LE FIL

Un vent nouveau en viticulture

Coup d’envoi des vignobles pilotes Vins de France

Mercredi 11 avril 2018 par Marion Sepeau Ivaldi

Noël Bougrier, président de l'Anivin : 'Les vins de France constituent la clé d'entrée sur les marchés export. Ces vins ne sont pas des entrées de gamme mais des produits positionnés sur des segments premiums, voire super premium'.Noël Bougrier, président de l'Anivin : 'Les vins de France constituent la clé d'entrée sur les marchés export. Ces vins ne sont pas des entrées de gamme mais des produits positionnés sur des segments premiums, voire super premium'. - crédit photo : Marion Sepeau Ivaldi
Ce 10 avril, l’Anivin a accueilli la signature de la création de deux vignobles dédiés à la production de vins de France. Ils seront des vitrines pour tous les vignerons désireux de se lancer dans l’aventure.

Petit moment solennel, ce 10 avril. Grands Chais de France et Evoc-Vinadeis ont signé une convention de partenariat avec l’Anivin et l'IFV pour la création ex nihilo de vignobles dédiés à la production de Vins de France, ou vignobles innovants éco-responsables (VIE). Le premier est le résultat d’une contractualisation avec la cave coopérative d’Ouveillan et de Grands Chais de France (GCF), ou plutôt sa filiale languedocienne le Domaine de la Baume. C’est un jeune viticulteur, Bastien Campoy, qui sera à la tête de ce nouveau vignoble implanté sur des terres achetées tout spécialement par GCF. La plantation intervient dans le cadre d'une restructuration. Le second projet est porté par Evoc (caves de la Malepère et de Razès) avec Vinadeis. Le vignoble sera implanté dans la ferme expérimentale de Bonanza appartenant à la cave coopérative Arterris (Bram dans le Lauragais).

Ces deux projets seront suivis par l’Institut français de la vigne et du vin qui assurera le support technique. Les deux vignobles sont destinés à être des vitrines et pourront être visités par toute personne intéressée par le sujet. Car ils vont, après de longues années de tergiversation intellectuelle, mettre en pratique l’idée de vignobles à haut rendement respectant l’environnement. Valideront-ils le pari de la rentabilité et de la compétitivité de cette nouvelle catégorie promise par certains, mise en doute par d'autres ? C’est tout le sens de cette expérimentation inédite qui vient d'être lancé.

Un nouvel esprit de viticulture

Car, il s’agit bien d’une nouvelle catégorie de vin, souligne Bruno Kessler, vice-président de l’Anivin, au travers un punch line bien sentie : « Le vin de table est une catégorie qui a déposé le bilan, nous n’avons pas repris le passif ! ». Ce nouveau modèle de viticulture s’articule autour de six leviers.

Le premier est bien entendu l’implantation d’un vignoble dédié en choisissant notamment une densité de 4000 pieds par ha dans de grandes parcelles planes dotées de rang long (200 à 400 m).

Le second levier porte sur le choix des cépages avec l’objectif de 15 % de cépages résistants dans les assemblages, comme l’autorise la réglementation.

Pour atteindre les 150 hl/ha d’objectif de rendement, il faudra de l’eau et une nutrition raisonnée au plus près. Cela passera par l’implantation d’une fertirrigation enterrée qui pourra être adaptée notamment en fonction des styles de produits.

Concernant l’entretien du sol, le VIE doit permettre de réduire l’IFT désherbage de 60 % par rapport à un désherbage intégral. Il faudra notamment trouver le couvert végétal optimisé pour les VIE et développer la mécanisation, à travers peut-être la robotique.

En matière de protection du vignoble, les décisions seront optimisées grâce à la présence de capteurs météorologiques et l’utilisation d’OAD de manière à piloter de manière raisonnée les traitements. Il est également prévu de mettre en place des appareils avec panneau récupérateur.

Enfin, le modèle s’appuie sur la mécanisation du vignoble avec des parcelles grandes et adaptées, permettant de diminuer les coûts. Il comprend également l'utilisation de la taille en haie mécanisée. L’objectif est de favoriser la régularité du rendement et d'obtenir un nombre de grappes plus importants ainsi que des baies plus petites. Ceci permettra de maintenir un ratio favorable entre la peau et le jus de manière à assurer des profils sur le fruit.

Pour assurer une rentabilité pérenne, l’Anivin a calculé qu’un îlot de 30 hectares est pertinent pour amortir les investissements liés à l’équipement. Elle a pratiqué deux simulations. La première avec un vin de France cépage rouge pour laquelle le revenu atteint 83 760 euros par an (65 euros/hl). La seconde, avec un vin de France chardonnay, estime le revenu annuel à 82 020 euros (75 euros/hl).

Les prix seront garantis par contractualisation pluriannuelle précisant un engagement sur le prix. « La fourchette de prix pourrait s’étalonner entre 65 et 75 euros/hl » précise Bruno Kessler. Cette contractualisation est la clé de la sécurisation d’"un sourcing durable et équitable", comme l'appelle de ses voeux Noël Bougrier, président de l'Anivin. Pour rappel, 88 millions de cols de vins de France ont été exportés en 2017 et les opérateurs disent ne pas pouvoir répondre à la demande pour ces vins identifiés par une origine française, une marque, un cépage et un millésime.

Projet des deux vignobles pilotes

 

 

Grands chais de France

Evoc – Vinadeis

Localisation

Aude - Ouveillan

Aude – Bram

Surface

30 ha

30 ha

Année de plantation

2018 (renouvellement du vignoble)

2019

Cépage

Chardonnay, Floréal

Cabernet sauvignon, chardonnay, merlot, vidoc

Densité de plantation

2,5 m x 1 m

2,5 x 1 m

Rendement

15 à 20 tonnes/ha

15 à 20 tonnes/ha

 

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LIRE LES COMMENTAIRES
Norbert Le 14 avril 2018 à 20:37:22
C'est intéressant. Pour la sécurité juridique du montage, j'espère que l'on utilisera bien les règles du contrat d'intégration.
Bruno kessler Le 14 avril 2018 à 09:07:06
Cher Craoux , merci pour votre commentaire . Il s'agit bien de création ex nihilo . Surtout le site EVOC/VINADEIS qui est hors zone viticole à Bram et qui est à ce jour une terre plantée de céréales . S'agissant des 40 ha acquis par Les Grands Chais, ils seront arrachés afin de les replanter selon les critères qui sont décris dans l'article . Le nouveau régime des autorisations de plantation permet de voir grand. Il n'a pas fallu longtemps aux deux parties pour voir leur intérêt ! Le delta prévisionnel entre chiffre d'affaire à l'ha , frais et cout de vinification à 18 euros dégage pour le producteur une marge de 2792 euros / ha X 30 ha = .... je vous laisse faire le calcul . Ce sera le travail des vignerons appuyés par l'IFV ( suivit technique financé par l'ANIVIN ) qui transformera le prévisionnel en réel. Pour atteindre cette rentabilité il nous semble que seule la création ex nihilo permet d'arriver à cette rentabilité et d'assurer le volet RSE . Mais si cela vous donne des idées c'est encore mieux !
craoux Le 11 avril 2018 à 12:29:30
Je trouve très intéressantes ces deux initiatives car je note qu'elles reposeront sur un principe de contractualisation. Grande sagesse. On a bien vu où a mené l'intégration verticale portée par les groupements de producteurs dans les années 70-80 (gâchis financier sans nom d'aides UE et absurdité des "schémas directeurs" au vignoble). Les viticulteurs savent (a priori) cultiver leurs vignes et produire du vin. Le négoce a vocation (a priori) à faire au mieux ce qu'on attend de lui : vendre. Un petit bémol : il me semble que parler de "création ex nihilo de vignobles dédiés à la production de Vins de France" n'est pas une formulation appropriée car je ne vois pas bien comment (vu le contexte réglementaire en vigueur) on pourrait créer "ex nihilo" un vignoble de 30 ha ! Je pense qu'à chaque fois, il s'agira de réorienter vers le VSIG la conduite et la production de vignes en place qui pour certaines seront peut-être en aires AOP. Il me semble presque évident que se dessine une orientation stratégique "claire" de pouvoir capitaliser à l'export sur "Vin de France" (avec un "plus" si l'offre était marquetée ad hoc). Bonne chance.
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