LE FIL

Bordeaux

Le temps du bilan et de projets pour les dix ans de l'ISVV

Vendredi 24 mai 2019 par Colette Goinère

Pour Alain Blanchard, il faut arrêter de réfléchir par chapelles.Pour Alain Blanchard, il faut arrêter de réfléchir par chapelles. - crédit photo : DR
L’Institut des Sciences de la Vigne et du Vin (250 chercheurs, 600 étudiants), implanté à Villenave d’Ornon, en Gironde, fête ses dix ans, ce 24 mai. Alain Blanchard, son directeur, fait le point sur les grand chantiers menés et ceux à venir.

Dès son ouverture en janvier 2009,  l’ISVV  s’est positionné comme un pôle pluridisciplinaire de recherche, d’enseignement  supérieur et de développement. Le pari a-t-il  été facile à ancrer ?

Alain Blanchard : «  L’idée même de  l’ISVV portée par Denis Dubourdieu et par Alain Rousset, le président de la Nouvelle Aquitaine, était de rapprocher la faculté d’œnologie, des composantes recherche vigne et vin tout en y intégrant les disciplines de sciences sociales. Nous devons arrêter de réfléchir par chapelle. Ce pari n’a pas été facile car il s’agit de lutter contre des logiques disciplinaires. Les chercheurs sont programmés pour se développer dans leur propre discipline. A l’ISVV, il faut sortir du cadre académique pour se confronter à d’autres points de vue qui viennent d’autres disciplines. Tout n’est pas parfait mais il y a des réussites. Un exemple ? Le directeur scientifique général de l’ISVV, Eric Giraud-Héraud, arrivé en 2015, est un économiste.

De même nous avons initié des partenariats avec des mécènes au travers de la création de chaires industrielles.  En 2016, la chaire "GTD Free" axée sur les maladies du bois, cofinancée par Hennessy. L’année suivante, cela a été la chaire "Denis Dubourdieu",  dédiée à la qualité et la typicité des vins de Bordeaux, soutenue par une dizaine de mécènes, des châteaux classés et fournisseurs de la filière. Nous sommes reconnaissants de l’implication des industriels. Mais on voit bien qu’ailleurs dans le monde, le mécénat  est beaucoup plus  développé. Nous devons convaincre  de l’utilité de l’ISVV pour l’avenir de la viticulture. Nous sommes en train de nous rapprocher de Cognac au travers du Bureau National Interprofessionnel du Cognac. L’objectif étant de former  des cadres dans le domaine des spiritueux en adaptant au sein du master des sciences  de la vigne et du vin, un parcours dédié à la fabrication du cognac dans ses aspects de distillation et de conservation. Ce projet devrait être opérationnel  pour la rentrée 2020.

 

 

Quels sont les chantiers que vous retenez en dix ans ?

Je garde en tête l’opération « Vendanges du savoir » en partenariat avec la Cité du Vin, lancée en 2016. Il s’agit  de vulgariser la culture scientifique  auprès du grand public, au travers de conférences (une trentaine à ce jour), et de dégustations « savantes », à savoir apprendre à reconnaître par exemple, les défauts d’un vin, ou encore la dégustation sur l’arôme du sauvignon.

Je retiens également la dimension internationale avec notamment en 2010 le lancement  du réseau Oenoviti international  qui rassemble  une cinquantaine de partenaires (industriels et chercheurs). Ce réseau consiste à faire émerger  une pépinière de projets internationaux. Ainsi « Wintour », un master crée en 2016, à l’initiative de l’université de Porto, de Tarragone et de l’SVV, tourné vers l’innovation dans le secteur de l’oenotourisme.

 

Et ceux à venir ?

Nous allons procéder à l’extension  des bâtiments de l’ISVV qui va doubler de surface en passant à 20 000 mètres carrés. Cette extension va nous permettre d’accueillir le laboratoire de pathologie  de la vigne qui pour l’heure est logé dans de vieux locaux de l’INRA. Nous allons également  donner aux sciences sociales de vrais moyens de travailler. Au démarrage de l’ISVV, on a fait une erreur en pensant que les sciences sociales n’avaient besoin que de bureaux. Or elles ont besoin de dispositifs expérimentaux. Pour ce faire, nous avons d'ailleurs imaginé  l’installation d’un "futurovin", un dispositif dans lequel  les techniques de réalités virtuelles vont être utilisées pour changer l’environnement des consommateurs qui participeront à des expérimentations. Exemple : une visite virtuelle  d’un vignoble par écran à 360 degrés. De même il s’agira d’évaluer le consentement à payer d’un consommateur  pour le prix d’une bouteille.  Par exemple, ce type d’expériences ne devrait pas laisser indifférent  les magasins de grandes surfaces qui pourraient là  mesurer les réactions des consommateurs devant un rayon de vins ! Cette extension de bâtiment va également permettre la création d’un chai expérimental. Ce sera un outil pédagogique  où se fera de la nano vinification.

Autre chantier d’envergure : le projet Vitirev porté par la Région Nouvelle Aquitaine, autour de la viticulture durable (pesticides, changement climatique). L’objectif est de lancer des dispositifs de recherche participative avec l’instauration de LIT, des Laboratoires  d’Innovation Territoriale. Je m’explique : les entreprises de la filière expérimenteront collectivement des projets. La recherche apportera un soutien méthodologique. Ces expérimentations collectives pourront être dupliquées. Nous saurons  cet été si la région Nouvelle Aquitaine  est lauréate de cet appel à projet.

RÉAGISSEZ A L'ARTICLE

Recopier le code :
Processing
Voir toutes les réactions
© Vitisphere 2019 - Tout droit réservé