LE FIL

À la propriété

Le château d’Yquem décomplexe son Sauternes à 60 €

Mercredi 08 juillet 2020 par Alexandre Abellan
Article mis à jour le 10/07/2020 09:12:44

« Il s’agit du deuxième produit lancé dans l’histoire d’Yquem, après Y en 1959 » pointe Sandrine Garbay.
« Il s’agit du deuxième produit lancé dans l’histoire d’Yquem, après Y en 1959 » pointe Sandrine Garbay. - crédit photo : Château d'Yquem
S’inscrivant dans les efforts de démocratisation des vins liquoreux bordelais, le premier grand cru classé en 1855 propose un vin d’assemblage jusqu’alors confidentiel à ses visiteurs particuliers.

« Nous ne sommes pas à part, nous avons conscience des difficultés de l’appellation Sauternes et nous voulons en redevenir un moteur » pose Sandrine Garbay, la maître de chai du château d’Yquem (groupe LVMH), en voulant pour preuve le lancement d’une nouvelle cuvée au combien accessible : le Sauternes, commercialisé 60 euros TTC la bouteille, quand le premier grand cru supérieur classé en 1855 est commercialisé six fois plus cher (396 € TTC pour le 2017).

Repérée par le site Terre de Vins, cette cuvée Sauternes poursuit un objectif : « que les gens en profitent, dans une consommation décomplexée. Nous adhérons à l’esprit de modernisation de la consommation des vins de Sauternes » explique Sandrine Garbay. L’œnologue explique avoir conçu un vin d’assemblage : « de cépages, de terroirs et de millésimes. En moyenne 4 à 5 années sont assemblées, dont le dernier millésime. Comme une solera, avec un fond fixe et l’ajout d’un millésime récent. » A chaque nouvelle mise correspond un nouveau numéro, donnant la chronologie de cette cuvée atypique sans millésime.

Vente en vrac

Visant une consommation à l’apéritif et non sur un foie gras ou un dessert, cette cuvée a été façonnée par le désir d’accessibilité. Son origine remonte à 2005, quand Pierre Lurton a pris la direction du château d’Yquem et a décidé, après avoir dégusté les lots de vins écartés de l’assemblage du vin liquoreux pour être vendus en vrac*, d’en offrir une partie aux employés de la propriété. Ce qui leur permet de « partage plus facilement un vin du domaine que les bouteilles de Yquem offerts aux fêtes » précise Sandrine Garbay. A l’époque, 20 à 30 % volumes produits en liquoreux étaient écartés lors de l’assemblage du château d’Yquem.

Le changement climatique ayant augmenté la maturité lors des tries, la production a augmenté et le volume envoyé en vrac a augmenté, passant à 50 % en moyenne (avec 60 % pour le millésime 2018, qui va prochainement être mis en marché). « Il était dommage de tout envoyer en vrac. En 2014, le Sauternes 1 a été lancé auprès des salariés du groupe LVMH (5 000 employés en France) » souligne Sandrine Garbay. Face à la demande maintenue des comités d’entreprise de LVMH, le château d’Yquem saute le pas en proposant le Sauternes 6 aux visiteurs de son château.

"Tout le monde s’accorde à dire que les Sauternes sont délicieux, mais trop peu en consomment"

Organoleptiquement, « il y a le confit de Sauternes. Il y a la fraîcheur et les agrumes d’un millésime jeune, la bouche est relativement riche, sur la fraîcheur » décrit Sandrine Garbay. Pour son lancement public, la collection des Sauternes 1 à 6 est commercialisée dans une caisse panachée (photo ci-dessous). « Les quantités sont limitées. Si cela marche bien, on sera capable d’en faire » estime Sandrine Garbay, qui n’évoque qu’une vente en direct, à la propriété.

Pour l’œnologue, l’enjeu de cette cuvée est de positionner les vins liquoreux sur de nouveaux instants de consommation. « Tout le monde s’accorde à dire que les Sauternes sont délicieux, mais trop peu en consomment. Il faut replacer leur consommation à un moment plus convivial » souligne la maître de chai, sans écarter les glaçons et autres cocktails. Une hérésie pour le gardien du temple de Sauternes, qu’est Alexandre de Lur Saluces, l’ancien gestionnaire du château d’Yquem, qui ne cache pas sa colère face à ces initiatives iconoclastes. « Je comprends et j’entends Alexandre de Lur Saluces. Nous sommes tous d’accord : les vins de Sauternes ont une identité qu’il ne faut pas perdre. Mais si l’on ne fait rien, on va perdre Sauternes. Pour sortir de la crise, il faut se battre » conclut Sandrine Garbay, s’affirmant en soutien et en solidarité avec l’AOC.

 

 

 

* : En parallèle, Pierre Lurton a mis un terme à la petite production de vin de table rouge du château d’Yquem, qui était réservé à la consommation du personnel.


 

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