LE FIL

Daumas Gassac

Disparition d'Aimé Guibert, artisan de la renaissance du Languedoc

Mardi 17 mai 2016 par Alexandre Abellan
Article mis à jour le 20/05/2016 12:02:46

Aveyronnais, Aimé Guibert a racheté en 1970 le Mas de Daumas Gassac avec sa femme, Véronique Guibert.
Aveyronnais, Aimé Guibert a racheté en 1970 le Mas de Daumas Gassac avec sa femme, Véronique Guibert. - crédit photo : Mas de Daumas Gassac
Symbole du renouveau languedocien, le célèbre vigneron a imperturbablement tracé sa propre voie. Jouant, selon les occasions, les marginaux ou les gardiens du temple.
Disparu à 91 ans, Aimé Guibert de la Vaissière fut l’artisan de l’emblématique Mas de Daumas Gassac, le plus bordelais des vins du Languedoc. Symbolisant désormais le tournant qualitatif du vignoble languedocien, ce pari était loin d’être acquis dans les années 1970. « Je suis allé consulter tous les grands oracles du Languedoc. Pour leur demander : « Comment fait-on un grand vin ? » Et ils me répondaient invariablement : « Si on pouvait faire un vin de garde en Languedoc, cela se saurait. » On se moquait de moi », se souvient Aimé Guibert, dans La Guerre des vins d’Olivier Torrès (éditions Dunod, 2005*). Fada, mais surtout entêté, Aimé Guibert de la Vaissière a toujours cru à la prédiction du géologue Henri Enjalbert : le plateau Gassac pouvait produire un très grand cru.
 
Daumas Gassac, c’est la pierre fondatrice de la prospérité vinicole du Languedoc
 
Pour y parvenir, Aimé s’est résolument placé sous l’inspiration des pratiques médocaines. Avec, en 1972, une plantation de cabernet-sauvignon sur les conseils du professeur de viticulture Denis Boubals et, en 1978, un élevage de deux ans pour son premier millésime, sous le parrainage de l’œnologue Émile Peynaud. Particulièrement audacieux, ces choix techniques l’ont conduit à de faibles rendements et à l’impossibilité de revendiquer la moindre appellation (d’abord vin de table, le Mas de Daumas Gassac revendique ensuite le titre de vin de pays). Deux difficultés qui ont moins entravé que façonné la réputation du Mas de Daumas Gassac, qui s’est imposé comme une référence auprès des amateurs.
 
Le vin de Mondavi, c’est du yaourt !
 
Un autre fait d’armes d’Aimé Guibert aura été de mettre en échec une figure du vignoble californien en 2000-2001 : Robert Mondavi. Pour saisir ce conflit, il faut savoir que, dans une autre vie, Aimé Guibert était un industriel du gant de cuir à Millau. Victime de l’ouverture brutale à une concurrence mondialisée, il a quitté son activité de peaussier, marqué par le pouvoir de destruction d’un tissu local par la globalisation. Viscéralement accroché à la protection des terroirs, son sang n’a fait qu’un tour quand il a appris le projet du Californien Robert Mondavi d’implanter un vignoble de marque à Aniane. Devenu l’opposant emblématique à la "McDonaldisation du vin", Aimé Guibert aura mené, pour certains, une formidable lutte d’irréductible vigneron. Mais pour d’autres, il ne s’agit que d’une bataille d’arrière-garde, qui aura fait perdre au Languedoc l’occasion de se positionner sur la carte des vignobles mondiaux.
 
Transmission
 
La famille d’Aimé Guibert a annoncé sa disparition dans la nuit du 14 au 15 mai. Pour saluer sa mémoire, elle cite l’une de ses phrases fétiches : « On ne peut donner que deux choses à ses enfants : des racines et des ailes ». Depuis le début des années 2000, Aimé Guibert s’était progressivement désengagé de son domaine, laissant les rênes à ses enfants Samuel, Roman, Gaël et Basile.
L’église abbatiale de Saint-Guilhem-le-Désert accueillera ses obsèques ce 18 mai, à 11 heures.
 
*Sauf indication, les citations d’Aimé Guibert sont issues de cet ouvrage.

RÉAGISSEZ A L'ARTICLE

Recopier le code :
Processing
Voir toutes les réactions
© Vitisphere 2020 - Tout droit réservé