LE FIL

Conversion bio

Bien gérer désherbage et fertilisation pour éviter la baisse de production

Lundi 05 février 2018 par Michèle Trévoux

Christophe Gaviglio, IFV Sud-Ouest :« il y a un risque de chute de la production, mais il n’est pas définitif »
Christophe Gaviglio, IFV Sud-Ouest :« il y a un risque de chute de la production, mais il n’est pas définitif » - crédit photo : Michèle Trévoux
La baisse des rendements lors du passage en bio n’est pas une fatalité. Les solutions techniques existent, mais il faut bien les maîtriser. C’est le cas du désherbage mécanique, qui peut conduire à des baisses de production. Un point technique a été fait lors d’une conférence organisée par Sudvinbio durant le salon Millésime Bio.

La France peine à répondre à la demande croissante en vins bio. Alors que ce marché progresse de 15 à 20% par an, les conversions s’essoufflent: le vignoble bio français s’est étendu de 4% l’an dernier, alors qu’en Espagne, 1er vignoble bio d’Europe avec 106 000 ha, les surfaces en bio progressent de 11% par an. L’Italie, au deuxième rang en Europe avec 103 500 ha en bio, affiche un taux de croissance de 24%. « La faible récolte 2017 va limiter notre croissance. Si nous voulons conserver la dynamique de notre filière, il faut viser une progression de 15% des conversions par an. On y arrivera si on trouve des solutions techniques pour augmenter nos rendements », a lancé Patrick Guiraud, président de Sud Vin bio sur le salon Millésime bio. Une introduction à la série de conférences organisées ce mercredi 31 janvier au matin, sur le thème de l’augmentation des volumes en bio à travers deux leviers : la maîtrise de l'enherbement et la fertilisation.

A LIRE AUSSI

Viticulture
Aspects pratiques de la fertilisation de la vigne
Une pelouse pour la vigne
Hymne à l'enherbement

Désherbage mécanique : anticiper les interventions

Le désherbage mécanique sous le rang n’est pas sans conséquence sur les volumes produits. Chiffres à l’appui, Christophe Gaviglio de l’IFV Sud-Ouest, a montré que la transition du désherbage chimique au travail du sol, pouvait occasionner des chutes de rendement les trois premières années (jusqu’’à  -40% sur un essai) avant de revenir plus ou moins au niveau initial. L’impact mécanique sur les racines de la vigne, la présence d’herbe si le désherbage n’est pas parfaitement maîtrisé et la minéralisation influent sur l’alimentation hydrique et minérale de la vigne. « Il y a un risque de chute de la production, mais il n’est pas définitif", assure-t-il.

 

Respecter les principes de base

Pour atténuer ce risque, il a rappelé quelques principes de base pour une bonne maîtrise de la technique :

- anticiper les interventions et ne pas attendre qu’il y ait trop d’herbe, pour éviter les réglages plus délicats et les risques de bourrage,

- bien gérer les déplacements de terre et veiller à ramener de la terre sur le pied quand elle a été déplacée, soit en alternant les outils soit en utilisant des outils qui combinent les deux opérations,

- favoriser la vitesse avec des outils simples qui perturbent les adventices. Le temps de travail et donc le coût du désherbage en sera minimisé.

 

Rester vigilant de la sortie de l’hiver et jusqu’en post-récolte

Pour une bonne efficacité du désherbage, il convient de surveiller l’état de ses vignes dès la sortie de l’hiver jusqu’en post récolte pour intervenir au bon moment. Le technicien recommande :

-          une première intervention en sortie d’hiver, dès que les sarments sont sortis ou broyés, qui vise  à préparer le sol plus qu’à désherber,

-          au printemps, période la plus critique, intervenir dès que l’état du sol le permet et renouveler les passages en fonction de la croissance des adventices,

-          un entretien plus rapide pendant la période estivale

-          au moment de la récolte, un passage peut être envisagé en fonction du développement des adventices

-          une intervention en post-récolte pour casser les levées automnales. Le sol sera ainsi plus facile à travailler au printemps suivant.

 

Réfléchir le choix des outils

Enfin le choix des outils impacte également le rendement en début de conversion. Ils ont chacun leurs avantages et leurs inconvénients, d’où l’intérêt d’alterner suivant les périodes et les objectifs :

- Les lames bineuses sont indiquées pour un travail superficiel et pour un éclatement de la terre. Elles sont rapides mais leur impact est limité. Elles sont plus indiquées pour l’entretien estival. ;

- Les houes rotatives sectionnent et arrachent les adventices, sur lesquelles elles ont un fort impact. Mais elles présentent un risque de dissémination des vivaces et dispersent la terre. Elles ne sont pas recommandées dans les sols caillouteux (risque d’usure)

- Les décavaillonneuses sont les plus efficaces en cas de forte présence d’adventices. Mais elle ont l’inconvénient de déplacer la terre, le travail est lent et il faut ramener de la terre pour reformer le cavaillon

- Les outils passifs (sans aucun effacement, ni aucune animation) sont rapides, peu énergivores et peuvent être combinés à d’autres outils : tonte, rognage. Mais leur travail reste superficiel.  Ils constituent une bonne solution en entretien.

Enfin bien sûr les différents réglages sont déterminants pour obtenir de bons résultats : profondeur de travail, largeur de la bande travaillée, vitesse

 

Des préalables à la fertilisation

 

Connaître les points cruciaux

La fertilisation, on le sait, est un levier pour augmenter la production. Mais Cyril Cassarini de la Chambre d'Agriculture du Gard, a rappelé qu’avant de définir sa stratégie de fertilisation, il est utile de régler quelques points cruciaux pour le rendement:

-          adapter sa taille : si la vigueur de la vigne le permet, privilégier des tailles longues : 8 à 10 coursons à deux yeux francs donneront toujours plus de rendement que 6 coursons à 1 œil franc

-          remplacer les manquants : 20 à 30 % de manquants, c’est 20 à 30% de récolte en moins,

-          se débarrasser des viroses en laissant reposer les sols au moins 5 ans entre un arrachage et une replantation

-          maintenir un sol propre sous le pied de février à juillet et toujours avoir un rang travaillé entre mars et juillet.

 

Eviter les composts végétaux

Pour la fertilisation il recommande en premier lieu d’effectuer des analyses de sol pour bien choisir sa stratégie d’apport, en se calant sur les besoins de base par ha de chaque élément.

Les besoins en azote sont de 40 à 80 unités/ha et par an. Cet élément agit directement sur le rendement et la vigueur. Le technicien recommande les engrais et amendements d’origine animale ou viticole. « Dans un premier temps, éviter les composts végétaux qui apportent de la matière organique stable et donc peu d’azote assimilable.  Leur emploi à moyen ou long terme peut provoquer une faim d’azote ».

La potasse, dont les besoins varient  de 30 à 120 unités/ha, n’a pas d’effet sur le volume de production. Elle influe sur la qualité : couleur, tannins, degrés... Pour remonter son niveau dans le sol, l’oxyde de potassium dosé à 50% de potasse ou à 30% associé au magnésium, est une formule intéressante. Dans les amendements, on peut utiliser les marcs ou vinasses de raisins. Pour le marc, c’est l’effet masse qui compte : un apport de 10 tonnes équivaut à 200 unités de potasse. Les vinasses sont un peu plus riches : 3 à 6 tonnes amènent 75 à 150 unités. Ce type d’amendement, qui contient de la matière organique, apporte également de l’azote et du phosphore et influe donc sur le rendement.

Le phosphore, dont les besoins sont de 25 unités/ha, intervient sur la croissance en synergie avec l’azote. En bio, il n’existe pas seul sous forme  minérale. Dans les fertilisants d’origine animale (fumiers, guano..), il est toujours associés avec l’azote.

La magnésie , recommandée à 30 unités/ha, influe comme la potasse sur la synthèse de la couleur et le degré. « Beaucoup de sols en sont naturellement pourvus », a rappelé le technicien. Quand un apport est nécessaire, il peut se faire sous forme minérale avec du sulfate de magnésium (25%) ou en association avec la potasse (Patenkali : 10% de sulfate de magnésium et 30% de sulfate de potassium).

 

Engrais foliaires : Attention aux diseuses de bonne aventure…

Cyril Cassarini s’est montré circonspect vis-à-vis des engrais foliaires « Ils sont pertinents pour limiter les symptômes de carence en fer, magnésium ou potasse  mais des formulations ne règlent pas le problème », a-t-il souligné. Des essais d’apport de Bore, menés en 2017 sur 6 parcelles par la Chambre d’agriculture du Vaucluse,  n’ont montré aucun effet positif sur le poids de la récolte.

 

 

L’écimage limite la coulure

Des essais réalisés en 2017 par la chambre d’agriculture du Vaucluse, ont montré qu’un écimage à mi-floraison était capable de limiter la coulure. Dans les vignes écimées, on compte 6% de grappes en plus que dans le témoin non écimé. L’écimage influe également le poids des grappes : dans les vignes écimées, il est  supérieur de 24%  à celui des grappes du témoin non écimé. Un essai de taille tardive (fin mars-début avril) sur des vignes court-noué a également été réalisé, les résultats sont encore plus probants avec une hausse de 42% du nombre de grappes et de73% du poids des grappes. Mais ce résultat n’est pas forcément reproductible, a précisé le technicien qui estime que l’essai doit être reconduit pour vérifier s’il ne s’agit pas d’un coup de chance. 

 

RÉAGISSEZ A L'ARTICLE

Recopier le code :
Processing
VOS RÉACTIONS
Chambriard Le 08 février 2018 à 08:16:06
Bonjour, avez-vous le détail de l'essai réalisé pour limiter la coulure par écimage? Ou, pouvez vous me donner un contact? Merci.
rol Le 06 février 2018 à 17:11:26
Résumé rapide : possibilité de perdre 40 % de récolte les 3 premieres années .....et donc là , vous etes déjà mort ...!!! Ensuite ; , en traditionnel 2 passages de Glyphosate sur rang à 0,4 litre / hectare soit 1 goutte au metre carré ...contre 5 à 6 passages du tracteur en Bio pour Aquitaine avec Co2 ....tassage des sols , gas-oil ,frais entretien materiel ,et frais personnel....???? il faudra passer le prix de la bouteille à 50, e..ou plus....mais comme , elle ne se vendra pas ...c'est "encore " le dépôt de bilan ....
Voir toutes les réactions
© Vitisphere 2019 - Tout droit réservé