Accueil / / De la vigne comme il vous plaira

Revue de presse
De la vigne comme il vous plaira

L'année commence avec des voeux pour l'avenir. On pourra planter en France selon son bon désir. Dans un entretien avec Marc Birebent, le Rouge et le Blanc nous alerte sur la sélection clonale et la mécanisation de la greffe. Les vendanges commencent dans l'hémisphère sud. Zoom sur l'Argentine et le Chili.
Par Catherine Bernard Le 15 janvier 2016
Lire plus tard
Partage tweeter facebook linkedin
De la vigne comme il vous plaira
O
ù on veut comme on veut

« Une page de la viticulture française va se tourner en 2016 » annonce gravement Le Monde dans un article complet sur ce qui s’est joué à Bruxelles. « Près de 8 000 ha de nouvelles vignes pourraient être plantés sur le territoire. Et pour la première fois dans ce pays qui a su valoriser au mieux le terroir, des vignobles sans appellation vont surgir de terre. Une ouverture possible des vannes dont personne ne mesure encore les conséquences », poursuit Laurence Girard. Cette révolution ne se fait toutefois pas dans le désordre. Beaucoup de régions « ont choisi de contingenter les zones de production en AOC ». La RVF dresse une liste de ces « cas particuliers » et replace le décret du 31 décembre dans son contexte. L’état pourra autoriser « chaque année la plantation de nouvelles vignes sur une superficie correspondant au maximum à 1% du vignoble actuel ». Dans Decanter, le négociant Jean Baptiste Bourotte, de Pomerol, prévient : « Les changements seront minimes à court terme, mais cette dérégulation entraînera de grands changements dans le futur ». Dans l’émission Du grain à moudre sur France Culture on s’interroge aussi : « Pour un pays comme la France, qui a fait de la qualité de son terroir et de ses méthodes de vinification un élément majeur de son ‘’exception culturelle’’, la mesure a un peu de mal à passer. Les plus réticents y voient une possible atteinte à l’excellence française. Produire plus, pourquoi pas, mais du vin de qualité médiocre, pas question. A l’opposé, les partisans d’une plus grande ouverture déplorent le conservatisme d’une filière arc-boutée sur ses AOC, et qui considère les vins bas de gamme comme nuisibles à l’image internationale du vin français. Et ce en dépit du potentiel de développement économique important, avec l’arrivée sur le marché de nouveaux consommateurs (on parle beaucoup des Chinois par exemple) ». Pour en débattre : le producteur et négociant Michel Chapoutier, Pascal Férat, président du syndicat général des vignerons de la Champagne, Jean-Luc Dairien, directeur de l’Inao. On notera que France Culture ne rate aucun des rendez-vous que donne l’actualité du vin. Le titre de la chronique du géographe blogueur Raphaël Schirmer est sans équivoque : « La fin des droits de plantation ou la ferme des mille vignes ». Lui aussi replace l’histoire des droits de plantation dans leur contexte : « La régulation a eu pour objet de maintenir des campagnes viticoles denses, faites d’une multitude de petites exploitations paysannes. À des degrés divers selon les régions bien sûr. Mais on touche aux mythes fondateurs de la France. C’est sans doute la Bourgogne qui est allée le plus loin dans ce sens, tant dans l’exacerbation d’un folklore vigneron que dans la consécration de ses « climats ». Il met en garde : « Tout d’abord, et c’est effectivement le côté sympathique de l’affaire, des vignes vont pouvoir être plantées partout. La Normandie et la Bretagne, pour en rester à la France, se réjouissent déjà. Mais il y a fort à parier que ces plantations seront limitées, et qu’elles se feront à l’initiative de quelques passionnés (…) Dans les régions viticoles déjà existantes, il est possible que de puissants opérateurs (négoce et/ou grande distribution) mettent en place des filières pour s’approvisionner en vin avec des volumes conséquents et les revendre en entrée de gamme ». L’une des conséquences ? « Des paysages qui témoigneront de cette industrialisation. Monotonie paysagère, et diminution drastique du nombre d’exploitants dans les vignobles les moins valorisés…Désolé de vous accabler, mais voilà ce que cela peut donner en Australie, dans la région du Riverland. Ça rappelle un peu la Beauce, non ? ». Il y a la video pour en juger.

Alerte sur le patrimoine végétal

Le numéro d’hiver de la revue Le Rouge et le Blanc épouse les saisons. Emmanuel Zanni a passé « une journée avec Marc Birebent, greffeur professionnel », vigneron et fils de vigneron qui pratiquait « la greffe manuelle à l’œil dormant ». Le Rouge et le Blanc avait déjà consacré un long entretien au pépiniériste Lillian Bérillon. Cette rencontre avec Marc Birebent vient compléter l’état des lieux. « Pour moi, les deux problèmes les plus graves de la viticulture contemporaine ont été las élection clonale et la mécanisation de la greffe depuis les années 1970-1980. Comme par hasard, leur pratique a coïncidé avec la recrudescence des maladies de dépérissement de la vigne dans tous les vignobles ». Il prend l’exemple du « dépérissement de la syrah » : « Il y a une dégradation périphérique sur le bourrelet de greffage. Des crevasses verticales apparaissent sur le point de soudure. A l’intérieur le bois est sain, la sève circule, elle fait sa photosynthèse mais, comme il y a des lésions périphériques au niveau du liber, elle ne peut pas être redistribuée. Il y a une accumulation de sucre. Les feuilles rougissent à l’automne Il n’y a pas de constitution de réserve dans les racines ». Il poursuit sa démonstration avec l’esca et a cette formule lumineuse pour désigner le geste de la greffe, « le pêché originel de la vigne, sa première blessure ». Le greffeur revient sur le phylloxera et les moyens mis en œuvre pour l’éradiquer, véritable leçon d’histoire qui éclaire le présent : « En greffant tout, on a multiplié les plants fragiles. La vigne n’a pas eu les moyens de se rendre naturellement résistante ». Il préconise un autre type de greffe : « les greffes à l’œil sur des porte-greffes racinés ». Il conclut : « Il faut absolument que les vignerons se réapproprient leurs vignes et les greffes ».

Zoom sur l’Argentine et le Chili

A quelques semaines des vendanges dans l’hémisphère sud, le site Wine Economit passe au crible le « boom » de l’Argentine, cinquième producteur mondial derrière les Etats-Unis et l’Australie et 8ème pays consommateur de vin. Outre l’engouement pour le cépage malbec, « comparable à celui du sauvignon de Nouvelle-Zélande », ce boom puise, selon lui, « ses origines dans la crise du pesos au début des années 2000 ». « L’effondrement du peso et l’ouverture de l’économie aux investissements étrangers a été une transition difficile pour le peuple argentin, mais ils ont permis de restaurer la compétitivité à l’international ». Il poursuit : « Les producteurs argentins n’ont pas eu d’autre choix que de se concentrer sur les marchés à l’export, ce qui impliquait des investissements conséquents pour améliorer la qualité. Ils ont ciblé le marché américain, à la différence du Chili qui a diversifié les exportations ». Et nuance: « La mauvaise nouvelle est que ce segment de marché est devenu très compétitif. Il sera donc difficile d’y survivre ». Le site Latinone s’arrête sur le vignoble chilien, quatrième pays exportateur et constate : « Le Chili pourrait perdre des parts de marché. En cause la guerre des prix et une surproduction de vins de masse». Selon Mario Pablo Silva, directeur de Viña Casa Silva, « le Chili doit identifier ses points forts, redéfinir les catégories des vins produits, et s’orienter vers des vins de qualité ». D’un hémisphère à l’autre, les problématiques se répondent. 

Partage Twitter facebook linkedin
Tous les commentaires (0)

Pas encore de commentaire à cet article.
© Vitisphere 2021 - Tout droit réservé