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Rosés de coupage : Le revirement tardif de la France

Par Vitisphere Le 13 mars 2009
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Rosés de coupage : Le revirement tardif de la France
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La grogne des producteurs de rosés français fait des remous à Bruxelles.
L’affaire concerne l’autorisation, accordée par Bruxelles dans le cadre de la réforme de l’OCM, d’élaborer des vins rosés en coupant vins blancs et vins rouges, une pratique jusqu’ici interdite en Europe. En libéralisant cette pratique, Bruxelles a voulu se calquer sur ce qui se pratique déjà largement dans d’autres pays producteurs comme l’Australie, l’Afrique du Sud ou les USA.

Un texte voté par les représentants français le 27 Janvier
Cette mesure fait partie du règlement d’application concernant les pratiques œnologiques de la nouvelle OCM. Ce projet de règlement a été débattu depuis le mois d’octobre. Des réunions ont eu lieu avec des groupes consultatifs composés de professionnels de tous les états membres. « Cette mesure concernant le coupage des vins rosés n’a pas soulevé d’objection. Et lors du vote final le 27 janvier dernier sur l’ensemble du volet pratiques œnologiques, la France a voté pour. Nous sommes surpris par cette réaction tardive de la France, qui réclame de modifier ce texte qui a été approuvé par une majorité des pays membres, alors qu’il aurait été très facile de le faire lors des discussions préalables », indique-t-on à Bruxelles.

Les producteurs français réagissent, mais un peu tard
Depuis le vote de la loi, la contestation ne fait qu’enfler en France notamment en Provence, première région française de production de rosé, qui craint qu’avec cette mesure, le rosé ne devienne la soupape de sécurité du marché, où se déverseront blancs en excédent. « La Provence travaille depuis des années sur l’amélioration de la qualité des rosés. Nos efforts sont récompensés puisque le marché du rosé est le seul qui soit en forte croissance. Nous faisons un produit qui plaît au consommateur. L’arrivée de rosés de coupage risque de réduire à néant tout ce travail. Il y a risque de tromperie du consommateur qui ne sera pas informé du mode d’élaboration du rosé qu’il achète», déplorait Gilles Masson, directeur du Centre du Rosé lors d’une réunion technique cette semaine à la Grande Motte. « C’est dommage, les efforts de communication sur le rosé avaient porté leurs fruits », ajoutait Françoise Brugière de Viniflhor, lors de cette même réunion. « En 1998, 21 % des Français pensaient que le rosé était un assemblage de vin blanc et de vin rouge. Cette proportion est tombée à 14% dans le dernier sondage réalisé fin 2008 ».

Le Ministre de l'Agriculture cherche une solution
Suite à ce mouvement de contestation, Michel Barnier a récemment envoyé une lettre à la Commission pour souligner les inquiétudes que la réforme suscite en France.
« Nous sommes conscients des préoccupations des producteurs de certaines régions, comme ceux de Provence, et des préoccupations du ministre français de l'Agriculture Michel Barnier) et nous réfléchissons aux moyens d'y répondre », a indiqué à l'AFP le porte-parole de l'exécutif européen pour les questions agricoles, Michael Mann. Cette réaction tardive se heurte cependant à une série de problèmes juridiques et techniques.
Le texte voté en janvier dernier est actuellement soumis à l’OMC pour validation par les pays tiers. La procédure normale ne prévoit pas qu’il puisse être réexaminé lors du vote définitif prévu le 27 avril, sauf en cas de remarque des pays tiers. La France a toujours la possibilité de voter contre, ce qui renverrait le projet devant le Conseil, mais cette position est des plus risquées. Le projet de règlement concerne en effet tout le volet des pratiques œnologiques qui ont fait l’objet de moult discussions entre états membres. Si la France relance le débat, il se pourrait qu’elle perdre sur beaucoup d’autres points qui ont été négociés avec les autres états-membres comme la chaptalisation, la désalcoolisation… Par ailleurs, en ne validant pas son vote préliminaire, la France prend le risque de retarder la mise en application de la réforme de l’OCM qui doit entrer en vigueur au 1er août 2009. Si le projet doit être renégocié, il est peu probable qu’il puisse être prêt pour le 1er août. Ce qui signifierait une période de non-droit pour les vins européens, l’ancienne OCM arrivée à échéance ne s’appliquerait plus.

Solution envisageable : une mention sur l'étiquette
La seule solution envisageable aujourd’hui selon Bruxelles serait de prévoir une possibilité de distinguer les rosés de coupage des rosés traditionnels en autorisant la mention « rosé traditionnel » sur les vins élaborés selon cette technique. Cette solution est encore possible puisque le projet de règlement sur l’étiquetage n’a, lui, pas encore été voté. Bruxelles pourrait autoriser cette mention et la France a le pouvoir de la rendre obligatoire pour les vins français. Cette mesure satisferait-elle les producteurs français ? Rien n’est moins sûr. « Pourquoi nous obliger, nous les producteurs traditionnels de rosés, à rajouter une mention, ce sont les rosés de coupage qui doivent être clairement identifiés », maintient Xavier de Volontat, président de l’AGPV.
Le projet de règlement d’application sur l’étiquetage des vins doit être voté dans les prochaines semaines. Un délai très court pour sortir de cette impasse.

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