LE FIL

Une menace potentielle pour la viticulture

Lundi 25 février 2008 par Ligérienne de presse
Article mis à jour le 30/08/2016 17:58:52

Importée aux États-Unis et en Europe comme agent de lutte biologique, la coccinelle asiatique est friande de raisins blessés et sa présence dans les grappes au moment des vendanges peut générer des mauvais goûts.

 


Les coccinelles asiatiques présentes dans les grappes et écrasées lors des vendanges secrètent une substance. Celle-ci peut altérer la vendange en modifiant les arômes. (© D.R.)

Des coccinelles dans les vignes, c’est à priori quelque chose de sympathique, de bucolique, signe de l’existence d’une faune au vignoble et d’un respect de l’environnement. Mais certaines d’entre-elles ont affligé plus d’un vigneron aux États-Unis ou au Canada, en particuliier en Ontario. Ces coccinelles asiatiques, importés outre-Atlantique dès le début des années 80 comme agent biologique, se sont en effet révélées être, dans certaines conditions, des ravageurs pour la viticulture.
Originaire du sud-est asiatique, la coccinelle Harmonia axyridis se nourrit de pucerons, d’autres insectes, de pollen et de nectar. Vorace, elle constitue un très bon agent de lutte biologique contre les pucerons mais si elle trouve des conditions favorables, en s’implantant dans certaines cultures, elle prolifère au point de menacer les espèces indigènes de coccinelles.

 

Au début des années 2000, la coccinelle asiatique a envahi des cultures de soja au Canada, avant de s’attaquer à des vignobles et de s’installer dans les grappes. Des chercheurs canadiens ont montré que leur invasion était conditionnée à la présence de baies blessées. Vivant dans leur habitat naturel en Asie sur des arbres et des arbustes, les coccinelles asiatiques trouvent dans les vignes abri et nourriture. Selon les Pr. Mark Sears et Christie Bahlai, du département de Biologie environnementale de l’Universite de Guelph (Ontario), les terpènes, composés chimiques volatiles, du raisin mur attireraient les coccinelles, qui à leur tour sécréteraient de l’isopropyl methoxypyrazine, attirant d’autres congénères.

Des dégâts aux Etats-Unis

Or, la methoxypyrazine est responsable de goûts herbacés ou de poivron vert dans les vins. Les coccinelles asiatiques peuvent ainsi générer des déviations organoleptiques. « Lorsque les coccinelles sont présentes dans les grappes et écrasées lors des vendanges, elles sécrètent quelques gouttes d’hémolymphe (équivalent du sang chez les insectes NDLR) qui peuvent altérer la vendange en modifiant les arômes (herbacé, goût de cacahuète, asperge...), expliquent Christian Linder et Heinrich Höhn du centre de recherches suisse Agroscope Changins Wädenswil dans une étude parue dans la “Revue suisse de viticulture et d’arboriculture”. En 2005, dans le Michigan, la National Grape Coop a imposé un seuil de dix coccinelles par dix livres (4,5 kg) de vendange afin d’éviter des problèmes de vinification. D’autres études américaines ont fixé ce seuil à 1,7 coccinelle par kilo de riesling ».

Des études sont en cours concernant l’impact de la coccinelle asiatique sur différents cépages et sur les parades œnologiques aux déviations organoleptiques qu’elle peut générer. Au vignoble, plusieurs conditions doivent être réunies, selon Christian Linder et Heinrich Höhn d’Agroscope Changins, pour que la coccinelle asiatique soit considérée comme un ravageur potentiel : l’abondance de l’insecte durant la saison, des températures favorables (froid puis retour de la chaleur), la présence de baies abîmées lorsque les coccinelles sont actives. « Le problème est encore exacerbé si la vendange s’effectue à la machine », soulignent les chercheurs, qui conseillent l’emploi de produits répulsifs : « l’effet répulsif est plus bénéfique qu’une mortalité directe par insecticide, puisque les insectes morts restent dans les grappes et n’empêchent pas la contamination de la récolte ».

La coccinelle asiatique a colonisé la Belgique et des populations denses ont été signalées en Suisse ou en Allemagne. Pour Christian Linder et Heinrich Höhn, la menace créée par l’insecte existe pour la viticulture suisse. Harmonia axyridis est aussi présente en France. Mais « à ce jour, en Europe, aucun cas d’altération de la vendange n’a été signalé », indiquent les chercheurs.

 

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