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La fête du vin de Bordeaux saluée autant que corrigée par la Cour des Comptes

Jeudi 14 juin 2018 par Alexandre Abellan

En même temps que le salon Vinexpo, la Cour des Comptes s'est penchée sur autre événement emblématique du vignoble bordelais : sa fête du vin.En même temps que le salon Vinexpo, la Cour des Comptes s'est penchée sur autre événement emblématique du vignoble bordelais : sa fête du vin. - crédit photo : Alexandre Abellan (archives 2016)
Le rapport de la chambre régionale des comptes souligne les performances du « premier évènement œnotouristique » national, tout en jugeant trop légère des pratiques de son association organisatrice, qui annonce s’améliorer.

Pour ses vingt ans, Bordeaux fête le vin s’offre du 14 au 18 juin la venue de 27 bateaux sur ses quais, où 1 200 vignerons et négociants doivent accueillir plus de 800 000 visiteurs (si la météo est clémente). Le « premier évènement œnotouristique » français a reçu un autre cadeau en début d’année : un rapport de la Chambre Régionale des Comptes sur l’association Bordeaux Grands Évènements (BGE), qui a été créée en 2005 pour organiser l’évènement et prendre le relais de l’office du tourisme de la ville de Bordeaux. Réalisé dans le cadre d’une enquête nationale sur le tourisme, cette étude des exercices 2012 à 2016 (soit les fêtes du vin 2012 et 2014*) voit les rapporteurs manier avec autant de retenue le compliment que la critique.

D’un côté les commissaires saluent « un succès populaire, reconnus à l’international, et fréquentés par un public nombreux », de l’autre ils soulignent « que la faiblesse de la structure, source de réels risques juridiques, soulève de multiples questions de gouvernance, de transparence et d’efficience ». Une remise en cause qui a été poliment actée en janvier dernier par une lettre de réponse d’Alain Juppé, le maire de Bordeaux et président de la métropole girondine, qui a reporté à la fin d’année l’étude d’une réintégration de la fête du vin au sein de l’office de tourisme municipal. Ces conclusions sont plus formellement contestées par un courrier de Stephan Delaux, l’adjoint au tourisme du maire de Bordeaux et président de BGE, qui défend l’association, tout en précisant les améliorations réalisées suite aux critiques émises en creux par la Cour des Comptes.

Guerre des chiffres

« Notre rapport présente des constats positifs et négatifs : ce n’est jamais tout noir ou tout blanc » explique à Vitisphere Jean-François Monteils le président de la Chambre Régionale des Comptes. Parmi les points positifs, Alain Juppé met l’accent dans sa lettre sur les bonnes retombées de la fête du vin : « pour un euro de subvention versé par les collectivités, près de 10 € de retombées économiques ont été générés sur le territoire ». Mais si ces chiffres résument toute la performance de l’évènement bordelais, ils représentent également une remise en cause des estimations d’affluence de BGE.

Pour la fête du vin 2014, BGE annonçait avoir accueilli 500 000 visiteurs et estimait à 20 millions d’euros les retombées de l’évènement sur la métropole. Tandis que la Cour des Comptes souligne qu’une étude d’impact, menée par le cabinet Protourisme à la demande de BGE et de l’office de tourisme de Bordeaux, chiffrait la fréquentation à 160 000 visites payantes (pour 89 000 visiteurs uniques) et les retombées à 5 millions d’euros. Une différence des plus notables entre organisateurs et experts qui serait liée aux méthodes d’évaluation de chacun (BGE ayant recours au réseau téléphonique, Protourisme arrêtant son décompte à 22 heures, sans prendre en compte les feux d’artifice de 23h).

"Bon ratio"

Reconnaissant la nécessité d’améliorer la procédure, BGE annonce avoir adopter une méthodologie de comptage plus précise dès cette année, témoignant de sa prise en comptes des remarques des rapporteurs le long de la procédure d'enquête. Mais au-delà des écarts de comptage, la juridiction financière reprend les conclusions de Protourisme : « Bordeaux fête le vin bénéficie d’un très bon ratio de flux financier par visiteur par rapport à d’autres événements, notamment culturels ou même sportifs (dont plusieurs affichent un ratio se situant autour de 6 € par euro investi ».

Une recommandation et une incitation

Sachant saluer le succès de l’évènement, les rapporteurs épinglent aussi l'amateurisme, pour ne pas dire les dysfonctionnements, de BGE. La seule recommandation de leur rapport concerne une clarification de la gouvernance de l’association, qui a été révisée en novembre 2017 par l’association. Notamment la présence de partenaires privés et d’annonceurs lors des conseils d’administration, qui aurait pu constituer un conflit d’intérêts. Mais aussi la formalisation de la mise à disposition, gracieuse, par le Conseil Interprofessionnel du Vin de Bordeaux (CIVB, premier financeur de l’évènement, voir encadré), de son directeur de la communication, Christophe Chateau, en tant que commissaire de la fête du vin depuis 2014.

Suivant le bon emploi des fonds publics, la Cour des Comptes a également réalisé une observation des plus incitatives : veiller aux règles des commandes publiques. « L’ordonnance de 2005 impose un respect des principes de transparence et de libre accès. Des dispositifs qui ne semblaient pas connus par l’association et semblent désormais être suivis » indique Jean-François Monteils. L’agence évènementielle Cote Ouest était dans le collimateur de la Cour des Comptes, qui souligne que le prestataire est impliqué depuis 1998 dans l’organisation des évènements de BGE et représente en moyenne 70 % du budget, mais sans que les contrats soient toujours formalisés selon les règles en vigueur.

"Ampleur de l’événement"

« L’équipe de la fête du vin est réduite. La cour des comptes estime que notre petit staff est dépassé par l’ampleur de l’évènement » explique Christophe Chateau à Vitisphere. « Il s’agit moins d’une question de dimensionnement que de positionnement » précise Jean-François Monteils. Pour qui l’enjeu « est la place exacte de BGE entre les collectivités publiques, très présentes et à l’initiative des évènements, et un prestataire privé, qui est la société de production par délégation. Quelle est la valeur ajoutée de l’intermédiaire ? »

« Nous n’aurions pu franchir ce cap de développement sans le statut associatif indépendant qu’il nous avait été recommandé d’adopter en 2005 » rétorque Stephan Delaux dans son courrier de janvier. Quoi qu’il en soit, une fois que cette fête du vin sera achevée, les bateaux quitteront le quai et la structuration de BGE sera de nouveau mise à l’étude pour préparer les prochaines éditions.

 

* : Mais aussi les éditions 2013 et 2015 de la fête du fleuve, l’autre évènement organisé par BGE.

Le coût d’une fête du vin

Au global, Bordeaux fête le vin aura coûté 2,2 millions euros en 2014 selon les éléments rassemblés par la Cour des Comptes (dont 1,4 million € pour Côte ouest, soit 64 % du budget). Face aux 512 000 € de subvention de toutes les collectivités (métropole, département…), le CIVB est le premier contributeur avec 345 000 € de financement (dont 220 000 € d’actions promotionnelles).

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