On est malheureusement parmi les seuls en France, avec le Beaujolais voisin, a avoir subi une telle pression mildiou cette année”. Ce 18 décembre, le directeur de la Chambre d'agriculture de Saône-et-Loire Benjamin Alban est revenu sur la saison passée face à une assemblée de vignerons et de techniciens, réunis pour l’occasion dans la cité des Climats de Mâcon.
Les secteurs les plus sinistrés (Lugny, Leynes, Chaintré, Davayé, Prissé, Peronne, Vinzelles et Saint-Maurice-de-Satonnay) ont subi une pression “supérieure à 2024, millésime pourtant réputé difficile”, complète sa collègue Anne Pinatel. “Dans les cas les plus extrêmes, la fréquence a pu atteindre 100 %, l’intensité 84 %”. Face à ce constat, l’équipe de techniciens a lancé un “plan mildiou” en cours de saison. Objectif : comprendre quels paramètres météo et quelles pratiques ont conduit à cette situation.
Un climat local particulièrement défavorable
Première explication : un micro-climat très défavorable. “Dans les communes concernées, les pluies ont dépassé les normales de 6 à 53 %”, indique Florent Bidaut, technicien de la chambre. Le plus dévastateur n'étant pas ces cumuls en soi, mais leur timing. “On a eu une grosse période pluvieuse mi-avril, en pleine sortie de feuilles, et alors que les œufs de mildiou mûrissaient.”
Pas plus de chance par la suite : “nous avons eu un pic de température courant mai, avec des maximums à 28-29 degrés, puis un autre épisode pluvieux en pleine floraison”, détaille Florent Bidaut. Le tout favorisant une pousse rapide compliquant la protection. “Parmi les exploitations étudiées, on est à 4 rognages en moyenne sur la saison, jusqu'à 8 !” Un ensemble de conditions idéales pour un développement explosif du parasite. Ce qui n’a pas manqué… “On a vu des symptômes dès le 5 mai sur le réseau, avec des repiquages dans la foulée. Et des symptômes sur grappes dès le 26 mai”, pointe Anne Pinatel.
Des traitements pas toujours bien positionnés
Mais le contexte n’explique pas tout. “Il y a eu de gros écarts de réussite de protection d’une exploitation à l’autre”, constate Florent Bidaut. Parmi les différents choix, la précocité du T1 a fait la différence. “Les alertes les plus précoces du Bulletin de Santé du Végétal (BSV) datent du 18 avril. Et les exploitations étudiées ont traité pour la première fois, en moyenne, le 27 avril”. Pour ce T1, le choix de produits avait aussi son importance. “Le résultat final était bien meilleur avec un systémique au début. Et l’association cuivre et phosphonates faisait mieux que le cuivre seul en tendance.” En tendance seulement, insiste le consultant : “des programmes avec CMR ont pu faire moins bien que des 100 % contact. La manière d’appliquer a été essentielle.”
En renouvellement, les positionnements au plus près des pluies se sont révélés plus efficaces, quel que soit le traitement. “Car on peut prendre 4 feuilles entre l’application et la pluie. En cas de traitement avant un pic de croissance, cela vaut la peine de renouveler même s’il n’a pas plu”, rappelle Florent Bidaut. En revanche, le nombre de passages total n'a pas été déterminant.
Quant au matériel, “On a une tendance favorable au face-par-face, mais ce matériel seul n’était pas une garantie de réussite”. Enfin les pratiques au vignoble, notamment les travaux en vert, “n'ont pas été déterminants”. Hormis sur un point. “Il fallait absolument rogner avant de traiter. Ceux qui ont rogné après en ont subi les conséquences.”
Détresse parmi les jeunes vignerons
Conclusion : anticipation et la qualité du positionnement étaient la clef lors de cette saison 2025 en Mâconnais, marquée par des conditions météos qui ne laissaient pas le droit à l'erreur. Un cas qui pourrait se reproduire selon Benjamin Alban. “Avec la nouvelle donne climatique, on doit oublier les recettes passe-partout. De plus en plus, il faudra s’adapter au millésime, et pour cela avoir du matériel monté et prêt à intervenir, même le samedi et le dimanche”. Et Florent Bidaut d’ajouter que "dans un contexte de restrictions, la solution est aussi de sectoriser.”
Des préconisations qui ont fait vivement réagir la salle. La détresse était palpable parmi les les plus jeunes vignerons, qui lors de la séance de questions/réponses se sont interrogés sur l'avenir d’un métier pris en tenaille entre réglementation durcie et climat déréglé.
Nombre de vignerons présents ont questionné les intervenants quant à l'opportunité de réduire l'inoculum à la parcelle en hiver pour réduire la pression en saison. Peu efficace, estime le professeur suisse Pierre-Henri Dubuis, invité de cette conférence. “Le mildiou est une maladie épidémique. Une quantité plus faible d'inoculum au début, même 100 fois moins, ne peut plutôt pas contenir l'explosion en saison. Elle peut tout au plus la décaler. Le seul intérêt éventuel est donc d’éviter une période sensible.




