LE FIL

Revue de presse

La Cité du vin, cocktail frenchie

Vendredi 03 juin 2016 par Catherine Bernard

Détail de la Cité du vin vu par Jofo.
Détail de la Cité du vin vu par Jofo. - crédit photo : Jofo
La Cité du vin à Bordeaux, inaugurée le 31 mai, envahit cette semaine l’espace médiatique, ici et ailleurs.

La cité du vin, l’inauguration

Inauguration, crémaillère, les grands événements ont leurs rites. On ouvrira cette revue de presse avec celle de la Cité du Vin, et en tout premier, l’œil de Plantu qui dans Le Monde nous présente un François Hollande complètement ivre qui se lâche et un Juppé, tenant droit son plateau  : « On va peut-être arrêter le Bordeaux ! » La presse se délecte de « l’ironie feutrée » entre le Président et le présidentiable. « La centaine de journalistes accrédités ont particulièrement suivi les réactions entre MM. Hollande et Juppé, possibles candidats à la présidentielle de 2017 », croit bon de préciser L’Express. Le journaliste a relevé la petite phrase qui fait mouche : « Je vais finir par me dire que vous aimez les inaugurations bordelaises, s'est amusé M. Juppé, rappelant que le chef de l'Etat en était à sa troisième inauguration dans sa ville depuis 2013 ».  D’autres s’invitèrent à la fête. « En pleine visite présidentielle à la Cité du vin, la CGT coupe le courant », glisse Libération. « La CGT continue de se mobiliser contre la loi El Khomri. Et sa puissante Fédération de l'Energie n'est pas la dernière à mener des actions : cette dernière annonce à l'instant avoir «privé d'électricité» la nouvelle Cité du vin, à Bordeaux, lors de son inauguration par le Président de la République, «obligeant la mise en route de moyens de secours ». Rue 89    résume ainsi la situation: « Avec deux présidentiables qui trinquent au champagne, des sommeliers dans leurs petits souliers, des journalistes excités, une manif regroupant syndicats et écolos, une coupure de courant par la CGT, un blocage sur la rocade, la journée de l’inauguration de la Cité du Vin a été particulièrement chargée ». Le site développe : « La Cité du Vin est devenue ces dernières semaines la cible des militants anti-pesticides, qui regrettent que l’utilisation des produits phytosanitaires ne soit pas expliquée dans les différents parties du lieu. Depuis les alertes lancées par les Erin Brockovich girondines Valérie Murat et Marie-Lys Bibeyran, les intoxications d’enfants à Villeneuve-de-Blaye et le reportage de Cash Investigation, les accusations se sont multipliées, jusqu’à la projection récente du slogan « Stop Pesticides » sur la façade de la Cité quelques jours avant cette inauguration ». De multiples videos circulent sur You Tube, dont celle diffusée aussi par RT  de « 500 personnes rassemblées, pour un « die-in » (« ci-gît » pourrait-on traduire) en s’allongeant au sol pour symboliser les morts dus aux produits phytosanitaires ». Toujours selon Rue 89, la Confédération est chagrine. Le syndicat « regrette que les viticulteurs n’aient pas été invités ». Imperturbable, Alain Juppé cite Cicéron dans son discours : « Les hommes sont comme les vins, avec le temps, les bons s’améliorent et les mauvais s’aigrissent ». Les Français sont indécrottables.

 

La cité du vin sous l’œil des étrangers

A en croire Anthony Bertellier du Huffington Post, « les Américains sont plus enthousiastes que nous ». Il cite :  «  Pour certains médias, comme le site d'information spécialisé Bustle, l’ouverture de ce musée - qui n'en est pas un - "représente la preuve que les rêves se réalisent" (…) Le site américain Métro est encore plus enthousiaste en célébrant l'apport de la culture française à l'Humanité: "Amoureux du vin, posez vos bagages en France. Non seulement parce qu'ils ont le meilleur Bordeaux, mais parce que finalement la France donne au monde ce dont il a désespérément besoin: un parc à thème dédié à la célébration du vin ». Le journaliste nous offre un florilège des tweets : « La France présente sans doute la meilleure attraction touristique de l'histoire », « La cité du vin, le Disneyland du vin, un passage obligatoire ». N’en jetez plus. Le New York Times avait anticipé l’événement. Dans son palmarès des 52 destinations publié en janvier , Bordeaux figure en deuxième place avec ce commentaire : « La Cité du Vin, un ambitieux complexe situé sur les rives de la Garonne dédié à l’histoire de la viticulture française ouvrira ses portes. La structure ondulante en bois, dessinée par les architextes XTU, fait partie d’un ambitieux programme de revitalisation et berges de Bordeaux. Le pont Jacques Chaban Delmas et la réhabilitation de 7ha d’anciens docks en écoquartier sont entrés en fonction en 2013 ».

La Cité du vin, émission spéciale et hors série

La musique du générique est celle des grands moments, mariages princiers, funérailles d’un grand homme. Le 31 mai, 9h50, Marie-Luce Rigout de France 3   prend le micro de la « Spéciale France 3 » pour « un événement exceptionnel », l’inauguration de la Cité du vin « attendue dans le monde entier ». Elle décrit les invités qui « arrivent par bateau pour découvrir l’édifice ». Quant aux Bordelais, ils « sont contenus derrière des barrières de sécurité ».  Sylvie Caze, la présidente de la Cité du Vin est émue et honorée. Le hors-série de Terre de vin  est dans les kiosques : « La voilà enfin ! Bordeaux possède sa pyramide du Louvre, son Guggenheim, la signature enlevée et éternelle d’une création sans égal ». Ce sont les mots de Rodolphe Wartel, directeur du magazine, pour justifier ces « 130 pages  entièrement dédiées à ce projet ambitieux et fou qui vient voir le jour dans le quartier des Bassins à Flots, à Bordeaux, après trois ans de travaux et un investissement de 81 millions d’euros ». Selon Stéphanie Brossard de France Bleu Gironde, Elaine Sciolino, la correspondante du New York Times à Paris prépare quatre pages spéciales "The new Bordeaux". Dans l’interview qu’elle accorde à France Bleu, la journaliste précise la représentation qu’ont les Américains de Bordeaux : « C'est un vin rouge, pas du tout abordable. Et une ville assez fermée ! Il y a peu d'Américains qui viennent ici en touristes pour les vacances. On va à Paris, Nice Cannes et Lyon mais pas à Bordeaux ».

 

La Cité du vin, vue de France

Il semblerait que l’on boude aussi un peu le plaisir.  « Fluide icône sur la Garonne ». Jean-Jacques Larrochelle du Monde regrette cependant «  que, par sa dimension et sa couleur, la nouvelle icône bordelaise ne s’affirme pas davantage dans le paysage urbain. Même si, depuis le tablier du pont levant Jacques-Chaban-Delmas, dernière prouesse constructive de la ville, la vue sur la Cité du vin et le fleuve y est, comme disent les guides, imprenable ». Vincent Rémy retrace dans Télérama l’histoire et les coulisses de « ce nouveau phare touristique ». Il glisse quelques questions d’actualité comme des peaux de banane sous pied : « Le bel auditorium Thomas-Jefferson de deux cent cinquante places abritera projections et conférences. Les problématiques environnementales contemporaines, comme celles du réchauffement climatique ou de la chimie dans le vin y seront-elles abordées ? « Bien entendu, un des premiers colloques sera probablement sur le réchauffement », assure Sylvie Cazes, qui ajoute aussitôt ne pas être inquiète pour la région bordelaise : « Il n'y a qu'à regarder la succession de grands millésimes que nous avons depuis quelque temps... » En revanche, assure t-elle avec aplomb, contre l'évidence des chiffres, des enquêtes et d'une simple balade dans le vignoble, « l'utilisation de la chimie n'est pas un vrai ­sujet, car on fait des progrès tous les jours pour une utilisation raisonnée des produits. Je ne vois pas très bien ce que la ­Cité pourrait apporter de ce ­côté. » Mais n'y sera-t-elle pas obligée ? ». Le blogueur Vincent Pousson éclaire les critiques à l’aune du passé : «  C'était en 1977, année punk s'il en est. Sortait de terre au cœur d'un quartier Beaubourg un peu gris et tristounet le Centre Georges-Pompidou ». Il relève : « Dans une tribune du Monde titrée Abolir le monstre, un certain Jean Paris écrivait alors: « L’anthologie même de la laideur ! Une carcasse métallique aussi pesante et clinquante que l’esthétique d’un parvenu, un horrible agencement de poutrelles dans tous les sens et de triangles tubulaires de tous calibres, que les bonnes gens prenaient pour des échafaudages… Il fut un temps où les Parisiens avaient assez de fougue pour prendre d’assaut la Bastille et la démanteler. Qui prendra aujourd’hui l’initiative de réclamer l’abolition du monstre et sa métamorphose en jardin ? » Indécrottables, sommes-nous.

 

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