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Une idée fixe : la Sicile mise sur une stratégie bouteille
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Une idée fixe : la Sicile mise sur une stratégie bouteille

Par Pierrick Bourgault Le 27 avril 2015
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Une idée fixe : la Sicile mise sur une stratégie bouteille
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icilia en Primeur qui s'est déroulée du 15 au 18 avril a révélé les cuvées 2014 mais aussi les stratégies de cette région, première d'Italie en superficie avec plus de 100 000 ha de vigne. Organisée par Assovini Sicilia, dont les 72 membres produisent « plus de 80% du vin embouteillé de la région et réalisent 250M€ de chiffre d'affaires par an, » cet événement a rassemblé une centaine de journalistes italiens et internationaux pour des visites de domaines et des dégustations à Taormina. Pas d'acheteurs professionnels, mais une soirée grand public ouverte aux amateurs.

L'objectif de cet évènement est de communiquer sur le vin de l'île et son évolution actuelle en mettant l'accent sur la fin d'une ère : longtemps, la Sicile a expédié du vrac pour renforcer les cuvées des régions et des pays du nord. Aujourd'hui, l'île veut vendre davantage en bouteilles et met en œuvre une stratégie originale, liée aux caractéristiques de son territoire.

Ainsi, l'organisme de contrôle des DOC annonce que 161 265 hl ont été certifiés et 120 284 embouteillés en 2013, soit 16 millions de bouteilles. Ce volume des DOC mises en bouteilles ne représente que 2,5% du volume du vin produit en Sicile, mais il est en croissance avec 21 millions de bouteilles DOC en 2014 et cette hausse de +32% par an devrait se poursuivre en 2015. L'objectif est bien sûr d'amplifier ce mouvement.

Une partie des vins de table et des IGT est également mise en bouteilles, mais les données ne sont pas connues. En 2011, selon l'Osservatorio Vitivinicolo, la Sicile produisait 65-70% de vin de table et moût, 25-30% IGT et 4-4,5% VQPRD.

 

 

Crédit photo : Pierrick Bourgault

La bouteille pour maîtriser la valeur ajoutée

La Sicile a produit 7 282 000 hl de vin en 2013 (soit 25% de plus que la moyenne des 5 dernières années) et 4 370 000 hl en 2014 (soit – 40% par rapport à 2013, pour des raisons climatiques, Source : www.assoenologi.it). Elle est la région qui possède la plus grande superficie de vigne (112 725 ha selon Scheda Sicilia 2012, 103 076 ha selon Assovini Sicilia). Le Nord (Veneto et Emilie-Romagne) produit les volumes les plus importants ; le Veneto gagne même la palme des exportations. Explication : des camions-citerne transitent de la Sicile vers ce Nord industriel qui embouteille et distribue. Cependant, les Siciliens veulent inverser cette tendance et vendre en bouteille pour ramener la valeur ajoutée liée à l'embouteillage sur leur territoire.

 

Actuellement, les membres d'Assovini réalisent 57% de leur chiffre d'affaires à l'export. En moyenne, un domaine vend vers 22 pays, mais certains exportent vers 110 marchés différents. Aux pays traditionnels tels Allemagne, Suisse, Grande-Bretagne, Belgique, Russie, Japon, USA et Canada viennent s'ajouter les émergents tels Brésil, Chine et Corée. Le site web de Firriato est ainsi rédigé en italien, anglais, russe, chinois et japonais.

 

La Sicile produit, par ailleurs, peu de Bib et de rosé. Les producteurs siciliens ne pensent que valorisation en bouteilles. «  J'ai horreur du Bib. En Sicile, on considère que le rosé est un vin mal fait, pour les touristes » tranche Francesco Spadafora de Principi di Spadafora. Opinion partagée chez Firriato : « Pas de Bib, sauf si le client nous le demande expressément, par exemple la Finlande ou la Suède. Cela donne une mauvaise image au domaine, » assure Federico Lombardo di Monte Iato. Même la coopération, qui fournit 82% des volumes de l'île, approuve : « Le Bib n'est pas gratifiant pour l'entreprise. On fait très peu de rosé, seulement pour l'Angleterre et la France » admet Messina Salvatori, responsable commercial de CVA Canicatti.

Le territoire comme attribut de marque

Pour valoriser le vin, la stratégie sicilienne tient en un mot – le territoire – et la déclinaison viticole de toutes les composantes de l'île : climat, relief, cépages locaux, histoire, tourisme...

Sur la conduite du vignoble, la quasi-absence de pluie en été et les vents qui assèchent la végétation facilitent une agriculture sans intrants, qui se revendique bio. Comme de nombreux domaines, Spadafora, Firriato et CVA Canicatti produisent ainsi mais ne le signalent pas sur toutes leurs étiquettes, « afin que le client habitué à une présentation n'ait pas l'impression que le vin a changé », « pour ne pas faire trop marketing », ou simplement « pour des raisons de coût de certification ». Actuellement, 25 000 ha, soit le quart du vignoble sicilien, est conduit en bio.

En ce qui concerne les bilans carbone et énergétique, c'est aussi le territoire qui donne aux domaines la possibilité, ici plus qu'ailleurs, d'installer éoliennes et panneaux solaires (l'Italie n'a pas de centrale nucléaire en fonctionnement).

 

Des effervescents sur les monts de l'Etna

Le relief est valorisé : le « champagne Etna » du début du 20e siècle n'existe plus, mais les altitudes élevées, jusqu'à 1 000 m, sont mises à profit pour élaborer des vins frais et légers. Les vignes y bénéficient d'une forte excursion thermique. Qu'ils soient réalisés en cuve close ou en méthode traditionnelle, les effervescents font la fierté de leurs auteurs, qui les considèrent comme des pistes d'avenir aussi prometteuses que le prosecco. Pour l'instant, ce vin spumante reste une curiosité locale, tel le Satàri de CVA Canicatti (8 à 10€ chez le caviste) ou le Saint-Germain en méthode traditionnelle de Firriato (14 à 15€). Ils risquent peu de concurrencer le prosecco, ni le franciacorta, mais participent au prestige d'une maison.

 

 

Diversité des cépages

Le vrac sicilien vendu au degré, coloré et alcooleux, n'est plus mis en avant. Les cépages blancs (catarratto 33,49%, inzolia 6,02%, grillo 5,41%...) représentent les deux tiers de l'encépagement de la Sicile, les rouges (nero d'Avola 16,23%, nerello mascalese 3,28%...) le tiers restant. Premier cépage international représenté, la syrah couvre seulement 4,81% des surfaces, suivie par chardonnay (4,41%), merlot (4,13%) et cabernet sauvignon (3,14%). Les vignerons siciliens s'ingénient à vinifier et assembler cette biodiversité adaptée à leur climat, en particulier les cépages locaux aux maturités tardives. Ce choix de cépages locaux concerne 86% des membres d'Assovini Sicilia, qui sont 61% à utiliser des levures également locales, et non des levures sélectionnées du commerce.

Certaines appellations siciliennes sont très pointues, par exemple le moscato di Pantelleria qui exige au moins 85% de zibbibo (muscat d'Alexandrie). Cependant, la plupart admettent une dizaine de cépages locaux et internationaux. Sur l'étiquette, l'assemblage de deux ou trois cépages donne une plus-value intéressante. En effet, un nom local inconnu du consommateur peut être difficile à vendre ; de même, que pour un cépage international seul. Mais l'association d'un cépage italien et international donne à la fois une référence et un brin d'exotisme. Le nero d'Avola (noir) et l'inzolia (blanc) demeurent les plus célèbres de l'île, bien que le cépage blanc le plus planté soit le catarrato. Par dessus tout, le nom Sicile demeure très attractif, car il évoque soleil et vacances.

 

L'œnotourisme se développe

Successivement conquis par les Phéniciens, les Grecs, les Arabes, les Normands, les Angevins et les Espagnols, ce territoire est riche de son patrimoine architectural et culturel. Ainsi, CVA Canicatti collabore au projet Diodoros, avec le parc archéologique de la vallée des Temples, près d'Agrigento. Trois hectares de vigne au pied du temple de Junon, fréquenté par 600 000 visiteurs annuels justifient la présence d'une boutique qui propose des dégustations des vins de la coopérative. Un millier de bouteilles sont vendues chaque mois, soit un chiffre d'affaires qui dépasse 10 000€. La cuvée Diodoros arbore sur son étiquette les cannelures des colonnes du temple. « Quand on boit ce vin, on boit de l'histoire, de l'émotion, de l'art, » s'enthousiasme Messina Salvatori. La présence d'un équipement viticole du 8e siècle avant notre ère, nommé palmento – une cuve de foulage et son écoulement vers la cave, le tout creusé dans le roc – témoigne d'une viticulture trois fois millénaire. Autre patrimoine culturel apprécié des visiteurs, la gastronomie et ses accords insolites, tels un rouge puissant avec du poisson – cuisiné à la Sicilienne, avec épices et aromates.

 

Une même tendresse pour le territoire anime les nombreux vignerons qui pratiquent l'oenotourisme : le prince Francisco Spadafora prépare avec sa cuisinière, et souvent lui-même, les légumes de son jardin, ses poules et lapins pour les dîners de ses 7 appartements d'hôtes situés autour du chai (85€ en demi-pension).

Firriato a transformé un ancien village viticole fortifié en hôtel 4* avec restaurant gastronomique et bar à vins et loue des appartements de luxe dans les vignes (120 à 250€), à mi-chemin entre plages et vestiges archéologiques.

 

Globalement, 93% des membres d'Assovini Sicilia ont aménagé des espaces de réception, 40% louent des chambres d'hôtes et 68% proposent une restauration. Chaque membre reçoit en moyenne 3 700 visiteurs par an, dont 55% d'Italiens et 45% d'autres nationalités.

 

Comme l'a rappelé la 12e édition de Sicilia en Primeurs, les vignerons siciliens se donnent les moyens de leurs ambitions – vendre davantage de vin en bouteille – grâce à une stratégie globale, au plus près des caractéristiques de leur île.

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