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Qualité des vins
Régis Castan, cave coopérative des Sieur d’Arques (11) : la gestion du stress hydrique pour piloter la qualité

Par Propos recueillis par Nathalie Petit Le 01 juin 2005
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Régis Castan, cave coopérative des Sieur d’Arques (11) : la gestion du stress hydrique pour piloter la qualité
L
a connaissance du stress hydrique et l’adaptation des pratiques culturales au vignoble sont des facteurs clés pour l’amélioration de la qualité des vins. A Limoux (11), la cave coopérative des Sieur d’Arques, qui représente 5.000 ha de vignoble, a engagé une démarche qualitative parcellaire en lien direct avec le stress hydrique. Témoignage.

« Notre objectif est de déterminer les parcelles à fort potentiel qualitatif vins effervescents et au contraire identifier les parcelles à potentiel vins de pays », explique Régis Castan, lors de la journée portes ouvertes du Diplôme national d’œnologue (DNO) de Toulouse, le 20 mai dernier à l’Ensat (*). « Cette démarche est dans le prolongement de la sélection au terroir que nous pratiquons depuis les années 1980 et de la mise en place des vendanges sur convocation depuis 1988. »

« La Cave Coopérative des Sieur d’Arques s’est fixée un objectif très ambitieux, se positionner dans les 15 ou 20 ans à venir parmi le top 10 des meilleurs effervescents mondiaux. Nous sommes en train de nous en donner les moyens. Et ces travaux sur la gestion du stress hydrique au vignoble constituent un levier important vers l’obtention de cette qualité ».  

     

Cave Coopérative des Sieur d’Arques

Elaboration de Blanquettes et de Crémants de Limoux, méthode traditionnelle
600 adhérents pour 5 000 ha de vignoble
Production 2004 : 6 millions de bouteilles de vins effervescents, 14 millions de bouteilles de vins tranquilles (rouges, blancs, rosés)
Zone de collecte très hétérogène qui s’étale sur 42 communes (différences non négligeables tant topographiques, que climatiques,..)

Site: http://www.sieurdarques.com 

Dans l’absolu, un Chardonnay n’a pas lieu d’être dans une zone à stress hydrique

« Notre expérimentation n’a véritablement démarré qu’en 2004 mais nous nous sommes déjà rendu compte que certaines inepties avaient été commises dans le limouxin au niveau encépagement », témoigne Régis Castan. « Certains Chardonnay ont été installés sur des parcelles dont on comprend aujourd’hui qu’elles ne donneront jamais un vin effervescent de grande qualité. Certains Chardonnay sont en stress hydrique fort dès préfloraison. Ces découvertes vont nous permettre de refonder nos encépagements actuels. En effet, dans l’absolu, un Chardonnay n’a pas lieu d’être dans une zone à stress hydrique. Nous avons à notre disposition des cépages tels que le Mozac ou le Chenin qui supportent le stress hydrique beaucoup plus facilement. »

Des raisins qui n’aient pas trop souffert d’un stress hydrique

« Pour ce qui est des parcelles moins qualitatives, l’étude du stress hydrique, de l’alimentation azotée et des terroirs doit nous permettre d’affiner les itinéraires techniques pour élaborer un vin effervescent de qualité moyenne à bonne. Pour cela, nous visons d’ici deux ans, l’élaboration d’un cahier des charges techniques pour les parcelles précisant l’alimentation azotée, les travaux en vert (palissage, rognage, effeuillage,…). Sur une terre donnée, on doit pouvoir définir la SFE (Surface Foliaire Exposée) qu’il faudrait, la hauteur de végétation hors-sol, le type d’apport azoté,…

Pour l’élaboration d’un effervescent de qualité premium, il est important d’avoir des raisins qui n’aient pas trop souffert d’un stress hydrique important. Ainsi, grâce à des travaux réalisés en laboratoire avec Denis Dubourdieu, nous avons mis en évidence 2 composés qui se révèlent déterminants dans la qualité des vins effervescents. Il s’agit du furfural d’une part (composé apporté par l’élevage en fûts), et du glutathion d’autre part, indispensable pour la fraîcheur des vins effervescents. Ce dernier vient de la souche et sa présence à dose optimale est liée directement à l’alimentation azotée et au stress hydrique subi par la vigne.

L’apparence visuelle de la vigne ne reflète en rien sa situation hydrique

La Cave Coopérative s’est dotée d’un réseau de 7 stations météo automatiques et a acquis une chambre à pression pour mesurer le stress hydrique. Dès les premières mesures, on s’est vite aperçu que l’apparence visuelle de la vigne ne reflétait en rien sa situation hydrique et qu’une vigne de bonne apparence visuelle pouvait être en situation de stress –14, beaucoup plus importante qu’une vigne pouvant montrer visuellement plus de signes de souffrance, et qui, pour sa part, n’était qu’à –9. Ces mesures de stress hydrique sont donc très importantes. Nous avons, par ailleurs, recommencé à faire plus profondément des profils pédologiques pour connaître les réserves hydriques présentes dans le sol aux différents niveaux. C’est ainsi qu’on a eu quelques surprises, comme le cas d’un Chardonnay que l’on pensait situé sur un support fertile de 60 à 70 cm sur un poudingue. La vigne avait effectivement un chevelu racinaire très dense dans les 60-70 cm du sol mais des racines avaient réussi à casser ce poudingue et un chevelu racinaire plongeait directement dans ce que nous avons découvert comme étant des marnes très humides.

On voit alors comment ces études vont nous permettre de mieux orienter les plantations et de venir ajuster notre sélection au terroir. De plus, au vu des changements climatiques actuels, je me conforte dans la pertinence de cette conduite au stress hydrique. »

 

A ce sujet, lire aussi : « Le réchauffement climatique nous éloigne de l’optimum de qualité » en cliquant ICI.


(*) le 20 mai dernier, le centre de viticulture et d’œnologie de Midi-Pyrénées organisait une journée de conférences sur le thème « l’évolution du climat et les répercussions sur la viticulture et l’œnologie ». Destinée au monde professionnel, la table ronde était organisée par les étudiants du Diplôme national d’œnologie (DNO) de Toulouse.
Centre de viticulture et d’œnologie, 1 avenue de l’Agrobiopôle, Auzeville Tolosane, BP 107, 31326 Castanet Tolosane cédex ; directeur du DNO, Marc Garcia, tél. : 05 62 19 39 68.
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