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Jean-François Deu, viticulteur bio
Un mulet catalan ouvre le sillon du vin bio à Banyuls

Par Vitisphere Le 01 février 2006
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Un mulet catalan ouvre le sillon du vin bio à Banyuls
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ANYULS (Pyrénées-Orientales), 1 fév 2006 (AFP) - Dans la tramontane aiguë du matin, sur les collines en terrasse au dessus de Banyuls, Jean-François Deu conduit son mulet entre les rangées de vigne : être bio, pour lui, cela va jusqu'au labour traditionnel sans tracteur.

Son domaine du « Traginer » (Ndlr: muletier en catalan) est un hommage à son oncle Anicet, dernier des muletiers du cru. Jean-François Deu (Dieu en catalan) sait que le mulet est bien adapté aux vignes accrochées à la montagne. Le pied sûr, l'animal apprécie le travail, d'autant plus qu'il n'y est pas tous les jours. Son « traginer » est presque seul pour exploiter 7 ha (en bord de mer ou sur les hauteurs), pour faire le vin et le vendre.

« Etre bio devient un plus si on fait d'abord un très bon produit »

Il se doit à la vigne, au chaix, aux salons de l'agriculture biologique, « tout en tenant les multiples registres exigés par l'administration ». Il a acheté sa première parcelle en 1976, encore étudiant. Devenu informaticien à Toulouse, il passait « 5 jours à l'écran et deux à la vigne », puis a « lentement inversé ses activités, jusqu'à abandonner, en 2001, le monde du virtuel pour un domaine bâti progressivement, mais bien réel ».

« J'étais impressionné par le travail des anciens qui respectaient la terre, suivaient les lunes et les saisons, avaient une approche délicate du patrimoine naturel, "emprunté" à leurs descendants », explique Jean-François Deu. « Dès 1988, j'ai fait l'expérience du bio sur quelques parcelles » (...) « le bio va bien à ces vignes de lumière et d'embruns, torturées par le climat, aux rendements faibles (17 hl/ha), donnant le suc de la terre et du soleil », explique-t-il.

Le virage est pris définitivement en 1997, et dès l'an 2000, les appellations Collioure, comme les Banyuls (vins doux) sont tous issus de vignes bio. Carignan, mourvèdre, syrah, grenache noir, muscat petit grain et d'Alexandrie, ces cépages méditerranéens ont des arômes puissants sublimés par un soleil brûlant.

« Ils reviennent à cause du goût »

Dans les caves de Jean-François murissent lentement rouges et blancs, en barriques bordelaises (225 l) pour les vins secs, en grands foudres anciens pour les vins doux. « Pas trop de bois, une bonne oxydation, le temps laissé au temps font les bons vins », explique-t-il. « Aujourd'hui, être bio devient un plus si on fait d'abord un très bon produit » (...) « »Utiliser du compost, dans lequel entre le fumier du mulet, comme seul engrais. Ne sulfater, à l'ancienne, par une poudre, que pour éviter l'oïdium. Mettre le moins de souffre possible pour stabiliser le vin », les règles sont simples.

« En fin de course, le consommateur retrouve, sans chimie, les schistes de la côte rocheuses adossée aux Albères, le contrefort des Pyrénées. Avec le soleil, la garrigue et le souffle puissant de la tramontane, qui déssèche et concentre les arômes », résume-t-il. « A la boutique, les clients ne reviennent pas à cause du bio. Ils reviennent à cause du goût. La production est faible : 20.000 bouteilles par an, vendues pour un tiers dans la boutique, pour un tiers en France, le reste à l'étranger, surtout en Europe du Nord. Les prix sont la conséquence de la qualité, de 12 à 35 euros » (...) « Le vin ou je le vends, ou je le garde, ou je le bois ». Pas question de livrer en coopérative, « tout en vente directe », dit-il, fier des médailles qui couronnent régulièrement son travail.


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