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Les réflexions de Jean Clavel sur l'oenotourisme
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Les réflexions de Jean Clavel sur l'oenotourisme

Par Vitisphere Le 18 décembre 2000
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Les réflexions de Jean Clavel sur l'oenotourisme
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ans cette étude, Jean Clavel analyse les synergies possibles entre tourisme et économie viticole en Languedoc...
Photo CIVL - Henri Comte

'Le vin est un lubrifiant social'

Un patrimoine exceptionnel

Le moyen principal du développement commercial de nos vins, fonction essentielle de l'action collective, est la communication. Améliorer la qualité de nos vins, rendre l'organisation des producteurs plus cohérente donc plus efficace, utiliser tous les moyens de la communication à notre portée, aboutit au même objectif : améliorer les marges commerciales du producteur et des structures de mise en marché, de façon à développer l'investissement créateur de richesses futures et d'emplois. Une étude réalisée en Italie démontre que 30% du tourisme de ce pays est plus ou moins lié au vin, à sa découverte, à la rencontre de vignerons, de paysages viticoles, d'ambiances gastronomiques. Le Languedoc est incontestablement une région d'accueil touristique importante. Utilise-t-on cette situation d'accueil pour développer les synergies évidentes entre tourisme et économie viticole ? Dans ce domaine, l'importance de la viticulture dans l'économie du Languedoc, actuelle et à venir, est encore sous-estimée. Elle souffre d'un passé tourmenté et pas totalement évacué des mémoires régionales. La vigne est pourtant, territorialement, dominante et le restera. Et cela a des conséquences touristiques, la vigne habille les paysages, les humanise. Quel spectacle plus beau que le panorama du vignoble de Saint-Chinian en haut du col de Fontjun ? Ou celui de la vallée de l'Hérault en haut de La Taillade ? Il y a peu d'équivalence en Europe !! Photo CIVL - Henri Comte

Favoriser la prise de conscience culturelle

La mise en valeur des vins locaux, associée à la cuisine régionale enracinée territorialement est un moyen de communication, encore peu utilisé même si quelques exemples donnent l'espoir d'un développement futur. L'Auberge du Cèdre dans le Pic Saint Loup est, dans ce domaine, une réussite incontestable, plus adaptée au portefeuille du touriste moyen que les prix pratiqués au Jardin des Sens (à Montpellier, restaurant 3 étoiles au guide rouge Michelin), très utile par ailleurs mais peu compatible avec la cible des consommateurs visée pour la généralité de nos vins. Le vin français est perçu, dans le monde, comme porté par sa riche histoire, habilement mise en valeur. Nos vins languedociens sont quasi absents de ce concept national, la connaissance historique se limitant, le plus souvent, aux évènements de 1907 ou au phylloxéra, épisodes peu valorisants, alors que l'histoire de nos vins est riche, complexe, très enracinée. Pour lutter contre cette situation, il faut favoriser la prise de conscience culturelle qui doit s'adresser au public régional, national, international. Le tourisme de masse s'adresse à une clientèle ayant des moyens plus ou moins importants et qui découvre le monde, dans sa très grande diversité. Cette offre limite ses propositions à des visions globales et rapides d'un continent, d'un pays, d'une région, d'un mode d'approche (croisière en mer). C'est le cas de notre région, qui connaît une concentration du tourisme populaire sur le littoral. On ne propose pas suffisamment à cette clientèle, d'une façon rationnelle et construite, d'approfondir tel ou tel aspect de notre civilisation, de notre territoire, de notre culture.

Une carence de politique collective

Parmi ces touristes moutonniers, il en est qui seraient intéressés par une autre démarche plus élitiste. Par ailleurs, des connaisseurs en matière de vins, et des amateurs de gastronomie régionale sont à la recherche de propositions touristiques en rapport avec leur passion. En connaisseurs avertis ils comparent ce qu'ils trouvent ici avec leur connaissance d'autres régions viticoles en France, en Europe et dans le monde. Cette comparaison n'est pas en notre faveur !! Quelques balisages de vignobles sont en place, mais peu relayés par des initiatives communales ou personnelles. La faiblesse des propositions organisées en accueil vinicole en Languedoc, faisant appel à des compétences reconnues dans ce domaine, est manifeste. Des réussites économiques de vignerons en cave coopérative ou cave particulière ont des effets collectifs heureux. Les milieux professionnels et médiatiques mondiaux, des investisseurs européens, et provenant des autres continents, Amérique, Australie, s'intéressent à notre région qui présente, à leurs yeux, de nombreux avantages, de climat, de terroir, de disponibilité foncière, de prix encore modérés. Mais cette situation très favorable n'est pas relayée localement. Des synergies nouvelles doivent être facilitées entre le développement touristique qualitatif et la notoriété viticole : le vin et ce qui l'entoure, accueil, gastronomie, découverte du produit rare, de paysages, des patrimoines architecturaux, artistiques, d'un climat humain spécifique. Tout ceci doit relever d'une politique collective, facteur de développement d'activités et d'emploi.

Un fabuleux potentiel à valoriser

Grâce à la mondialisation et Internet, au développement de la consommation de nos vins dans le monde, nous avons le plus formidable gisement d'emploi du 21ème siècle. Nous pouvons doubler en une décennie le nombre de salariés de nos exploitations, de nos entreprises, des services y compris le tourisme viticole, avec des emplois de plus en plus qualifiés. La synergie entre viticulture et tourisme viticole, moteur de la communication et facteur de notoriété, doit être construite rationnellement pour constituer un produit rentable vendu dans le monde entier par les moyens classiques de la promotion touristique. Pour cela il faut organiser et mettre en valeur des réseaux constitués de restaurants, d'hôtellerie, de moyens de logement, d'accueils dégustation. Cette action va dans le sens d'une demande mondiale. Ce qui a été fait en Languedoc, jusqu'à ce jour, est trop dispersé, partiel, incohérent, inadapté au pouvoir médiatique mondial, aux attentes des grands opérateurs internationaux. Nous devons procéder par étapes successives.

Un processus en quatre étapes

1° - Etudier les attentes des touristes vitivinicoles : - Profil de cette clientèle - Comportement des touristes dans le vignoble - Motivation de la consommation des prestations liées à la viticulture - Degré de satisfaction en fonction des prestations actuellement proposées - Typologie de la clientèle potentielle, française, européenne, mondiale. 2° - Définir une politique (départementale ?) favorisant les initiatives, permettant l'accueil de ces touristes dans les conditions optimales (formation, aide technique et financière). - Professionnalisation de l'accueil touristique dans les caves (caves coopératives et particulières). Les personnes accueillantes doivent savoir parler du vin régional autrement qu'en termes généraux, posséder une véritable culture régionale et de l'environnement touristique, pratiquer plusieurs langues avec une bonne convivialité. - Offre de dégustation conforme aux attentes exprimées, confort de dégustation (ne pas oublier un système de crachoirs), variété des vins servis, propreté (en particulier des verres), toilettes pas trop proches du lieu de dégustation mais au niveau des exigences actuelles. - Offre complémentaire locale : Initiation à la dégustation, dégustation accompagnée de collation de type local (picpoul avec coquillages, grillades, cargolade...), repas chez le vigneron, fête du vin, découverte accompagnée du vignoble et de l'environnement, avec la flore et la faune, découverte du patrimoine local y compris le patrimoine bâti des domaines. Les aides financières pourraient concerner les investissements d'équipements d'accueil des groupes (espace dégustation), rénovation des façades et de l'environnement des bâtiments d'accueil, la formation à l'accueil sans oublier les langues. 3° - Rechercher les partenaires capables de développer des initiatives locales et ceux susceptibles de promouvoir et de vendre. Partenaires locaux montant les produits vendables et leur offrant une garantie et une fiabilité et faisant l'interface avec les voyagistes internationaux. Internet est un des vecteurs privilégiés du développement international. Par exemple, circuit découverte des Terrasses du Larzac : 7 jours. Cave de Saint Saturnin, Abbaye de Saint Guilhem le Désert, Vignoble et les vignerons de Montpeyroux, petite excursion sur le Larzac par Arboras jusqu'à la Couvertoirade et les Templiers, dégustations à Aniane, logement à Clermont l'Hérault et le Lac du Salagou, le vignoble d'Octon, celui de Pégarolles de l'Escalette, il y a de quoi remplir une semaine. 4° - Mettre en place une signalétique et une communication collective adaptée à ce marché. Par exemple la description et mise en valeur de la variété des terroirs viticoles, des cépages, des vins qui en sont issus, cette communication étant destinée aux professionnels et aux médias. L'Atlas des Terroirs du Languedoc est un premier pas, encore timide.

Exemple des possibilités de mise en valeur historique et de synergie de lieux viticoles

Aniane, Saint Chinian, Minervois. Qu'est-ce qui réunit ces 3 lieux ? Saint Benoît d'Aniane ! Charlemagne compose avec les habitants de notre région, qui acceptent la protection Carolingienne. Witiza fils du comte Goth de Maguelonne, devient grand échanson de Louis le Pieux fils de Charlemagne et roi d'Aquitaine. En 782 Witiza sous le nom de Benoît, crée le monastère d'Aniane, renouvelle la règle des Bénédictins, et devient l'initiateur de tout un maillage d'Abbayes d'abord en Septimanie puis dans toute l'Europe. Lorsque Louis le Pieux succède à Charlemagne, Benoît le suit à Aix la Chapelle, il est alors le premier ministre de l'Empereur, et sera le seul de l'histoire de l'Eglise d'Occident à cumuler la responsabilité de l'ensemble des ordres monastiques. On forme à Aniane les maîtres Abbés qui vont essaimer dans toute l'Europe, créer ces Abbayes Bénédictines maillage de l'administration Carolingienne. L'abbaye est un véritable centre de développement, possédant sa propre hôtellerie chargée d'accueillir et de protéger le voyageur qui bénéficie d'un système de lettre de change lui évitant de transporter des pièces d'or et d'argent, tentation permanente des larrons rançonnant les passants. Un jardin de plantes médicinales est géré par le moine apothicaire spécialiste des soins à donner aux habitants. Un autre moine est apiculteur et enseigne l'élevage des abeilles, un autre chargé d'entretenir les bassins, qui le long de la rivière, permettent d'élever des poissons d'eau douce. L'abbaye forme les artisans de tous corps de métiers, possède son centre côtier de production de sel, et sa culture de plantes maritimes dont les cendres servent à la fabrication du verre. Les Bénédictins (et plus tard les Cisterciens) attachent une grande importance à la possibilité de planter la vigne. La décision définitive de construction d'une abbaye, n'est prise que lorsqu'on a la certitude que la vigne peut prospérer sur le site. Le vin assure le service de la messe, mais il soutient également les moines dans leur labeur, car, si austère que soit par ailleurs la règle monastique, jamais ce breuvage n'est banni de la table des repas, Benoît rappelle la parole de Paul à Timothée : 'Cesse de ne boire que de l'eau, Prends un peu de vin à cause de ton estomac'. Le vin des abbayes est, en outre, une précieuse monnaie d'échange et bénéficie de privilèges destinés à favoriser le commerce des produits nécessaires à l'Abbaye. Près de 50 abbayes Bénédictines sont créées en Septimanie, dont Saint Pierre de Caunes (Minervois) en 794 et Saint Laurent du Vernazoubre (Saint Chinian) en 782, Saint Gilles et Psalmodie, en 780, Saint Guilhem le Désert en 806, Montredon en 897, Saint Sauveur à Lodève en 980, Saint Saturnin, Cabrières... Elles faciliteront la transition des connaissances agronomiques et vinicoles du monde antique qui s'étiole au Moyen-Age naissant. D'un lieu sauvage et désert, domaine de forêts et de sangliers, les moines ont, par leur initiative, créé un petit paradis capable de produire tous les fruits de la terre. Anian, compagnon de Benoît d'Aniane, crée en 782 le monastère de Saint Laurent du Vernazoubre, qui sera complété en 826, par un autre établissement appelé Saint Anian, dont le nom évoluera vers Chinian. Bien entendu, les moines n'ont pas réalisé seuls tous ces travaux. Des familles sont installées dans toute la vallée, beaucoup sont originaires d'Espagne et ont fui la progression musulmane. Ils obtiennent une concession des abbés, s'obligent à défricher la forêt, obtiennent des aides de l'abbaye, techniques pour la culture et l'élevage, des avances de nourriture, de matériel, de cheptel, ils ont à leur disposition le moulin (olive et blé), le pressoir (huile et vin), le four commun. Plus tard au XIIème et XIIIème siècle, le mouvement Cistercien aura des prolongements en Languedoc. Les abbayes de Citeaux et Claivaux aideront à la naissance de Fontfroide en 1146, de Valmagne en 1155, Gigean en 1167, Vignogoul en 1178, les Olieux à Narbonne en 1200. Toutes ont conservé la pratique très perfectionnée de la viticulture, et leurs abbés ont mérité le titre de 'Pater Vinéarum' (père de vignes) donné par un lettré contemporain de Charlemagne.

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