LE FIL

Condrieu et Côte-Rôtie

À date, pas un dégât de grêle grâce aux ballons à sel hygroscopique

Mercredi 01 août 2018 par Alexandre Abellan

Ce printemps, la cadence des orages et des alertes de grêle aura mis à rude épreuve les nerfs des vignerons d’astreinte pour la protection des parcelles.Ce printemps, la cadence des orages et des alertes de grêle aura mis à rude épreuve les nerfs des vignerons d’astreinte pour la protection des parcelles. - crédit photo : Selerys (lancer en Savoie)
Passant pour l’instant entre les grêlons, le vignoble des côtes du Rhône nord esquisse un bilan satisfait des outils de détection et de prévention nouvellement installés par la société Selerys.

Comme ailleurs, les orages étaient nombreux à tonner en 2018 au dessus des vignobles des Côtes-Du-Rhône septentrionales. « Il y a eu de gros risques de grêle. Avec plus d’orages qu’à l’accoutumée en mai et juin. Mais [depuis la mise en place du radar Skydetect et les premiers lancers de ballons Laïco], il n’y a pas eu un seul dégât de grêlon sur les vignobles de Condrieu et de Côte-Rôtie. C’est un bilan très satisfaisant, alors que les côteaux du Lyonnais voisins, qui ne sont pas protégés, ont été touchés par la grêle » rapporte Christophe Pichon, le président du syndicat viticole de Condrieu.

Avec l’implantation ce printemps de la solution de protection de Selerys pour la détection des orages par radar, un réseau de lutte active contre la grêle s’est déployé dans la foulée, lançant des torches de sels hygroscopiques développées par Lacroix (et attachés à des ballons d’hélium). Veillant sur un rayon de 30 kilomètres, le dispositif protège les appellations de Condrieu (200 hectares) et de Côte Rôtie (300 ha), ainsi que les vins de pays Vitis Vienna (50 ha) et une partie nord de l’AOC Saint Joseph (250 ha). Soit 900 ha de vigne, pour une surface totale de 2 800 ha. Cette rapide mise en place de l’outil Selerys s’explique par le réseau local de lanceurs de fusées préexistant. Dont les membres expérimentés prennent des pincettes quant au bilan de Skydetect/Laïco.

"Manque de recul"

Si les premiers résultats sont positifs, « il ne faut pas s’enflammer et tirer des bilans hâtifs » pondère ainsi le vigneron Roland Grangier, le trésorier de l’association de lutte contre la grêle en pilat rhodanien. « On n’utilise cette solution que depuis deux mois, et il y a encore deux à venir avant la vendange. On manque encore de recul » tranche l’ancien lanceur de fusées paragrêle.

Au fait des chiffres, le trésorier indique que l’association réunit désormais 240 adhérents. Ayant acquis 26 valises pour gonfler les ballons selon les alertes d’orage fournies par Selerys, 60 personnes ont été formées à ces lancers. Titulaires comme suppléants ont été soumis à un véritable baptême du feu en 2018, avec une soixantaine de ballons lâchés entre mi-mai et mi-mai. L’occasion pour Selerys de faire ses preuves, alors qu’en 2017, sa seule antenne viticole n’avait pas eu l’occasion d’envoyer le moindre ballon (lire encadré).

200 000 € d’investissement

Si le réseau technique préexistant a facilité le déploiement rhodanien de Skydetect, le plus long aura été la construction financière. En début d’année, des cotisations obligatoires de 100 €/ha ont été votées en début d’année pour les vignerons des AOC Condrieu, Côte-Rôtie et Saint-Joseph. La région et trois communautés de communes ont également ajouté des subventions, permettant au total de couvrir les 200 000 euros d’investissements nécessaires (de l’installation d’un radar à l’achat de consommables, en passant par l’acquisition des valises et la formation des lanceurs).

Ces investissements et ces résultats ne doivent pas empêcher les vignerons de s’assurer prévient Roland Grangier. « 100 €/ha c’est toujours une dépense, mais négligeable par rapport à la perte de récolte d’un orage de grêle » souligne le vigneron, encore marqué par la perte de récolte causée par les orages de l’été 2008. « Ces coûts ne sont rien à côté de la perte de centaines de milliers de cols de Condrieu et de Côte-Rôtie après de la grêle. D’autant plus que nos coûts de production sont parmi les plus élevés de France » renchérit Christophe Pichon. Qui espère que le rythme d’orage de 2018 restera atypique, mais que l’efficacité des solutions Selerys sera confirmée.

Ailleurs dans le vignoble : un intérêt croissant pour les solutions de Selerys

En 2018, « la saison aura été extrêmement chargée en orages. Ce mois de mai a connu un niveau d’orages qui n’avait plus été enregistré depuis cinquante ans » rapporte Lucile Lallié, la responsable commerciale France de Selerys. Conséquence de cette activité orageuse (et des multiples dégâts de grêle qui ont touché le vignoble), des contrats sont en bonne voie dans la région bordelaise. Première antenne viticole de Selerys, la station de Saint-Christophe-des-Bardes n’avait pas eu l’occasion d’alerter en 2017, mais aujourd’hui une cinquantaine de clients l’utilisent à Pomerol et à Saint-Émilion. « Les vignerons se rendent compte qu’il y a des outils complémentaires aux services existants. Dans le cas d’un orage arrivant soudainement et sans être prévu, nos outils permettent de n’avoir que des grosses pluies et pas de grêle sur les parcelles » note Lucile Lallié. En plus du radar rhodanien, Selerys a installé deux antennes dans les vignobles de Cognac (Angeac) et de Savoie (plateau de la Leysse).
 

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