LE FIL

Crus placés

Le vin servi dans 92 % des films français populaires

Samedi 18 février 2017 par Alexandre Abellan
Article mis à jour le 20/02/2017 10:20:36

Ajouter du vinaigre, « c'est un truc que je te donne si tu veux transformer un très grand vin en piquette. Et voila : le gros Lafite qui tache ! » déclare Thierry Lhermitte dans le Dîner de con (de Francis Weber, 1998). Même si au final : « bizarre, ça lui donne du corps. Il est pas plus mauvais… Il serait même plutôt meilleur. »
Ajouter du vinaigre, « c'est un truc que je te donne si tu veux transformer un très grand vin en piquette. Et voila : le gros Lafite qui tache ! » déclare Thierry Lhermitte dans le Dîner de con (de Francis Weber, 1998). Même si au final : « bizarre, ça lui donne du corps. Il est pas plus mauvais… Il serait même plutôt meilleur. »
N’ayant pas été affectée par la loi Evin, la présence des vins dans les productions françaises reste importante et cantonnée aux moments de convivialité et de partage.

« Le problème quand on cherche les placements dans les films, c’est qu’ensuite on prend le réflexe… Et qu’on se gâche le plaisir de spectateur » s’exclame le docteur Foued Cheriet (maître de conférence à Montpellier SupAgro). En 2015 et 2016, l’enseignant-chercheur a visionné avec des étudiants et confrères 47 succès du box-office français, sortis entre 1970 et 2014 (voir encadré). Avec ces 90 heures de long-métrage, il a ainsi pu explorer la place des vins dans le cinéma populaire français.

Et leur présence est massive : avec au moins une scène dans 92 % des films étudiés. En moyenne, un verre ou une bouteille apparaissent toutes les 20 minutes. Soit 5,2 fois par film (3,5 pour les vins rouges et 1,7 pour les champagnes*). Les placements à proprement parler (marque visible ou citée) représentent les deux tiers de ces présences. « Dans l’Aile ou la cuisse, Louis de Funès passe une minute et seize secondes à décrire la dégustation d'un Saint-Julien [NDLR : le château Léoville Las Cases] » illustre Foued Cheriet.

"Les clichés sont exacerbés"

Exploratoire, l’étude s’est également penchée sur les modalités d’apparition des vins. « On mange beaucoup dans le cinéma français, les clichés sur le vin sont présents et récurrents. Mais surtout exacerbés. Le vin rouge pour les repas ordinaires, familiaux ou professionnels. Le vin rosé à la plage, en vacances, dans le Sud… Le champagne pour le luxe, la séduction et au restaurant… Le rouge pour les hommes, les blancs pour les femmes ! » résume Foued Cheriet.

Le chercheur souligne que la loi Evin n’a pas eu d’impact sur les placements de vin. « Après 1991, il n’y a pas eu de contournement de l’interdiction de communication dans les grands médias par le placement au cinéma. Il n’y a pas eu de rupture, à part pour certaines marques qui axent leur stratégie marketing sur le placement (champagnes Bollinger et Taittinger, château Angélus…) » explique Foued Cheriet.

Les recherches vont désormais se poursuivre au sein de l'UMR MOISA, en s’élargissant à d’autres pays cinématographiques (notamment les films hollywoodiens), et en affinant les présences dans les films français (typologie des AOC servies…).

 

* : Les bières et spiritueux n’ont pas été étudiés.

47 films visionnés

Ayant été classés dans le top 5 du box-office français, ces 47 films cumulent 400 millions d’entrées lors de leurs sorties en salle. Ils vont de Mourir d’aimer (d’André Cayatte, 1970) à Supercondriaque (de Dany Boon, 2014). Le film présentant le plus de scènes de vin est La Môme (d’Olivier Dahan, 2007), avec 23 occurrences (dont 7 de champagnes).

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