utter contre le gel, mais pour quel coût environnemental dans le vignoble ? C’est l’axe de travail de la thèse qu’a mené pendant trois ans Vincent Baillet au sein de l’USC Grappe ESA-Inrae d’Angers. Si elle ne marquait pas la livraison de conclusions tranchées sur le sujet, sa soutenance du 5 décembre dernier, éclairait néanmoins sur les impacts environnementaux des choix techniques faits par les vignerons pour protéger le vignoble « lors des gelées radiatives, les plus fréquentes au printemps, avec une couche d’air froid qui reste bloquée au niveau du sol et va toucher les bourgeons », expose Vincent Baillet.
Ayant travaillé par l’approche de l’analyse du cycle de vie (ACV) contextualisée, « une méthode difficile à comprendre et à restituer par les experts », le doctorant a pu confronter 6 technologies de lutte contre le gel au vignoble, déclinées en 28 pratiques (tours à vent fixes, mobiles, fils chauffants, radiatifs, chaufferettes, bougies, aspersion, voile…) dans 2 régions viticoles, en Val de Loire et Champagne. Il souligne au passage que « la fréquence des gels tardifs, soit une température négative entre fin mars et début mai, est en hausse depuis 1985 en Europe (France, Allemagne, nord de l’Italie…), avec une sensibilité accrue par la topographie du terrain et l’écoulement d’air froid le long des pentes ». Le réchauffement du climat accentuant en parallèle les risques en provoquant des débourrements plus précoces.
« La question de l’efficacité a été récurrente tout au long de ma thèse. Or, les facteurs d’efficacité dépendent du type de gelées et leur intensité. Ainsi, seule l’aspersion est efficace pour les gelées advectives hivernales », situe Vincent Baillet. Comme une évidence face à l’urgence de ce genre de situations, il rappelle également que « les vignerons privilégient avant tout les solutions immédiates et rapides, sans considérer l’aspect environnemental », avec aussi des combinaisons de stratégies de lutte.
Cet impact environnemental des pratiques de lutte est intimement lié aux consommables utilisés pour les techniques de chauffe (combustibles, ressources fossiles), ainsi qu’à la fabrication des matériels (câbles, aspersion). « Les impacts liés à la consommation d'énergie et de ressources fossiles restant difficilement compensables par le rendement sauvé », pose Vincent Baillet.
En posant l’analyse des impacts pour la protection d’un hectare de vigne du gel pendant une heure, puis extrapolé à 11h de gel, Vincent Baillet propose pour l’avenir un cadre méthodologique d’évaluation objectif pour la prise de décisions des vignerons. Il a ainsi mis en œuvre un atelier participatif de restitution de ses résultats avec un groupe de vignerons. « Les participants ont donné des scores éloignés de la hiérarchie obtenue par ACV, où c’est le critère économique de décision qui prime sur le critère environnemental, puis sur celui organisationnel, puis social et enfin sociétal », liste le doctorant. Il souhaite maintenant affiner encore la modélisation des pratiques pour les évaluer le plus finement possible, entre fabrication des dispositifs, transport, assemblage, meilleure modélisation de la combustion (notamment des sarments de vigne ou de la paraffine), et intégrer des indicateurs supplémentaires comme les microplastiques. La compensation environnementale reste dans tous les cas « très difficile à atteindre », pose le chercheur.
En apportant aux opérateurs de terrain une meilleure appréciation des impacts environnementaux des techniques de lutte contre le gel qu’ils emploient dans leurs itinéraires, la méthodologie développée par Vincent Baillet propose à ces derniers un outil décisionnel complémentaire aux seuls aspects d’efficacité et de coût.




