LE FIL

Laurent Fabius

« La précarité des vins français face au dérèglement climatique »

Vendredi 15 juin 2018 par Alexandre Abellan

« L’œnologie ne constitue pas jusqu’ici un champ majeur de l’activité du conseil constitutionnel. Ce dernier est en effet plus réputé pour cultiver l’abstraction juridique que la vigne » s’amuse Laurent Fabius, ce 14 juin à Bordeaux.« L’œnologie ne constitue pas jusqu’ici un champ majeur de l’activité du conseil constitutionnel. Ce dernier est en effet plus réputé pour cultiver l’abstraction juridique que la vigne » s’amuse Laurent Fabius, ce 14 juin à Bordeaux. - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
L’ancien président de la COP 21 tire la sonnette d’alarme : le changement climatique est une épée de Damoclès à ne pas sous-estimer par la filière viticole.

« Une menace grave pèse sur nos vignes et sur nos vins. Elle est d’ordre climatique » pose Laurent Fabius, le président d’honneur des 70 ans de l’académie du vin de Bordeaux, fêtés par une série de conférences ce 14 juin à la Cité du Vin. Présidant actuellement le Conseil Constitutionnel, l’énarque normand était convié pour ses récentes actions au service de la diplomatie des terroirs et le soutien du développement touristique des territoires, lorsqu’il était ancien ministre des affaires étrangères (2012-2016). Mais c’est bien en tant que président de la COP 21 et de l’accord de Paris* de 2015 qu’il a interpellé l’assemblée d’académiciens.

« Nous, Français, nous sommes habitués au fil des générations à considérer le vin comme une composante inaltérable de notre identité. Or, le changement climatique amorcé aujourd’hui vient remettre en cause nos certitudes et habitudes » souligne Laurent Fabius. Qui énumère les menaces qui vont rapidement aller croissant en France : « multiplication d’épisodes de grande chaleur et de sécheresse, hivers plus doux, périodes au contraire d’intempéries massives et intenses, phénomènes climatiques extrêmes plus fréquents (tels que le gel ou la grêle)… »

"Atténuation et adaptation"

« Pour parler clair, face au dérèglement du climat, il existe sinon le risque d’une mortalité, du moins celui d’une précarité du vin français » pose Laurent Fabius, dans un discours d’ouverture moins alarmiste que réaliste et optimiste. « Face à ces constats et à ces risques, il faut agir dans les directions de l’atténuation et de l’adaptation » plaide l’ancien premier ministre. Qui croit autant dans la capacité d’un engagement mondial à réduire les émissions de gaz à effet de serre que dans le changement des pratiques pour surmonter les effets du dérèglement climatique.

« Je crois dans la pérennité, dans l’immortalité du vin. Mais c’est une immortalité fragile » conclut Laurent Fabius.

 

* : « Il était universel, mais il est devenu quasi universel » pointe Laurent Fabius, taclant à l’occasion de son discours « un président étranger, plus féru de mauvais tweets que de bons vins ».

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