé l’ébourgeonnage. Il a développé de l’enherbement des interrangs afin de limiter le travail du sol et la consommation de gasoil. Cette année, ces économies restent de mise. Romain Angelras va aussi arracher 10 ha de vieilles parcelles à faible rendement. « L’objectif est de concentrer nos moyens sur les vignes les plus performantes et de replanter ces 10 ha d’ici trois ans », espère Romain Angelras.
Installé en 2018 sur les 52 hectares de vignes avec son père, Nicolas Noailles voit rapidement la situation de leur exploitation se dégrader. « Je n’ai jamais connu une année normale, ni un chiffre d’affaires correct », confie-t-il. En cessation de paiements depuis 2022, les Vignobles Noailles à Teuillac en Gironde sont placés depuis deux ans sous plan de sauvegarde.

Pour réduire les charges, Nicolas Noailles et son père actionnent plusieurs leviers : arrêt du travail du sol, abandon des engrais organiques depuis sept ans et des engrais foliaires depuis trois ans, suppression du recours aux saisonniers pour le levage et le relevage, épamprage désormais chimique… « Sur le plan phytosanitaire, on privilégie la bouillie bordelaise quand les conditions le permettent », précise-t-il. Ces choix permettent une baisse des coûts de production de 10 à 15 %, mais avec des contreparties : rendements en recul, de 47 à 35 hl/ha ces cinq dernières années et diminution de la vigueur des bois.
Autre mesure : l’arrachage, l’an dernier, de 8 ha de vignes éloignées de l’exploitation afin de limiter les coûts de carburant. Un nouvel arrachage est prévu cette année pour ne conserver que les 15 ha les plus qualitatifs et abandonner les vignes destinées au négoce, « auquel on vend à perte. On se concentre sur ce que l’on peut garder », expose Nicolas Noailles.
En 2024, Rémi Sisqueille a succédé à ses parents à la tête de l’EARL Château de Rey, 25 ha en AB à Canet-en-Roussillon. « J’ai récupéré une exploitation en bonne santé, assure-t-il. Les charges sont couvertes et tout le monde se paie. Il est vrai que l’on fait un gros travail sur la commercialisation et la valorisation des vins qui nous permet de dégager autour de 500 000 € de chiffre d’affaires. »

Partant de là, pas question de faire des économies au vignoble. Le but est d’obtenir les rendements et la qualité recherchés. Pour ce faire, Rémi Sisqueille pratique une taille douce en gobelet et palmette suivie d’un ébourgeonnage renforcé, ce qui nécessite de la main-d’œuvre, de surcroît qualifiée. Pour protéger ses vignes, il utilise du cuivre et du soufre additionnés de purin d’ortie et de prêle afin de réduire les doses. Depuis trois ans, il a remplacé les engrais organiques par du bois raméal fragmenté (BRF) mélangé à du fumier (40 t/ha en 2025), afin de reconstituer le taux de matière organique affecté par les sécheresses successives.
Cette année, il continue son programme d’hydrologie régénératrice destiné à mieux retenir l’eau et qui consiste à planter des haies et des vignes en courbe de niveau et à créer des noues. Avec un rendement moyen en 2025 de 28 hl/ha, contre 20 hl/ha les précédentes années, hors de question de lésiner sur les investissements. « C’est le prix à payer pour avoir des vignes capables de résister à la sécheresse et valoriser au maximum le peu de vin que l’on fait », conclut-il.


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