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Engazonnement des vignes
Les associations assurent des couverts adaptés

Par Nathalie Petit Le 14 novembre 2006
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Les associations assurent des couverts adaptés
C
hoisir un couvert pour l’engazonnement permanent se fait à partir de l’observation de chaque parcelle et selon le niveau de concurrence souhaité. La modulation des pratiques : largeur de bande, un rang sur deux et le choix des espèces permet de s’ajuster au cas par cas.


Engazonnement permanent de la gamme Viver implanté en Aquitaine. La gamme Viver a été élaborée par les semenciers de Jouffray-Drillaud, elle propose une dizaine de compositions d’espèces à base de variétés gazonnantes plus denses et à pousse modérée. Elles permettent de s’adapter à la majorité des situations au vignoble et sont caractérisées essentiellement par leur niveau de concurrence, vitesse d’installation, résistances aux passages de roues, vigueur de pousse. (© Jouffray-Drillaud) Au niveau de chaque parcelle, la vigueur de la vigne et le type de vin recherché par la vigneron déterminent la stratégie d’enherbement adaptée : type d’enherbement et choix du couvert. « L’enherbement permanent n’est pas souhaitable dans tous les cas et nombreux sont les vignerons aujourd’hui à adopter l’enherbement temporaire après avoir testé un enherbement permanent », explique Denis David, directeur opérationnel de la société Jouffray-Drillaud. « Une grande partie de la stratégie va dépendre du degré de concurrence souhaitable et supportable par la vigne selon sa vigueur. L’enherbement permanent est adapté à une vigne qui, d’année en année, témoigne de sa vigueur et qui dispose d’une bonne réserve utile du sol. L’enherbement est possible dans tous les autres cas, car de nombreuses variables d’ajustement permettent de s’adapter à la parcelle : permanent ou temporaire, un rang sur deux voire sur trois, bande enherbée plus ou moins large et choix des espèces. »

Plus de 60 cm

« Si la vigne est peu vigoureuse, le critère déterminant pour orienter le type de couvert sera la profondeur du sol », développe Denis David. « Pour un sol dont la profondeur dépasse 60 cm, l’engazonnement permanent est envisageable en réalisant une installation progressive qui peut commencer par un rang sur deux avec une bande rétrécie. Si la vigne est peu vigoureuse et la profondeur du sol inférieure à 60 cm, la solution conseillée est celle de l’enherbement hivernal temporaire, si le vigneron souhaite maintenir le même niveau de rendement sur la parcelle. Si au contraire, la mise en place de cette concurrence est un moyen de maîtrise des rendements, alors l’enherbement permanent devra être mis en place de manière très progressive. Sur un sol nu, les racines de la vigne ont tendance à rester en superficie. Dans un premier temps, la mise en place de l’engazonnement va créer une concurrence entre les espèces. Puis la vigne va réagir et, dans le temps, aller coloniser des espaces plus en profondeur. Il faut laisser du temps à la vigne pour qu’elle accepte cette végétation de proximité. Ces étapes sont à respecter pour toute mise en place de couvert permanent permettant de voir comment la vigne se comporte. »

Une seule espèce ne suffit pas

L’engazonnement semé représente un investissement à l’achat mais rapidement compensé sur le poste phytosanitaire. « Dans les couverts semés, le vigneron n’a plus besoin de réguler chimiquement sa flore, ce qui est loin d’être le cas de l’enherbement naturel maîtrisé, grand consommateur d’herbicides. »
Sous la vigne, en effet, des qualités très spécifiques des espèces présentes sont recherchées pour générer un couvert peu concurrentiel, durable et qui résiste au salissement. « Par expérience, nous constatons qu’une seule espèce ne réunit pas tous les critères recherchés pour obtenir une bande enherbée efficace qui s’installe bien, résiste au passage et soit pérenne », présente le directeur opérationnel de Jouffray-Drillaud. « Notre grande force est d’avoir sélectionné les espèces et les variétés spécifiquement pour cet usage, en travaillant sur les pousses cumulées annuelles les plus faibles possibles. »
Les craintes vis à vis des gelées dans cette région notamment ont été largement levées par la pratique d’une tonte rase du couvert permanent au débourrement. « En réalisant cette tonte rase, le sol peut alors accumuler des degrés dans la journée qu’il va restituer en période nocturne. Les études et observations montrent que dans ce cas la différence entre la température avec ou sans couvert végétal est quasi nulle. »


Engazonnement permanent de la gamme Viver implanté en Aquitaine (© Jouffray-Drillaud)

« Le pâturin des prés est une plante printanière dont la pousse cumulée est la plus faible, absente en période estivale. Elle a en outre cette capacité à être résistante au passage et à son aptitude à faire des rhizomes lui permet de recoloniser un peu de l’espace. Cette plante, par son caractère très faiblement concurrentiel, a fortement intéressé les Champenois mais leurs tentatives d’implanter le pâturin seul a montré que la bande avait disparue au bout de trois ans. A elle seule, cette plante manque de pérennité et se salit rapidement. Pour notre part, nous proposons le pâturin en association avec la fétuque rouge pour jouer sur la complémentarité entre les deux espèces : plus de pérennité et moindre salissement. La fétuque rouge intervient pour maintenir un état dense de la végétation et tolérant aux conditions d’années un peu sèches. Aujourd’hui ce mélange PP60 est la composition champenoise la plus utilisée, (60% de pâturin des prés, 30% de fétuque rouge ½ traçante, 10% Rga). Elle connaît actuellement un grand succès auprès des établissements champenois, à l’image de la maison Moët & Chandon qui a passé une commande importante il y a tout juste deux semaines. »

La fétuque ovine en conditions sèches

Au niveau national, un autre mélange parmi les plus utilisés est le FR 70 : 70% de fétuque rouge et 30% de Rga, couramment utilisé par exemple dans le bordelais. Pour le secteur sud est, la région Rhône Alpes et l’arc méditerranéen, la firme a développé un mélange particulier à base de fétuque ovine. « L’intérêt principal de la fétuque ovine est sa résistance aux conditions arides », souligne Denis David. « Mais sa lenteur d’installation peut provoquer des échecs d’implantation, surtout si elle est utilisée seule. Nous l’avons associée à un mélange de fétuque rouge ½ traçante et de Rga. La fétuque rouge, de même rusticité que la fétuque ovine possède cette capacité à recoloniser l’espace (tallage et marcottage). La vocation du Rga est d’accompagner l’installation des deux fétuques par une levée rapide, occupant l’espace et réduisant l’implantation de mauvaises herbes. Les deux fétuques vont s’installer sous couvert du Rga, qui en outre apporte une résistance au passage des outils que n’ont pas les fétuques. »
Dans les mélanges, la présence du Rga garantit bien souvent la qualité de l’implantation, sa présence est une histoire de compromis et d‘équilibre. Sa proportion variable dans les mélanges permet des s‘adapter aux situations au cas par cas. « Il souffre encore de l’image d’être une plante trop concurrentielle », témoigne Denis David. « C’est vrai en terme azoté au printemps mais c’est la plante la plus intéressante sur le plan hydrique. Le Rga ne pousse plus à partir d’un seuil de température de 25°C. »


Autre solution envisagée et de plus en plus employée : l’enherbement temporaire hivernal à base de céréales. Cette technique fera l’objet d’un prochain article sur Viti-net.
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