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Bordeaux

Les pluies gorgent les sols et retardent les travaux viticoles

Jeudi 29 mars 2018 par Alexandre Abellan

Pesant sur le moral des tailleurs, les pluies hivernales empêchent souvent le passage des broyeurs sur les sarments coupés.Pesant sur le moral des tailleurs, les pluies hivernales empêchent souvent le passage des broyeurs sur les sarments coupés. - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
N’arrêtant pas depuis décembre, les précipitations suspendent les travaux viticoles. Le problème est de taille, alors que les premiers bourgeons apparaissent. Et que la pression sanitaire pourrait être précoce.

Dans les hangars girondins, les tracteurs sont sur les starting-blocks. Rutilants et équipés, ils sont prêts à sortir dès que précipitations auront cessé et que les sols auront séché. Avec le mauvais temps de cette semaine, toute sortie de tracteur est bonnement impossible dans les vignes girondines. « Les pluies durent et nous posent du souci. Cela va devenir compliqué pour les vignobles qui se passent d’herbicides. Et ils sont toujours plus nombreux » souligne Philippe Abadie, le directeur du service vin à la Chambre d’Agriculture de Gironde (CA 33), qui devait organiser des démonstrations de matériel de travail du sol cette semaine et les a reportés à… mai.

« Depuis novembre, on n’est pas loin d’avoir eu 500 millimètres de pluie. Cela retarde tous les travaux de la période. En empêchant le broyage des sarments, le désherbage sous le rang avec les interceps, le changement des piquets et fils de fer, le positionnement des engrais… Actuellement, tout reste sous les hangars » résume Joël Ortiz, le responsable viticole Sud-Gironde de la CA 33. Prenant leur mal en patience, les vignerons bordelais attendent l’arrêt des pluies et le ressuyage des sols. Ce qui devrait prendre du temps, sans que le fatalisme n’ait encore cédé la place à l’impatience.

"Pas affolé"

« Honnêtement, je ne suis pas affolé. On prend du retard, mais les températures restent assez basses et le développement des herbes reste peu important et globalement contenu. Il ne faudrait pas que la pluie dure encore un mois et que les températures montent » témoigne Benjamin Vimal, le directeur technique du château Lagrange (grand cru classé de Saint-Julien). Qui a pu, il est vrai, bénéficié d’une fenêtre d’accalmie pour mener une partie de ses opérations de broyage (tandis que l’essentiel du plan de fertilisation a été fait en novembre). « Il ne fallait pas rater les quelques jours de beau temps. Pour ceux en retard, il n'y a pas grand chose à faire sur des sols détemprés, à part détériorer la structure de son sol... La priorité sera l'apport d'engrais et le travail sous le rang selon la flore. Les plantes à cycle court, type véronique, ne sont pas urgentes, mais le chiendent et la folle avoine peuvent devenir explosifs » conseille Éric Maille, technicien viticole pour AgroBio Aquitaine. 

Face à cette pluie quasi-continue, l’inquiétude va cependant croissant, alors que le bourgeonnement pourrait commencer rapidement. Encore timides de premières pointes rouges apparaissent sur les parcelles précoces. Et alors que les bourgeons gonflent et deviennent cotonneux, la hausse des températures attendue la semaine prochaine pourrait généraliser le débourrement.

Réserve utile

« Un hiver et un début de printemps pluvieux à Bordeaux, ce n’est pas exceptionnel. Ce qui est particulier cette année, c’est que les cumuls sont importants sur une période de temps étalée (depuis la fin novembre 2017) » relativise David Pernet, le cofondateur du cabinet de conseil Sovivins (Martillac). Le conseiller souligne le volet positif de ces pluies incessantes, qui remettent à flot les réserves en eau utile de tous les sols, et diminue ainsi le risque de contrainte hydrique précoce sur le millésime à venir (ce qui n’avait pas été le cas en 2017, où les déficits hydriques étaient marqués aux vendanges).

Mais le vignoble peut s’attendre à une pression mildiou qui s’annonce forte et précoce. « Ces conditions climatiques privilégient la maturation des œufs d’hiver. Ils vont être mûrs au moment où la vigne deviendra sensible au mildiou (stade 2-3 feuilles). Cela présage d’un début de saison difficile » conclut David Pernet.

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Zorro Le 29 mars 2018 à 13:27:58
Dans les nouvelles procédures établies par France Agrimer , on doit confirmer les projets de plantations pour cette campagne au 30 avril 2018. Avec les intempéries les viticulteurs qui n'ont pas eu arraché, ou ceux qui ne peuvent pas préparer les que vont-ils faire ????? La climatologie guide nos travaux . Un planning mis en place par de hauts fonctionnaires doit tenir compte de cela . On doit pouvoir modifier les dates de réalisation de nos futures plantations compte tenu de la météo. France Agrimer doit se pencher (sans tomber) très rapidement sur ce problème. Zorro
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