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Arrachage des vieilles vignes
Michel Bedouet, viticulteur: « Le nombre de ceps manquants n'est pas mon critère principal »

Par Aurélie L'Helguen, étudiante 3ème année ESA Angers Le 23 juin 2008
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Michel Bedouet, viticulteur: « Le nombre de ceps manquants n'est pas mon critère principal »
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rracher ou non une parcelle de vieilles vignes est un choix difficile. Il doit s’intégrer dans une politique de renouvellement plus global, à l’échelle de l’exploitation. Pour Michel Bedouet, viticulteur en Loire-Atlantique, plus que le nombre de pieds manquants, c’est toute une série d’autres facteurs qui sont à considérer. Témoignage.


Les vieilles vignes d'une quarantaine d'années d'une parcelle de Michel Bedouet présentent moins de problèmes de maladies et de rendement que celles, plus jeunes, issues de la sélection clonale... (© D.R)

Michel Bedouet a 22 hectares de vignes, dont 5 ha ont entre 35-50 ans et 7 ha entre 25-35 ans. S’il conserve autant de vieilles vignes, c’est d’abord pour des raisons commerciales. « Les baies issues de vieilles vignes produisent des vins de caractère, exprimant la « spécificité du terroir » explique-t-il.

Les jeunes vignes lui servent à fabriquer son vin d’entrée de gamme, les vieilles vignes des vins de garde. Un assemblage entre les deux lui permet également de proposer des vins aux caractères plus ou moins marqués, et ainsi toucher une clientèle plus large.

Arracher des vignes, un choix difficile

Michel Bedouet souhaite conserver ses vieilles vignes, malgré les vendanges manuelles qu'elles impliquent et les ceps manquants. Selon lui, d'abord parce qu'elles sont moins sensibles aux périodes de sécheresse, grâce à des réserves en amidon plus importantes que celles des jeunes vignes. Elles permettent donc de jouer « le rôle de tampon face à l’évolution actuelle du climat ». Ensuite parce que « les vieilles vignes donnent des baies de meilleures qualité et ont une plus grande régularité en quantité ».

Carte d'identité


(© D.R.)

Michel Bedouet est vigneron dans la commune de Le Pallet, en Loire-Atlantique (44) Aoc Sèvre-et-Maine, exploitation familiale de 22 ha, avec production de 100 000 bouteilles/an 10 ha ont moins 25 ans, 7 ha ont entre 25 et 35 ans, 5 ha entre 35 et 50 ans. L’état sanitaire de la parcelle est aussi un critère pris en compte par Michel Bedouet. Selon lui, « il peut être parfois préférable d’arracher des vignes d’âge moyen plutôt que de vieilles vignes». Ceci est notamment vrai pour celles âgées d’une quinzaine d’années, plus sensibles aux maladies que ses vieilles vignes d’une quarantaine d’années. Le viticulteur a également constaté sur ces mêmes vignes une baisse de production à partir d’une vingtaine d’années. Il explique ce phénomène par la sélection clonale effectuée depuis cette époque. Les vieilles vignes étant issues de la sélection massale ne posent pas de problème particulier. Pour ce vigneron, les vieilles vignes ne sont donc pas toujours celles qu’il faut arracher en premier.

Un choix qui doit tenir compte de l’ensemble du parcellaire

L’état matériel de la parcelle ( installations, fils, piquets…) est aussi important dans la prise de décision. A partir de 15%-20% de pieds manquants sur une parcelle, Michel Bedouet envisage fortement la replantation. Mais « le nombre de ceps manquants n’est pas le critère principal, insiste le vigneron. C’est la qualité globale qui est importante ».

Enfin, la décision d’arracher des vieilles vignes doit être intégrée à l’ensemble du parcellaire. « Si l’on se base sur une carrière de 30 ans, il faut compter un « renouvellement » annuel de 1/30ème», explique Michel Bedouet. « Il ne s’agit pas de replanter seulement 1/30ème des vignes tous les ans, mais de réfléchir l’arrachage des vignes sur plusieurs années pour répartir les investissements financiers, humains, varier les âges des vignes présents sur l’exploitation ». Arracher implique aussi de laisser « le sol se reposer pendant 2 ans », sans aucune production de raisin envisageable, car « il faut faire vivre le sol pour faire vivre la plante » et ainsi donner des baies de qualité.

« La sélection clonale, des vignes « épuisées » et «moins résistantes aux maladies »

Michel Bedouet a constaté que les pieds de vignes des parcelles âgées d’une quinzaine d’année étaient plus sensibles aux maladies et moins productives que les vieilles d’une quarantaine, cinquantaine d’années.

« Lorsqu’un pied est malade, c’est toute la parcelle qui est malade, et la résistance est moins bonne que les parcelles de vieilles vignes». La cause selon lui ? La sélection clonale. « Celle-ci c’est fortement développée à un moment où l’on manquait de vins, précise le viticulteur. Le critère de sélection a été la productivité du plant au détriment de la qualité des baies. Les vieilles vignes, elles, sont issues de la sélection massale. Elles sont moins sensibles aux maladies, car les parcelles présentent une plus grande biodiversité génétique ».

Sur ces mêmes vignes, le vigneron a aussi remarqué, à partir d’une vingtaine d’années, qu’elles sont « épuisées ». La sélection clonale a permis une augmentation de la production de raisins étant jeune. « En vieillissant, on devrait s’attendre à une production de baies moindre mais d’une meilleure qualité », explique Michel Bedouet. Cependant la qualité des baies de ces vignes vieillissantes n’est pas celle qu’il attendait : « Les pieds de vignes sont fatigués d’avoir tant donné étant plus jeunes ».


Article réalisé dans le cadre d'un partenariat entre Terre-net média (Viti-net, Terre-net, Web-agri, Terre-net occasions) et l'Ecole supérieure d'agriculture d'Angers (Esa). Pour en savoir plus sur les formations viticulture-oenologie de cette école, cliquez ICI.
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