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Recherche : A quoi sert le séquençage du génome de la vigne ?

Par Vitisphere Le 22 août 2007
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Recherche : A quoi sert le séquençage du génome de la vigne ?
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’ici la fin de l’année, le séquençage du génome de la vigne sera achevé. Ces travaux de recherche, menés par un consortium public franco-italien (Genoscope, INRA, Universités de Milan, Padoue et Udine), vont permettre une meilleure connaissance des gènes liés à des caractères agronomiques importants comme la résistance aux maladies, la tolérance au stress hydrique, la maturation et la qualité de la baie... Jean-Michel Boursiquot, directeur scientifique pour le matériel végétal à l’IFV (institut français de la vigne et du vin) détaille ces avancées scientifiques.

En quoi consiste le séquençage du génome de la vigne ?

Comme toutes les espèces animales ou végétales, la vigne est dotée d’une carte d’identité génétique appelée génome, constituée de l’ensemble de son information héréditaire. Le génome contient toutes les instructions nécessaires au développement, au fonctionnement et à la reproduction des cellules et de la vigne. Il est composé de molécules d’ADN géantes. Seule une partie de cet ADN (15%), appelé ADN codant, est constitué par des gènes, qui influencent directement le fonctionnement de la plante. On a par exemple déjà identifié chez d’autres espèces végétales, les gènes de la photosynthèse ou les gènes responsables de la fabrication des polyphénols. On ignore à ce jour à quoi servent les 85% d’ADN dit non codant. Le séquençage du génome de la vigne consiste à identifier l’enchaînement des maillons qui constituent les molécules d’ADN. Ce sont des données brutes, qui sont le préalable indispensable aux deux étapes suivantes : le repérage des gènes sur les molécules d’ADN et la définition de la fonction de chacun des gènes identifiés. On estime que la vigne compte environ 30 000 gènes dont 14 000 ont déjà été identifiés (gènes de résistance à l'oïdium, gènes contrôlant le développement du pépin, gènes contrôlant la couleur de la baie,…). D'autres sont en cours d'identification (gènes contrôlant la taille de la baie,…). D’ici quelque temps, le travail d’identification des gènes devrait être terminé mais la définition de leur fonction précise demandera beaucoup plus de temps et d’investissements.

A quoi sert la connaissance du génome de la vigne ?

Elle va permettre trois avancées majeures : - un meilleur pilotage des programmes d'amélioration génétique des cépages, avec une sélection beaucoup plus précise et ciblée de certains critères comme la résistance aux maladies, la régularité de rendement ou les qualités organoleptiques du raisin … - un pilotage plus précis de la conduite de la vigne : l’identification des gènes qui deviennent actifs lors des différents stades phénologiques de la vigne (débourrement, floraison, véraison..), conduira à une meilleure compréhension de la physiologie du développement de la vigne jusqu’à la maturation de la baie de raisin, et des interactions avec les systèmes de culture. - la mise en place de marqueurs de l’état physiologique et sanitaire  de la vigne, aboutissant à la création d’outils plus précis d’aide à la décision pour la date de vendange, la nécessité d’irrigation ou de traitement phytosanitaire dans le cadre d’une viticulture de précision.

Les recherches génomiques vont-elles aboutir à la création de vignes OGM ?

Pas forcément. A l’issue de ces recherches, deux voies sont possibles pour la création de nouvelles variétés : - les croisements tels que pratiqués actuellement. La connaissance génomique de la vigne va permettre des sélections plus fiables et plus précises. Il en sera de même pour la sélection clonale, qui devrait gagner en efficacité avec ces nouvelles connaissances sur les gènes. - l’introduction d’un gène intéressant (par exemple pour sa résistance aux maladies) dans le génome d’un cépage. Cette technique évite le recours au croisement et à la création de variétés hybrides, mais actuellement la culture de cépages génétiquement modifiés n’est pas autorisée en France. Des essais ont été menés par l’Inra de Colmar sur des porte-greffes génétiquement modifiés avec des gènes de résistance au court-noué. La connaissance du génome de la vigne ouvre la voie à d’autres expérimentations. Même si l’opinion publique est aujourd’hui très réticente à l’utilisation des OGM, les chercheurs estiment qu’il est important de poursuivre les recherches pour ne pas prendre du retard et être capable de réagir  si, à l’avenir, des perspectives s’ouvrent pour ces nouvelles voies d’amélioration génétique.

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