LE FIL

Transmission impossible ?

Les films lauréats Vin & Société, tribune des jeunes consommateurs

Jeudi 28 mars 2019 par Alexandre Abellan
Article mis à jour le 02/04/2019 09:52:22

Les réalisateurs Antoine Sfeir, Édouard Azoulay, Vincent Zanetto et Serena Porcher-Carli présentaient ce 27 mars leurs films à la Cité du Vin de Bordeaux.Les réalisateurs Antoine Sfeir, Édouard Azoulay, Vincent Zanetto et Serena Porcher-Carli présentaient ce 27 mars leurs films à la Cité du Vin de Bordeaux. - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
A la Cité de vin de Bordeaux, la projection en avant-première de deux courts-métrages sur les représentations du vin par la génération Y permet à la filière de découvrir ses futurs consommateurs sous un nouveau jour. Et de nuancer certaines perceptions.

Comment expliquer l’absence du vin des apéros de jeunes ? « Tu ne peux pas être un rebelle si tu bois le même alcool que ta grand-mère » lance un jeune dans le court-métrage la Vie sous le bouchon. Immédiatement, les rires ont fusé ce 27 mars à la Cité du Vin de Bordeaux, lors de la projection en avant-première des films vainqueurs de l’appel à projet Vin & Société. Sélectionnés pour leurs approches originales des relations entre le vin et la génération Y (les 18-30 ans), les deux courts-métrages ont tenu leur promesse en faisant le lien entre deux mondes étanches.

Parcours d’obstacles

La fiction Syrah Séduction d’Édouard Azoulay et Antoine Sfeir illustre ainsi les difficultés de la transmission au sein des repas familiaux de la culture du vin. Qui peut facilement passer pour un rite rasoir, mais aussi peut se révéler être un véhicule émotionnel puissant. Mais même avec la volonté de s’intéresser au vin, les obstacles aux jeunes consommateurs sont autant de murs qui se dressent face à lui. Que ce soit visuellement avec les masses de bouteilles en grande distribution, ou linguistiquement avec le verbe ampoulé du caviste. De quoi complexer le néophyte face à un produit élitiste. Cet aspect statutaire n’est pour autant pas pour déplaire aux jeunes, notamment pour être « stylé » sur des réseaux sociaux comme Instagram.

"On ne peut pas aimer avant 40 ans"

Le documentaire La Vie sous le bouchon de Serena Porcher-Carli et Vincent Zanetto croise quant à lui le quotidien de vignerons, travaillant le sol et leurs bouteilles, à une soirée entre amis, discutant du vin. On y entend des « trucs » de consommateurs pour choisir les bouteilles, qui vont du prix aux médailles, en passant par les degrés d'alcool ou le pas-Bordeaux et la position dans le rayon, sans oublier la désirabilité de l’étiquette. Pouvant passer pour des perles d’humour involontaire auprès de professionnels de la filière (« le vin, c’est comme les huîtres. On ne peut pas aimer avant 40 ans. Ceux qui en boivent à 20 ans sont des frimeurs » assure un jeune), ces témoignages ne sont pas à prendre à la légère, permettant de nuancer l’analyse de la consommation d’une nouvelle génération (comme avec la confession d’un jeune achetant toujours le même vin qui lui rappelle son premier baiser).

Vocabulaire hipster

« Ces films donnent à voir toutes les facettes des représentations du vin pour la génération Y » résume Krystel Lepresle, la déléguée générale de Vin & Société. Qui souligne que le concept de transmission est complexe, devenant moins vertical que par le passé (avec des prescripteurs du cercle familial ou de la sphère médiatique), mais plus horizontal (avec les influenceurs des réseaux sociaux). L’enjeu de la décomplexification du vin étant cruciale. « Il y a un décalage entre le vigneron et ses consommateurs finaux qui n’ont pas toujours besoin de tous les détails techniques. [Plus que de cépages], ils veulent qu’on leur parle de plaisirs gustatifs » rapporte le réalisateur Antoine Sfeir, par ailleurs ancien caviste à Paris. « Il y a un élargissement du vocabulaire. Il était compassé avec les caudalies et la cuisse du vin, il devient hipster avec la torchabilité » renchérit, malicieux, Dominique Hutin, chroniqueur à France Inter. Déclenchant de nouveaux rires de l’audience. Mais aussi les réflexions sur la façon de s’adresser à ces jeunes, plus réceptifs qu’il n’y paraît à la dive bouteille.

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