Accueil / Commerce/Gestion / Les Vins Doux Naturels face à leur destin... et la rude concurrence des rayons apéritifs

« Actuellement la consommation de VDN est affaiblie par la mode de nouveaux produits aromatisés...
Les Vins Doux Naturels face à leur destin... et la rude concurrence des rayons apéritifs

Par Alexandre Abellan Le 07 juin 2013
article payant Article réservé aux abonnés
Lire plus tard
Partage tweeter facebook linkedin
Les Vins Doux Naturels face à leur destin... et la rude concurrence des rayons apéritifs
l

« A l'origine, les Vins Doux Naturels (VDN) répondaient à la recherche de produits résistants au transport » précise Jacques Paloc (INAO). « La stabilité de ces vins était naturelle ou forcée (passerillage, mutage...), avec un implantation essentiellement méditerranéenne. » Ce 5 juin, la dernière édition de Vino Latino revenait sur la grande diversité des vins de liqueur produits en Italie, Australie, Afrique du Sud... Mais seul le Muscat de Samos répond actuellement à la définition française des Vins Doux Naturels : quatre cépages (macabeu, malvoisie, grenache et muscats), un mutage en cours de fermentation alcoolique, un rendement de moins de 30 hectolitres par hectare... Cette définition qualitative donnant droit à des avantages fiscaux, les droits d'accise et cotisations pour la sécurité sociale étant de 45 centimes par litre.

Pourtant, les VDN ne sont pas les apéritifs les moins chers des linéaires, les boissons à base de vin aromatisés s'acquitant de droits à 0,04 euros/litre. « Actuellement la consommation de VDN est affaiblie par le vieillissement de nos consommateurs et la mode de nouveaux produits aromatisés et légers en alcool » juge Alain Demay (directeur CVR Bourdouil). Face à cette concurrence âpre dans le rayon des apéritifs (où sont traditionnellement cantonnés les VDN), l'innovation redevient un enjeu. Tout en restant une amère occasion manquée rappelle Pierre Torres (laboratoire Riére), « lors de la prospérité des 30 glorieuses des VDN d'entrée de gamme, les marques nationales et les négociants auraient dû se spécialiser pour anticiper les changements de mode de consommation ».

La Station de Tresserre travaille dans ce sens à l'obtention de muscats « moins lourds, plus fruités et adaptés à la consommation » selon Anne Seguin (Chambre d'Agriculture du Roussillon). Il y a eu par le passé le lancement de VDN grenat, de Muscat de Noël... Mais leurs développements commerciaux sont restés anecdotiques, leur distribution restant exclusivement régionale. Le dernier né de ces recherches est le VDN rosé, qui pourrait être promis à un meilleur avenir. Commercialisé depuis 3 ans, cette couleur de VDN n'est autorisée que par trois AOP (Banyuls, Rivesaltes et Rasteau). Leurs intensités colorantes et leurs teintes sont particuliérement encadrées, « afin d'obtenir des vins clairs et non oxydatifs pour se différencier des Portos » précise Anne Seguin.

Depuis quatre ans des Portos rosés sont commercialisés, avec un certain succés commercial (1,3 millions hl vendus en 2012). Comme pour l'ensemble des portos, le premier marché export des rosés est la France. « Via le Porto Cruz rosé de la Martiniquaise » selon Jorge Alves (Quinta Nova). « Avec ces rosés, les ventes se font dès le janvier suivant la vendange. C'est une révolution pour l'économie du Porto où l'on attendait des années d'élevage ! »

Si le développement des rosés pourrait donner un nouveau souffle aux VDN, les perspectives sont loin d'être rejouissantes à court terme. Dans les années 1980, 537 500 hectolires de VDN étaient produits à Rivesales, cette production est tombée à 65 000 hl en 2010. En parallèle se trouve l'enjeu de la valorisation des VDN. A prix en euros constants, le Rivesaltes se vendait 455 euros l'hectolitre en 1958, 315 euros/hl en 1973 et seulement 140 euros/hl en 2013. « Ce cumul de pertes de surfaces et de valorisation, se passe de commentaires » juge Jacques Paloc.

La production de VDN représente actuellement moins de 2 % de la surface viticole française et 1 % de la production de vins. En 2012, les VDN et Vins de Liqueurs représentaient 6,2 % des volumes de vins vendus en grande distribution.

 

 

[Photo : vignes du domaine Cayrol, Espira de l'Agly]

Partage Twitter facebook linkedin
Tous les commentaires (0)

Pas encore de commentaire à cet article.
© Vitisphere 2021 - Tout droit réservé