LE FIL

La viticulture d'après

Les Estivales de Piwi France font la preuve de la vivacité des attentes sur les résistants

Vendredi 22 juillet 2016 par Marion Sepeau Ivaldi
Article mis à jour le 25/07/2016 10:23:22

Vincent Pugibet, président de Piwi France, a annoncé que les Estivales 2017 se tiendraient à Bordeaux chez Jérémie Ducourt, vice-président de l'association.
Vincent Pugibet, président de Piwi France, a annoncé que les Estivales 2017 se tiendraient à Bordeaux chez Jérémie Ducourt, vice-président de l'association. - crédit photo : Marion Sepeau Ivaldi
Le 20 juillet, tôt le matin, une bonne centaine de viticulteurs s’étaient donnés rendez-vous au Domaine de la Colombette pour visiter les parcelles de cépages résistants. Un appel à un programme national coordonné sur ce nouveau matériel végétal a été lancé.

Alors que la chaleur commençait à baigner les vignes résistantes du Domaine de La Colombette, plus d’une centaine de viticulteurs ont arpenté les rangs de vigne ce 20 juillet au matin. Cabernet jura, prior, muscaris, souvignier gris, villard blanc, cabernet cortis,… : la collection de Vincent Pugibet, du Domaine de la Colombette, s’étend sur une petite quarantaine d’hectares et provient d’Allemagne, de Suisse ou d’Italie. « Nous avons essayé de ne pas être trop sectaires » glisse, avec une pointe d’espièglerie, celui qui est aussi le président de Piwi France, association à l’origine de l’organisation de cette journée baptisée Les Estivales. Après avoir vu les résultats sanitaires excellents (en matière de mildiou et d’oïdium), les participants ont pu assister à une conférence qui commençait par l’intervention de Laurent Terregrosa, chercheur à l’Inra.

La complexité des résistants

Venu présenter les travaux de recherche menés par l’Institut, le chercheur a donné son point de vue dans le débat, souvent soulevé par les viticulteurs de Piwi et d’ailleurs : l’Inra ne freine-t-il pas trop l’introduction des résistances en prétextant l’impériale nécessité d’une poly-résistance pour assurer sa durabilité ? Laurent Terregrosa a fait preuve d’un certain mea culpa, reconnaissant que l’Inra aurait pu adopter une attitude plus souple. « Il semble que le pyramidage des gènes soit une bonne technique pour assurer la pérennité de la résistance mais sa durabilité, comme le montrent des travaux américains, est impossible à garantir » reconnaît-il. En revanche, il plaide pour une certaine modération face à l’engouement que peut provoquer ces cépages. S’ils sont parfaitement résistants à l’oïdium et au mildiou, ils ne résistent pas au black rot. Ils semblent également être sujets à l’érinose ainsi qu’au phylloxera gallicole. « Il faut aussi voir leur compatibilité aux systèmes de culture, leur adaptation au climat, leur intérêt dans le processus œnologique » énumère-t-il. Bref, en un mot, le sujet est « complexe » insiste-t-il et il faudra encore des dizaines d’années pour maîtriser parfaitement la conduite de vignoble résistant.

Expérimentations sur les variétés françaises

Le chercheur a, par ailleurs, souligné la récente ouverture de l’Inra en matière d’expérimentation : les obtentions françaises (Alain Bouquet et Restdur) pourront faire l’objet de plantations expérimentales dès cet automne. « Des viticulteurs ou des groupements de viticulteurs se sont d’ailleurs déjà faits connaître pour les planter » indique-t-il. Ces expérimentations rentreront dans le cadre d’un Observatoire national sur les cépages. « L’Inra et l’IFV doivent-ils aller au-delà de leurs rôles d’obtenteurs et étudier les innovations d’où qu’elles viennent ?» questionne-t-il.

Toujours, à propos des expérimentations, la question de l’organisation de la recherche est posée. Tout comme pour les maladies du bois en leur temps, il semble que les cépages résistants pâtissent d’une absence de coordination des différents programmes de recherche lancés. Cognac, Champagne, Bordeaux, Provence… : chacun expérimente sans concertation. Et Laurent Terregrosa de plaider pour le lancement « d’un programme national qui pourrait être coordonné par les instituts nationaux ».

Egalement présent, Loïc Breton, de la société VCR a, quant à lui, milité pour que l’Europe autorise l’édition génomique, technique de transgénèse à partir d’une même espèce. « Cela permettrait d’accélérer les créations végétales et la technique est au point» explique-t-il. Mais passer de l’hybridation naturelle à celle génomique sera-t-elle possible et acceptée ?

La nouvelle règlementation sur l’expérimentation dans les esprits

Les membres de Piwi France ne digèrent toujours pas la nouvelle règlementation en matière d’expérimentation qui a largement refermé les possibilités pour les viticulteurs de planter des résistants. Et la centaine d’hectares de résistants plantés en France va, sans doute, augmenter faiblement dans les prochaines années. Pour Patrice Bersac, de Piwi France, il faut aller sur le champ de la bataille juridique et explorer la légalité des textes. Quant à Vincent Pugibet, il souligne que les véritables responsables de cette nouvelle règlementation ne sont pas à Paris ou Bruxelles. « Nos problèmes sont locaux. Dans l’administration et les institutions, il y a des personnes qui bloquent. Quand on voit que l’on a inscrit des cépages grecs alors que la majorité des viticulteurs demandent des résistants. Il y a un vrai problème. »

RÉAGISSEZ A L'ARTICLE

Recopier le code :
Processing
VOS RÉACTIONS
Mareschal Le 27 juillet 2016 à 10:57:34
La mission de l'INRA devra etre revu. Il ne met pas sur le marché ,il labélise, ou autorise, au nom de quoi? Si une profession agricole en accord avec l'Europe prend ses responsabilités , pourquoi l'Etat se met en travers des initiatives . Les cépages allemand ou Suisse sont -il si mauvais que ça, La Colombette prouvent que non . Que les fonctionnaires de L'INRA soient un peu plus modestes et la recherche pourra progresser plus vite au plan Européen. Coordination oui , les syndicats viticoles doivent proposer une démarche cohérente à ce sujet.
Voltaire Le 22 juillet 2016 à 12:33:30
Vincent...un vrai cathare. C'est grâce à l'insolence et la pertinence de ces vignerons audacieux que la masse ne se laisse pas endormir par nos chères institutions...trop corrompues par les grandes firmes. Souvenez-vous également de Monsieur Molot qui ne voyait pas d'alternative dans la Bio, depuis son départ à la retraite de nouvelles solutions apparaissent déjà contre le mildiou (les oligosaccharides), réduisant l'usage du cuivre à quelques centaines de gramme par hectare. Merci aux Pugibet pour leur tenacité !
Voir toutes les réactions
© Vitisphere 2019 - Tout droit réservé