ye january : petite satisfaction vigneronne en cette fin de mois d’un défi sans alcool, dont la forte médiatisation, dès décembre, d’une abstinence après des excès à l’anglosaxonne fatigue une filière qui voit le bébé de sa modération française jeté avec l’eau du vin. Ce soupir de soulagement restera bref, alors qu’il faut prendre son souffle avant le marathon des rendez-vous commerciaux professionnels émaillant le début d'année. Premier de la liste, Millésime Bio vient de se finir, le constat de ses exposants est sans surprise : les visiteurs restent certes peu nombreux, mais cela confirme une tendance déjà actée et renforce le besoin de mobilisation totale pour relancer les ventes, gagner des parts de marché et préserver sa valorisation.
Pour s’attaquer pleinement à cette conquête commerciale, encore faudrait-il que l'esprit des producteurs, bio comme conventionnels, soit libre. Mais comment se concentrer pleinement sur la prospection quand des inquiétudes techniques pèsent sur l’avenir ? Le premier tracas étant de nouvelles impasses phytos, comme celles concernant les traitements antimildiou, qui vont apparaître à coup de restrictions et d'interdictions sur le cuivre qui annoncent une sévère gueule de bois. Et ce alors que le vignoble a déjà mal à son cuivre…
Face aux pouvoirs publics qui ne bougent pas beaucoup leur cuivre, la viticulture s'agace d'être soumise à des visions binaires sur ce qu'il faut lui interdire, quitte à la sacrifier. Les sachants n'ayant pas toujours une vision d'ensemble : réduire le cuivre pour augmenter le folpel, ça fait tousser. Ne pas boire un mois dans l’année plutôt que d’adopter une culture permanente de la modération, ça ne résout pas durablement les excès. Dans une chanson à boire que Nicolas Boileau composa en 1653, à 17 ans à la sortie de son cours de philosophie on trouve une leçon à tous les tenants des restrictions sans modération, qu'il s'agisse d’hygiénisme ou de surtranspositions sans queue ni tête : « Philosophes rêveurs, qui pensez tout savoir,
Ennemis de Bacchus, rentrez dans le devoir :
Vos esprits s’en font trop accroire.
Allez, vieux fous, allez apprendre à boire.
On est savant quand on boit bien :
Qui ne sait boire ne sait rien.
S’il faut rire ou chanter au milieu d’un festin,
Un docteur est alors au bout de son latin ;
Un goinfre en a toute la gloire. »




